Dossier spécial

David Susskind, une vie (suite)

Mardi 6 décembre 2011

Le président d’honneur et fondateur du Centre communautaire laïc juif (CCLJ), David Susskind, nous a quittés le 25 novembre 2011, à l’âge de 86 ans. Sa personnalité exceptionnelle et ses engagements militants auront marqué à jamais la communauté juive, le monde politique belge et le camp de la paix israélien. Ils sont nombreux à avoir croisé sa route, souvent partagé ses combats. Ce livre d’or réunit quelques souvenirs, témoins de sa passion pour le peuple juif, son attachement à la démocratie et à la liberté.

 

 

Avi Primor Ambassadeur d’Israël en Belgique de 1987 à 1991

« Il savait d’une manière rarissime enthousiasmer la jeunesse »

Combien sont-ils les idéalistes dans la société humaine ? Sûrement pas la majorité. Il y a sûrement beaucoup plus de Papageno de La Flûte enchantée de Mozart que de Moïse sur le mont Sinaï. De surcroit,la minorité idéaliste n’est pas souvent réaliste. La plupart de ceux qui pensent aux problèmes de la société, aux problèmes de l’homme, se contentent de grogner, de critiquer, et dans le meilleur des cas, d’espérer. Très peu sont ceux qui s’engagent réellement pour réaliser leurs idéaux. Et encore, parmi eux, il y en a beaucoup plus qui pensent réaliser leurs rêves en détruisant plutôt qu’en construisant. Des révolutionnaires qui n’unissent leurs efforts que pour combattre le mal plutôt que pour construire le bien.

Une des très rares personnalités idéalistes qui ont consacré leur vie à la construction du bien tout en tenant compte des réalités de la vie et du caractère humain était David Susskind. Il ne se contentait pas de prêcher; il avait l’habitude de retrousser ses manches, de tremper très profondément ses mains dans le cambouis pour construire. Toute sa vie, il a consacré son temps et son argent personnel pour avancer ses idées en faveur des Juifs, comme de la société en général.

Bien avant d’arriver en tant qu’ambassadeur à Bruxelles, j’ai eu le privilège de pouvoir observer l’action de David. En tant que porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères dans les années 70, j’ai pu assister en tant qu’observateur à une conférence internationale que David avait organisée en faveur des Juifs de l’Union soviétique. Une action étonnante qui a mis en marche un mouvement mondial permettant à la longue la sortie des « Juifs du silence » vers Israël et le monde libre. Une action réussie, encore une fois parce qu’elle s’était donnée comme but non pas de démolir, même pas l’Union soviétique, mais de construire. Construire la liberté pour les opprimés.

Une deuxième fois, toujours dans les mêmes années 70, étant ministre conseiller à l’ambassade d’Israël à Paris, j’ai été invité par David et Simone Susskind à participer à un débat sur le Proche-Orient au CCLJ à Bruxelles. Contrairement à ce que beaucoup parmi nous pensions à l’époque, il ne s’agissait pas d’attaquer Israël. Même pas la politique, voire la propagande officielle d’Israël, mais encore une fois de construire. Il s’agissait de la recherche d’une solution pour permettre à l’Etat d’Israël de sortir de l’isolement. Permettre à Israël de s’épanouir dans la paix étant aussi indispensable pour lui que pour ses voisins.

Dans ces deux cas, aussi bien plus tard que durant mon séjour à Bruxelles, j’ai pu admirer l’homme qui, pour réaliser ses idéaux, savait d’une manière rarissime enthousiasmer la jeunesse.

Tout le monde fait l’éloge de David Susskind pour ses œuvres en faveur des Juifs. Mais ce n’est pas d’une manière sectaire que David a poursuivi son œuvre. C’est dans un but humaniste général, y compris pour la Belgique, sa patrie aimée pour laquelle il dédia ses efforts.

En défendant la Belgique contre les calomnies l’accusant d’antisémitisme, David a écrit : « Dans la Belgique démocratique il n’y a aucun problème pour les Juifs. Je suis un Juif fier de l’être, sioniste parce que le peuple juif a droit à un Etat et à son auto-détermination. Je suis solidaire de l’Etat d’Israël par amour et je suis un citoyen loyal de mon pays, la Belgique. J’aime ma démocratie et ses partis démocratiques. Je respecte son gouvernement et j’en suis solidaire. Nous, Juifs de Belgique, avons été accueillis ici et sommes heureux en tant que Juifs belges ».

Voilà David Susskind qui se définissait lui-même, sans la moindre exagération. Voilà David Susskind tel que je l’ai connu, admiré et aimé.

 

Charles Picqué Ministre-Président de la Région Bruxelles-Capitale

« David jouait le trait d’union entre les groupes et les identités »

C’est avec une grande tristesse que  j’ai appris le décès de David Susskind. Je l’ai bien connu dans ses fonctions de président du CCLJ. C’était une personnalité riche de conviction et d’enthousiasme, soucieux d’un judaïsme affirmé, mais ouvert. C’était un vrai optimiste, une qualité si précieuse dans ce monde difficile.

David était un passeur, de ceux qui m’ont fait entrer en contact avec la communauté juive. Il jouait le trait d’union entre les groupes et les identités. J’ai appris grâce à lui à découvrir dans la communauté des personnalités exceptionnelles.

A la tête du CCLJ, il a plaidé haut et fort la cause de la paix et de l’entente des peuples et communautés, alliant dans son action sincérité et persévérance. Il n’a eu de cesse de  multiplier toutes les occasions du dialogue. Il est si facile de se réfugierdans l’intolérance, mais beaucoup plus difficile d’aller vers l’autre, même si on le fait avec le souci de l’affirmation de son identité propre.

Le message de David était simple : il n’y a d’intérêt et de sens à l’action politique que quand on vise le souci du dialogue, la compréhension et la connaissance de l’autre. Un travail sincère qui ne peut être mené que quand on des convictions sincères.

C’est une figure marquante de notre vie sociale et culturelle qui s’en est allée.

 

Elie Barnavi Historien et ambassadeur d’Israël en France de 2000 à 2002

« Cet homme aurait pu faire une remarquable carrière politique »

Un coup de téléphone de Bruxelles m’apprend le décès de David Susskind. Je devais le croire immortel pour que l’annonce de sa disparition provoque en moi un tel choc de surprise douloureuse. Après tout, il était âgé, malade et, à en croire des amis communs qui lui ont rendu visite dernièrement, comme résigné. Mais justement, je n’imaginais pas qu’un vieux lutteur de sa trempe puisse jamais se résigner. C’est stupide, mais c’est ainsi, et il faut se faire une raison. Même les vieux lutteurs finissent un jour par rendre les armes.

« Suss » était une énigme. Voilà un homme qui défiait les lois de l’éloquence, agissait au sein d’une petite communauté juive, n’avait d’autre pouvoir que celui que lui conférait une poignée de volontaires, mais dont l’aura, la renommée et l’influence dépassaient largement le périmètre étroit de ses travaux. Comment expliquer cet étrange phénomène ?

Depuis le temps que je l’observais, j’avais appris à reconnaître l’ensemble peu commun de qualités qui en faisaient incon­testablement un chef, un meneur d’hommes. Le courage de l’éternel résistant, l’énergie débordante, l’obstination à défendre ses principes, mais aussi ce mélange de vision et de pragmatisme sans lequel on n’est jamais qu’un opportuniste ou un rêveur. Et puis, cette chose indéfinissable, rétive à toutes les définitions rationnelles, qu’on appelle le charisme. Sous d’autres cieux, ou même sous le ciel bas du plat pays, si tel avait été son choix, cet homme aurait pu faire une remarquable carrière politique.

Où et quand ai-je fait sa connaissance ? A Bruxelles, le jour de la Bar-Mitzva de son fils Amos ? Avant, en Israël ? D’habitude, je garde en mémoire les détails de mes premières rencontres. Avec lui, c’est différent, tellement il me semble l’avoir toujours fréquenté. Sans doute est-ce dû à la forte impression qu’il m’a faite d’emblée, sans doute aussi parce que j’en avais beaucoup entendu parler avant de l’avoir rencontré. Je connaissais par ouï-dire l’existence du CCLJ, cet îlot bizarre dans l’archipel des organisations juives de la Diaspora. Je savais le rôle unique qu’il avait joué avec Simone en faveur des « Juifs du silence ». Je savais également celui, tout aussi exceptionnel, que le couple n’avait cessé de remplir dans la longue route semée d’embûches du rapprochement israélo-palestinien. Les premiers contacts noués chez lui, avenue Montjoie, les rencontres innombrables, les articles, les colloques… Cela est banal aujourd’hui, l’industrie de la paix tourne à plein régime, et, hélas, à vide. A l’époque, c’était une nouveauté révolutionnaire, et combien risquée.

Si l’on en croit A.B. Yehoshua, seul l’Israélien est un homme juif total, car il assume son judaïsme dans l’entièreté de ses facettes, la souveraineté nationale comprise. C’est lui, David, qui a le premier fait douter le sioniste archaïque que je suis de la véracité de cette prétention. Car si je devais le caractériser d’une phrase, ce serait bien celle-ci : David fut un homme juif total. Je n’entends pas là un homme universel, dont la manière d’être au monde est le judaïsme. Un judaïsme de cœur et de raison, profondément ancré dans une culture particulière, et en même temps ouvert sur les autres, un judaïsme sans exclusive ni préjugés, en un mot comme en cent, un judaïsme humaniste. Voilà pourquoi, pour lui comme le CCLJ qui reste son grand œuvre, la lutte contre l’antisémitisme a toujours été inséparable de la lutte contre toutes les formes de racisme et d’exclusion.

Lors de la cérémonie de ses 80 ans, sa fille Michèle a eu ce cri du cœur : « Il est difficile d’être la fille d’un grand homme ! » Sans doute. Ce qui est certain, c’est qu’il fut exaltant de compter parmi ses amis. Adieu, haver !

 

Leïla Shahid Déléguée générale de la Palestine auprès de la Belgique et de l’Union européenne

« Grâce à Suss, le mot “Mensch” est entré dans ma langue »

J’ai découvert le beau mot « Mensch » à Bruxelles en faisant la connaissance de David « Suss » Susskind il y a plus de vingt ans ! J’ai même célébré la Bar-Mitzva de son fils avec toute la famille et les amis. Je n’avais jamais entendu ce mot auparavant. Ni en France ni aux Pays-Bas, ni en Israël non plus. Mais surtout, j’en ai compris la signification et le contenu en fréquentant Suss, Simone, toute la famille Susskind et le CCLJ que j’ai connu comme centre, et avec lequel j’ai travaillé, longtemps avant que je ne sois nommée a Bruxelles.

Hier, avec Nabil Shaath, notre ancien ministre des Affaires étrangères de l’Autorité palestinienne, que Suss et Simone avaient eu le courage d’inviter à la première réunion de Give Peace a Chanceen 1988, au cours de laquelle des officiels israéliens et palestiniens se retrouvaient pour la première fois, bravant une loi qui le leur interdisait de le faire, je me remémorais combien ce lieu si symbolique et si accueillant qu’est le CCLJ avait joué un rôle important pour nous Palestiniens, mais aussi Israéliens. Nous avons eu la chance, grâce à Suss et à Simone, de rencontrer ceux qui deviendront plus tard nos partenaires à Oslo : Yossi Beilin, Shulamit Aloni, Yossi Sarid, Ran Cohen, Yaël Dayan, Naomi Chazan et tant d’autres.

Je voudrais partager avec les lecteurs de Regardsnotre réflexion, à Nabil Shaath et moi, en apprenant la nouvelle de la disparition de David Susskind. Je souhaite surtout que les jeunes générations qui n’ont pas eu le bonheur de connaître cette période de dialogue comprennent que nous vivions de vrais moments de rapprochement qui auraient pu ouvrir le chemin de la paix israélo-palestinienne. Ce n’était ni une illusion ni un rêve. Il est évident que personne ne remplacera les dirigeants élus des deux peuples, mais que la contribution des Mensch qui défendent le droit et l’humanisme est immense pour les deux sociétés. Cette contribution peut jouer un rôle historique, parce qu’elle combat la peur, permet la connaissance mutuelle des souffrances et des traumatismes, humanise l’ennemi historique et construit des ponts permettant de baliser le chemin de la paix qu’emprunteront les dirigeants élus qui doivent assumer leurs responsabilités un jour.

Lorsqu’entre 1989 et 2000, je retrouvais au CCLJ des amis juifs français et que je m’étonnais qu’ils participent à Bruxelles à des tables rondes qu’ils ne tenaient pas à Paris, ils me répondaient systématiquement : « On n’a pas de David Susskind ni de CCLJ à Paris ». Plus tard, d’autres communautés ont suivi l exemple du CCLJ et le cercle des Mensch s’est agrandi.

Aujourd’hui, au moment où nous faisons nos adieux à Suss, il faut se rappeler que le plus bel hommage qu’on peut lui rendre, c’est de continuer le travail qu’il a commencé et de faire vivre cette foi dans la paix possible, celle de la coexistence, du respect de l’autre dans sa différence, ainsi que du développement et de l’essor d’une Méditerranée qui accueillera les générations à venir comme des citoyens libres, israéliens et palestiniens, loin de la haine et de la guerre.

 

Chouki Armali Ancien délégué général de la Palestine auprès de la Belgique

« Je peux témoigner des efforts que Suss a toujours déployés pour tenter de rapprocher Israéliens et Palestiniens »

Si je regrette plus que tout l’évolution de la situation au Proche-Orient et les agissements actuels du gouvernement israélien, je tiens à exprimer toute l’estime que j’avais pour Suss.

Suss était un grand Monsieur, qui a toujours milité en faveur de la création d’un Etat palestinien et s’est opposé avec force aux agissements des colons.

Nous nous sommes vraiment rencontrés lors des accords d’Oslo, en 1993, une époque d’espérance en une paix future entre les deux peuples. Je suis alors venu plusieurs fois au CCLJ pour tenir des conférences avec l’ambassadeur d’Israël, Victor Harel. Nous avons aussi été ensemble prendre la parole dans des universités et différents rassemblements.

Pour avoir été pendant vingt-six ans délégué général de l’OLP à Bruxelles, je peux témoigner des efforts que Suss a toujours déployés pour tenter de rapprocher Israéliens et Palestiniens, au-delà du mur d’incompréhension auquel nous nous heurtons toujours aujourd’hui.

Il est nécessaire que d’autres voix s’élèvent au sein de la communauté juive pour lutter notamment contre les décisions de construction du Premier ministre israélien actuel. Je veux espérer qu’il y a d’autres David Susskind dans la communauté juive de Belgique, et qu’ils nous aideront à avancer vers la paix entre les deux peuples.

 

Eli Ringer Président honoraire du Forum der Joodse Organisaties

« Un dirigeant pragmatique soucieux de l’intérêt général de la communauté juive »

Lorsque nous avons créé à Anvers le Forum der Joodse Organisaties, nous devions faire face à une forme de méfiance de la part du Comité de coordination des organisations juives de Belgique (CCOJB) qui a toujours nourri la prétention de représenter tous les Juifs de Belgique, y compris en Flandre. Quelques années après la création du Forum, David Susskind, « Suss », m’a un jour croisé et il m’a dit qu’au bout du compte, le Forum d’Anvers faisait un bon travail.

Suss m’a expliqué un jour qu’il envisageait le Forum de la même manière que Nixon et Kissinger avaient défini les relations des Etats-Unis avec la Chine : pendant des années, les Etats-Unis refusaient de reconnaître la Chine et ses milliards d’individus. Nixon et Kissinger ont finalement admis qu’ils ne pouvaient continuer à ignorer ce pays. C’est pareil pour Suss. Même s’il ne voyait pas d’un bon œil l’existence du Forum, il a fini par admettre que nous représentons la communauté juive du côté flamand et que nous le faisons avec une certaine efficacité. Cette reconnaissance a été déterminante, car je n’ai plus perçu Suss de la même manière. Il n’était plus cet idéologue que j’avais connu auparavant. Il s’est présenté à moi comme un dirigeant pragmatique soucieux de l’intérêt général de la communauté juive. Il a réussi à s’affranchir de ses intérêts particuliers et à se placer au-dessus de la mêlée. Le bien-être de la communauté juive dans son ensemble l’emportait sur toute autre considération.

Suss était un Juif avec un grand cœur. On parle du roi Richard Cœur de lion. On peut en dire autant pour Suss. Dès qu’il jugeait qu’une cause en valait la peine, il répondait présent. Quand il s’engageait, il faisait toujours preuve de pragmatisme et de souplesse. Quand on se réunissait au cabinet du Premier ministre pour le problème des restitutions des biens juifs spoliés pendant la guerre et qu’un lunch de travail était organisé, je venais avec mon repas casher. Quand Suss a vu ça, il m’a dit : « ça ne va pas. A table, toute la communauté doit être présente et se sentir à l’aise, religieux ou non ». Il a ensuite veillé à ce que le repas servi soit casher à chaque fois. C’est du Suss tout craché. Cette réaction illustre parfaitement son pragmatisme et sa générosité.

Politiquement et philosophiquement, tout me sépare de Suss, mais nous avons appris à nous connaître et une amitié profonde s’est nouée entre nous. Pendant de nombreuses années, nous nous voyions chaque jour. Je suis religieux, il était agnostique. Quand il venait me dire bonjour, après avoir salué gentiment les secrétaires, je lui demandais en français comment il se portait, et il me répondait en yiddish : « Baroukh Hachem (grâce à D.). De quoi puis-je me plaindre, j’ai plus de 80 ans, je suis en bonne santé et je suis encore actif. Dis-moi, Elie, dans l’autre monde, j’aurais malgré tout une récompense pour les bonnes choses que j’ai faites ? ».

Les seules personnes qu’il évoquait avec une vive émotion et une adoration énorme étaient sa mère et le Rav Shapira, son Rosh Yeshiva à Heide avant la guerre. Il me l’a toujours décrit comme un second père, tellement cet homme lui paraissait bon et généreux.  Voilà le Suss que j’ai appris à connaître. J’imagine bien qu’à la tribune du CCLJ, il n’aurait pas tenu un discours pareil, mais je pense que Suss a connu, si on peut appeler cela ainsi, une certaine évolution à l’égard de la religion et du sentiment religieux.

 

Guy Verhofstadt Député européen, ancien Premier ministre

« Un homme 100 % juif, belge et européen à la fois »

En tant que Premier ministre (1999-2008), j’ai eu l’honneur de rencontrer nombre de fois David Susskind, fondateur du Centre communautaire laïc juif et co-fondateur du Comité de coordination des organisations juives de Belgique, bref le chef de file incontestable de la communauté juive. Dans toutes nos initiatives prises pour une meilleure compréhension et une plus vive communication avec la communauté juive en Belgique, le président du CCLJ était incontournable. Ainsi je me rappelle l’inauguration de l’Espace Yitzhak Rabin du CCLJ le 5 mars 2002 à Bruxelles, la commémoration du 60e anniversaire de la déportation fatale de quelque 25.000 concitoyens juifs le 6 octobre 2002 à Malines, l’ouverture du Musée juif de Belgique le 4 mai 2004 à Bruxelles, ma visite à Yad Vashem le 16 mars 2005 et l’inauguration du pavillon belge restauré au camp meurtrier d’Auschwitz, le 7 mai 2006. En même temps, David Susskind jouait un rôle clé dans le dossier des biens confisqués aux Juifs persécutés en Belgique pendant la guerre, un dossier que j’ai pris en main dès l’investiture de mon gouvernement et que nous avons achevé en dédommageant des milliers de victimes ou leurs proches parents.

Dans tous mes contacts avec David Susskind, j’ai eu le sentiment d’un Juif progressiste, ouvert et humaniste. Un homme 100 % juif, belge et européen à la fois. Toujours à la recherche d’un Juste parmi les non-Juifs -1442 Belges ont vu leur nom gravé comme Justes au mémorial de Yad Vashem, tous en s’opposant aux persécuteurs nazis-, David Susskind était parmi les Justes lui-même. Un Juste juif envers les Arabes et les Palestiniens. Comme le montrait son Cri pour la paixde Juifs d’Europe du 20 avril 2010, un cri soussigné entre autres par Elie Chouraqui, Alain Finkielkraut, Bernard-Henri Lévy et Dominique Moisi. Un cri faisant entendre « une autre voix juive » concernant Israël et ses voisins arabes et palestiniens, une voix juste et raisonnable.

 

Françoise Audag-Dechamps Directrice générale Coordination et Affaires juridiques - Service public fédéral Chancellerie du Premier ministre

« Son histoire est celle d’un ami »

Après la parution du livre de Vincent Engel Le don de Mala-Léa-David Susskind : l’itinéraire d’un Mensch, j’ai demandé à David Susskind de me le dédicacer et il a écrit : « Ce roman vrai, c’est l’histoire d’un ami… ».

J’ai eu le privilège de vivre l’un de ses nombreux combats, celui de la restitution. Après le discours du Premier ministre de l’époque, Guy  Verhofstadt, prononcé à Malines le 24 septembre 2000, j’ai été chargée de mettre en œuvre le processus de restitution des biens dont les membres de la communauté juive de Belgique avaient été spoliés.

Lors des travaux préparatoires de la loi du 20 décembre 2001, j’ai rencontré les membres du Comité exécutif de la Commission nationale de la communauté juive de Belgique pour la restitution dont David Susskind était le co-président. Je souhaite ici saluer le travail de David Susskind, mais aussi de tous les membres du Comité et représentants de la communauté juive. Ce fut un dialogue constructif pour arriver à une restitution juste, que l’on a qualifiée d’accord « belgo-belge ». Tant l’Etat, les banques et les assurances ont restitué tous les montants identifiés par les travaux de la Commission d’étude, ladite Commission Buysse. La loi du 20 décembre 2001 a créé une nouvelle Commission chargée du dédommagement, toujours présidée par L. Buysse. La loi a aussi prévu qu’après le versement des dédommagements individuels, le solde soit versé à une Fondation. C’était la volonté de restituer collectivement ce qui ne pouvait plus l’être individuellement, en l’absence malheureusement d’ayants droit. La Fondation du judaïsme de Belgique a ainsi vu le jour et peut apporter son soutien au travail des institutions de la communauté juive de Belgique, tant au niveau social, éducatif, culturel que religieux.

La création de cette Fondation est un projet que David Susskind avait à cœur et dans lequel il s’est investi pleinement. Au-delà de la rédaction d’un texte de loi et de la mise en œuvre d’une procédure administrative, ce fut pour moi une expérience humaine unique, ainsi que pour tous les membres du personnel de la Chancellerie du Premier ministre et des autres administrations qui y ont collaboré.

Au cours des dernières années, j’ai rencontré régulièrement un David Susskind, infatigable, toujours soucieux que le travail de restitution soit mené à bien, soucieux aussi que justice soit également faite par la reconnaissance de toutes les victimes de la guerre de la communauté juive. Son histoire est devenue celle d’un ami. A travers le combat pour la restitution, j’ai compris l’exigence qui a guidé son destin : rester fidèle au don de sa mère, comme l’a si bien écrit Vincent Engel, et être un Mensch.

 

Jean Daniel Fondateur du Nouvel Observateur

« Fidèle à son idéal plus qu’à ses origines »

Tous ceux qui comme David Susskind ne veulent puiser dans le judaïsme que les raisons d’être toujours plus proche de l’homme et de sa condition, de son destin et sa liberté sont nés dans leur berceau avec le brevet de citoyens du monde.

Ils sont fidèles à leur idéal plus qu’à leurs origines, à la fraternité projetée de l’intelligence plus qu’à la prison des racines. Ils ont souvent à combattre sur plusieurs fronts à la fois, car ils n’appartiennent corps et âme qu’à l’universel.

 

Herman Van Rompuy Président du Conseil européen

« Son action pour une paix durable au Proche-Orient marquera »

Fondateur du Centre communautaire laïc juif, David Susskind a, toute sa vie durant, par sa combativité et grâce à son charisme, œuvré au rapprochement entre les personnes et entre les peuples. Son action pour l’établissement d’une paix juste et durable au Proche-Orient marquera. Sa grande culture et sa grande humanité aussi. Elles nous manqueront.

 

Yves Leterme Ancien Premier ministre

« Il était un être d’une générosité hors pair qui a distribué tout ce qu’il possédait »

David Susskind était un homme de cœur et de convictions. Ses combats ont été marqués par sa volonté de préserver une identité juive forte, mais respectueuse des autres communautés et ouverte au dialogue. L’un de ses derniers combats a été celui de la restitution des biens dont les membres de la communauté juive ont été spoliés. Il a été un des acteurs essentiels du dialogue avec le gouvernement qui a conduit à la mise en œuvre d’un processus de dédommagement individuel, mais aussi collectif, par la création de la Fondation du judaïsme de Belgique. Mais David Susskind restera dans les mémoires pour un grand nombre de raisons. Il a pensé, en Belgique, le judaïsme laïque. En homme de paix, il a œuvré pour la paix au Proche-Orient. Et il était, surtout, un être d’une générosité hors pair qui a distribué autour de lui, à ceux qui étaient dans le besoin, tout ce qu’il possédait. Je rends hommage à un homme exceptionnel.

 

EDITORIAL

… Quelle meilleure preuve d’amour pouvons-nous offrir que de tenter de contribuer à aider Israël à aboutir à la paix ?

Je suis peut-être une « belle âme », comme disent les gens de droite, mais j’ai mal aux tripes quand on tue un manifestant palestinien !

Je saigne quand un enfant israélien meurt !

Je sais que ce genre d’argument ne peut satisfaire ni les racistes, ni les « va-t-en guerre », mais j’en appelle à la raison. Israël commencera à vivre lorsqu’il sera en paix avec tous ses voisins. C’est David Ben Gourion qui l’a dit; je ne fais que répéter ses paroles.

Un devoir essentiel résume à mon sens toute la Thora : « Aime ton prochain comme toi-même ».

Si œuvrer pour la paix est un acte négatif, je l’assume volontiers.

Je plaide coupable ! ?

David Susskind,

Regards, mars 1988


 
 

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