Dossier spécial

David Susskind, une vie

Mardi 6 décembre 2011

Le président d’honneur et fondateur du Centre communautaire laïc juif (CCLJ), David Susskind, nous a quittés le 25 novembre 2011, à l’âge de 86 ans. Sa personnalité exceptionnelle et ses engagements militants auront marqué à jamais la communauté juive, le monde politique belge et le camp de la paix israélien. Ils sont nombreux à avoir croisé sa route, souvent partagé ses combats. Ce livre d’or réunit quelques souvenirs, témoins de sa passion pour le peuple juif, son attachement à la démocratie et à la liberté.

 

 

Siegi Hirsch Psychothérapeute

« Il me parlait de sa mère et je lui parlais de ma grand-mère »

Quand il a participé à la création de l’USJJ, je rentrais des camps et je m’étais inscrit à l’académie des Beaux-Arts de Bruxelles. Il m’a demandé de réaliser des grands portraits de Staline. Comme il organisait les manifestations du 1er mai, j’ai confectionné une colombe de la paix avec du fil de fer et du papier, en hommage à la colombe de Picasso. Elle ne devait pas mesurer plus d’un mètre de haut. Avec Suss, la réalité prenait une autre dimension et la colombe devenait de plus en plus grande avec les années; elle mesurait environ 8 mètres et on devait être au moins quatre personnes pour la porter !

Ensuite, pendant des années, nous faisions ensemble la route vers la Hollande. Je me rendais à l’Université d’Utrecht pour mes études et Suss allait à Rotterdam pour ses affaires. Dans le train, on discutait beaucoup. Entretemps, je le fréquentais aussi à Bruxelles. Nous avions des engagements communs. Suss disait toujours qu’il faisait de la politique et que moi, je racontais des blagues juives partout. De cette manière, tout le monde savait qu’on était uni par une sorte de pacte.

Nous sommes devenus vraiment amis et nous avons trouvé un moment spécial pour nous réunir dans un restaurant et évoquer à deux un sujet très intime : il me parlait de sa mère et je lui parlais de ma grand-mère. Ces deux femmes nous avaient confiés la même mission : « Fais ce que tu veux dans la vie, mais sois un Mensch ». Pour parler de ma grand-mère et de sa mère, on se rendait à la Maison du Bœuf où il m’invitait. On nous installait toujours à la même table, la « table Susskind ». Elle était placée dans une espèce de petit couloir à l’écart de la grande salle à manger. Si les serveurs nous installaient dans cette partie du restaurant, c’est parce qu’on chantait des « Nigoun » hassidiques. Ils nous écoutaient avec beaucoup de respect, mais ils pensaient que cela faisait un peu mauvais genre dans la grande salle. Comme nous avions tous les deux une éducation juive religieuse, dès qu’il y en avait un qui commençait à s’assoupir légèrement, il y en avait un autre qui se mettait à fredonner « Bim-bim-bam » ou « Ai-ai-ai » pour le réveiller. Les conversations que nous avions sur ma grand-mère et sur sa mère étaient très importantes pour nous deux. Nous étions convaincus qu’elles nous surveillaient pour voir si on se comportait comme des Mensch.

J’ai croisé Suss un jour en 1945 et depuis lors, je ne l’ai plus quitté. Il va beaucoup me manquer.

 

Henri Kichka Ancien déporté

« Grâce à lui, j’ai enfin retrouvé la joie de vivre »

A mon retour des camps après de longs mois d’hôpital et de sanatorium, je me suis retrouvé dans un orphelinat et un jour, j’ai décidé de me réintégrer enfin dans notre communauté. Sur les conseils d’un ami, je me suis inscrit à l’USJJ (l’Union sportive des jeunes Juifs). Directement, j’y ai été accueilli par toutes et tous avec chaleur. C’est là que j’ai rencontré Suss, et grâce à lui, j’ai enfin retrouvé la joie de vivre et une ambiance familiale. Tout de suite, nous avons été très proches l’un de l’autre. Je n’oublierai jamais nos mahanot, surtout celui de 1947 en Tchécoslovaquie.

Grâce au CCLJ et à Suss, j’ai été nommé « Mensch de l’année ». Mais Suss, pour son courage, son charisme, ses nombreuses activités, pour nous tous ses amis, il est le Super Mensch de notre communauté.

 

Lazard Perez Ancien président du CCOJB

« Il avait un cœur si grand qu’il pouvait y ajouter toutes les causes humanitaires du monde »

Tout au long de notre vie, nos chemins se sont souvent croisés. A deux reprises, ils se sont même confondus en s’inscrivant dans des relations familiales.

En 1948, pendant la guerre d’Indépendance, nous étions tous les deux en Israël. David, chef de famille avec une enfant malade, fut dispensé du service militaire. Peu de temps après leur arrivée au kibboutz, Tony, la sœur de David et ma sœur Malka épousèrent respectivement deux frères, Aaron et Shimon.

Nos liens familiaux furent encore davantage renforcés lorsque mon fils Yves, épousa Mireille-Liora Gancarski, la nièce de sa première femme, Hélène Gancarska. Liora est donc la cousine germaine de Michèle Szwarcburt. Ajoutons que par coïncidence, nous sommes tous deux nés le 22 octobre et que nos bons vœux réciproques se croisent chaque année.

Cette situation fut l’occasion d’établir entre nous des contacts plus intimes que ceux qui prévalaient jusqu’alors et que nous avions établis dans le cadre d’activités communautaires communes. Par exemple, à l’époque où David fut président de la Fédération de la Jeunesse juive de Belgique, j’étais son secrétaire général.

Plus tard encore, au CCOJB, au Congrès juif européen, au Congrès juif mondial, nos chemins se croisaient au gré des réunions et de nos déplacements à l’étranger.

Ces relations familiales étroites avec David furent donc salutaires, car, au départ, un réel fossé idéologique nous séparait. En effet, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, David, à l’instar de nombre de Juifs humanistes, s’investit corps et âme dans la défense du communisme prosoviétique. Par la suite, revenu du communisme, David traverse une très pénible épreuve personnelle.

C’est ainsi qu’à l’occasion d’une rencontre, sans avertissement, il me prend soudain par les épaules et commence à me secouer vigoureusement : « Lazard, tu as devant toi un cocu du communisme… ! », me dit-il. Je lève vers lui un regard surpris, interrogatif et peut-être peiné. Il explose alors et, me secouant de plus belle : « Lazard, tu n’as pas l’air de comprendre, mais je suis en train de te dire que je suis un cocu du communisme… » Que pouvais-je lui dire ? Sinon réaliser l’immense peine qu’il endurait. Comme celle que l’on peut éprouver après un grand amour brisé.

Ses initiatives dans nombre de domaines relatifs à la communauté juive furent décisives. Son action en faveur des Juifs soviétiques est bien connue. L’affaire du Carmel d’Auschwitz, qui allait également avoir un retentissement international, est née au CCLJ. Il fut le premier à se déplacer à Cracovie avec une petite délégation pour s’entremettre avec le cardinal Macharski, responsable de l’installation du couvent dans l’enceinte du camp d’Auschwitz. Il revint écœuré de son entretien après avoir entendu la réflexion de ce haut prélat : « Si j’avais su que cette installation du couvent allait créer tellement de remous, j’aurais attendu jusqu’à ce que les témoins de cette époque disparaissent… ».

David était également un fervent sioniste. Mais il avait un cœur si grand qu’il pouvait y ajouter toutes les causes humanitaires du monde. « Là où un homme souffre, je souffre également », avait-il coutume de dire. C’était l’exact reflet de son caractère. C’est l’apanage des êtres exceptionnels. C’est ainsi que je l’ai toujours considéré.

 

Nathan Ramet Président-fondateur du Musée juif de la Déportation et de la Résistance de Malines

« Tu représentais un chef, un leader, le créateur d’une nouvelle philosophie »

Cher ami Suss,

J’ai passé avec toi des moments mémorables, au Diamant club d’Anvers. A 12 heures exactes, nous sommes environ six à huit amis qui prenons un « Witteke » (un verre de genièvre) en papotant, mais aussi en parlant de choses très sérieuses, entrecoupées de beaucoup d’humour entre les critiques au sujet de nos communautés, mais aussi les approbations. Sans ta présence les discussions sont beaucoup moins animées.

Nous avons vécu des situations où j’étais à tes côtés et il n’y a jamais eu de conflits entre nous. Pour moi, tu représentais un chef, un leader, le créateur d’une nouvelle philosophie. Tu possédais un sens de l’humour perçant et ne supportais pas les injustices.

Là où j’ai appris à te connaître vraiment, c’était lors de l’affaire du Couvent des Carmélites d’Auschwitz. Nous sommes partis en délégation, le regretté Markus Pardes, le rabbin Guigui, toi, David Susskind, et moi-même. Nous avons passé pendant la rencontre avec le cardinal Macharski, des moments inoubliables. Tu étais de nous quatre l’homme le plus motivé.

Nous avons pris la parole chacun à son tour. Markus Pardes a parlé des Juifs qui, de tout temps, venaient chez les évêques et les cardinaux avec des suppliques pour aider ou protéger les Juifs de leur communauté. Le rabbin Guigui a parlé d’une citation dans «  Pirkéi Avot » et récité un psaume. Quant à moi, j’ai exprimé mon indignation au sujet de la tentative d’aryanisation du Musée d’Auschwitz.

Mais toi, Suss, tu as raconté comment une femme, tenant par la main sa petite nièce et de l’autre main celle d’une vieille tante en direction des chambres à gaz, les consolait… « Cette femme, c’était ma mère, une Sainte », as-tu dit. Cela a été dit après que le cardinal Macharski a cité Edith Stein, une Juive convertie au catholicisme et béatifiée en tant que Sainte Thérèse de la Croix.

Le cardinal avait compris l’allusion et fort ému, il prit sa tête entre ses mains. Il t’a promis de tenter de faire des démarches pour le déménagement du Couvent des Carmélites.

Ta force de persuasion fut telle que d’autres ont pu influencer des ecclésiastiques et aboutir à faire déménager les Carmélites.

Tu m’as fait nommer « Mensch de l’année » et je t’en suis encore toujours reconnaissant.

Merci, Suss, d’avoir été mon ami.

 

Judith Kronfeld Directrice de la Fondation du judaïsme de Belgique

« La fougue de Suss se fondait sur la vision d’une identité juive librement assumée »

« Nous devons être d’abord des hommes et ensuite seulement des sujets ». « Il est plus désirable de cultiver le respect du bien que le respect de la loi ». Ces deux citations sont extraites de La désobéissance civile, œuvre du philosophe et poète américain du 19e siècle Henry David Thoreau, opposé à l’esclavagisme et considéré comme le père du concept actuel de la non-violence. Elles m’ont tout de suite fait penser à David Susskind.

Charles, mon mari, et moi-même sommes entrés dans le sillage de Suss en 1967, lors de la guerre des Six-Jours. Nous étions convaincus qu’il avait raison de vouloir un Etat juif aux côtés d’un Etat palestinien, tous deux indépendants, libres à l’intérieur de frontières sûres parce que mutuellement et internationalement reconnues. Je pense que ce qui nous y a décidés n’était pas seulement la conviction qu’Israël était en danger d’existence et qu’il fallait agir, mais que la fougue de Suss se fondait sur la vision d’une identité juive librement assumée en diaspora comme en Israël (une idée diamétralement opposée à la vision sartrienne soit dit en passant!), sur l’idée qu’il est possible de vivre pleinement en tant que Juif sans être inféodé à quelque divinité que ce soit.

Souvent, il m’a dit : « Tu sais, le judaïsme, ce n’est pas qu’une religion ! C’est une civilisation. Et comme dans toute civilisation, il y a différentes facettes, toutes sortes de courants. Tout le monde, y compris le plus orthodoxe des Juifs, fait des choix, accepte ou rejette des textes, des interprétations, des pratiques. On s’inscrit dans l’un ou l’autre courant. Parfois, on  y apporte quelque chose de neuf ».

J’ai vu Suss profondément heureux quand parmi quatre ou cinq familles présentes à la séance d’information, la nôtre -et David notre fils en premier- a accepté de suivre le programme d’étude intensive du judaïsme, ce qui a abouti à la première Bar-Mitzva non religieuse et les développements qu’on lui connaît. Oui, le jour de cette première en Belgique et même en Europe, j’ai vu Suss heureux et ému aux larmes de voir un adolescent, soutenu par ses parents et ses grands-parents, adhérer à certains de ses idéaux et concrétiser l’un des volets de la vie juive laïque, libre exaministe, ouverte, généreuse et porteuse d’avenir.

 

Paul Danblon Journaliste, initiateur de la Fête de la jeunesse laïque

« Les prophètes d’autrefois, ça devait être des types dans ton genre »

J’étais, au temps de ma jeunesse, un lecteur assidu de la Sélection du Reader’s Digestdont une rubrique en particulier retenait mon attention : « L’homme le plus extraordinaire que j’ai jamais rencontré ». On faisait ainsi, de numéro en numéro, au gré des signataires, connaissance -superficielle sans doute, mais souvent pittoresque- d’une galerie de personnages originaux, hauts en couleurs ayant figuré dans les domaines les plus variés.

Eh bien, aujourd’hui, avec le recul, je déclare que j’inscrirais volontiers Suss dans cette spectaculaire cohorte.

Il y a avant tout, comme on dit au théâtre, la présence. Physique, d’abord; c’était quelqu’un qui ne passait pas inaperçu lorsqu’il entrait (j’allais écrire en scène) dans un lieu tant public que privé. Il y avait -inconsciemment ?- du comédien en lui : une voix sonore, un sens aigu de l’effet, cette aptitude des débatteurs chevronnés de sentir, au moment même, comment placer tel mot, telle phrase de manière à en obtenir le maximum d’efficacité. Et puis, il y avait aussi ce mélange subtil d’autorité naturelle et de cordialité qui fait qu’aucun contact avec lui n’était jamais banal, même souvent digne d’être gardé en mémoire. C’est que l’on ne pouvait pas ne pas ressentir que cet homme était habité. Gardons-nous des grands mots; j’hésite à parler de mission par crainte de trop d’emphase, mais il est clair qu’il pensait et agissait en fonction de valeurs qui étaient pour lui essentielles et qui déterminaient ses actions. 

Vous souvenez-vous de ce film d’Elie Chouraqui,  Qu’est-ce qui fait courir David ? Et si nous nous posions la question de ce qui pouvait bien motiver notre David ?

Je verrais assez un processus comme celui-ci : comment concilier ce droit fondamental, imprescriptible, dont chaque être humain devrait pouvoir jouir, celui d’être intellectuellement libre, de pensée libre, avec ce devoir de fidélitéaux racines si souvent ressenti comme constitutif de soi-même ? Ce passé antérieurque sont les origines, familiales, ethniques, culturelles voire religieuses, peut facilement constituer un donné dogmatique quasi intangible pour ne pas dire sacré, susceptible d’entrer en conflit avec les chocs successifs des événements vécus au cours de la vie et les inévitables remises en question qui en résultent.

David me paraît être un de ceux à avoir remarquablement maîtrisé cet accord difficile, tenant davantage d’une dialectique permanente que de la synthèse définitivement aboutie et donc reposante. Non, la trajectoire de notre homme n’a pas été un long fleuve tranquille. C’est que l’exercice est particulièrement délicat lorsque le passé encore proche est chargé de tant d’épreuves subies allant jusqu’à la volonté de néantisation du peuple dont on est, et que toute mise à distance, même partielle, serait ressentie comme une trahison par les autres voire par soi-même.

Etudiant de yeshiva, il militera plus tard pour la laïcité. Pas seulement au sens politique, mais clairement philosophique : on peut parfaitement être juif et incroyant.

Résistant et communiste dans sa jeunesse, il prendra ses distances avec le stalinisme et ses arrières faits et clamera« Let my people go ! » en faveur de l’alya des Juifs soviétiques.

Sioniste convaincu, il était évidemment sensible aux droits des Palestiniens et soutenait activement Shalom Arshav.

Il procédait donc à une succession de réajustements souvent difficiles, mais nécessaires, en préservant chaque fois ce qui, de sa judéité, lui paraissait demeurer essentiel : le sens de l’humain, un humanisme de sensibilité juive certes, mais qui a vocation universelle.

Voilà comment l’homme m’est apparu.

Il me revient lui avoir dit un jour : « Les prophètes d’autrefois, ça devait être des types dans ton genre ».

Quant à mon idée évoquée plus haut d’inscrire David Susskind dans ma galerie du Reader’s Digest, je persiste et signe.

 

Théo Klein Ancien président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF)

« David était un Juif total, même dans son refus de la tradition religieuse »

David Susskind a toujours réussi à articuler parfaitement ce qu’il pensait et ce qu’il faisait. Il a vécu et agi conformément à ce qu’il pensait. Peu d’hommes partagent cette qualité. Mais chez lui, c’était d’autant plus fort que c’était spontané. Il ne trichait pas, même si de temps en temps, il a essayé d’être plus habile ou de modérer ses sentiments. Quand je parlais avec lui, j’ai toujours senti la force de sa volonté. La parole était toujours suivie par l’action. Il ne faisait pas de beaux discours pour se faire applaudir et rentrer ensuite chez lui satisfait de ses effets de manche. Même s’il touchait les gens par sa parole, ce n’était pas un beau parleur. Ce qui lui importait, c’était d’agir. Lors de l’affaire du Carmel d’Auschwitz, j’ai le souvenir qu’il n’aimait pas participer à ces négociations lentes et difficiles. Il était trop vif et trop immédiat pour cela. Il fallait que ça bouge et que cela avance vite.

J’ai l’impression d’avoir toujours connu David Susskind, comme s’il avait accompagné ma vie. On peut le comparer à un frère en qui on a une totale confiance et qu’on aime beaucoup parce qu’on se sent à l’aise avec lui, même si on ne partage pas toutes ses idées. Comme on rencontre peu de frères dans sa vie et que mes parents ne m’en ont pas donné un, j’étais content de l’avoir trouvé un en la personne de David Susskind.

En raison de mes 92 ans, j’ai du mal à situer précisément quand on s’est connu, mais cela m’importe peu de le savoir. Il a fait partie de mon horizon et par son authenticité, il m’a toujours rassuré. C’est cela qui compte pour moi. On ne peut pas être plus juif que lui. Il n’était pas religieux, mais il croyait en des valeurs juives. David était un Juif total, même dans son refus de la tradition religieuse. Et la religion n’est rien d’autre qu’une fabrication rabbinique qui nous vient de temps immémoriaux dont nous n’arrivons pas à sortir. Cette religion nous empoisonne la vie en créant cet esprit de ghetto et de fermeture sur soi qui empêche les Israéliens de reconnaître dans les Palestiniens leurs réels voisins.

Sur Israël, nous étions en parfait accord. J’ai très vite compris à quel point il aimait Israël. C’est d’ailleurs ce qui l’a conduit tout au long de sa vie à s’opposer vigoureusement à une politique israélienne de fermeture.

 

Marek Halter Ecrivain

« Suss fait partie de mon histoire »

Nous nous sommes connus dans notre désir commun de trouver la paix au Proche-Orient. Suite à la guerre des Six-Jours, nous avons lancé une initiative pour une paix négociée au Proche-Orient. Nous étions d’ailleurs les premiers à bien séparer deux problèmes : la paix avec les Etats arabes d’une part, et la paix avec les Palestiniens d’autre part. Pour ce faire, nous avons pris des contacts avec toute une série de personnalités palestiniennes et arabes. Avec Suss, nous avons décidé de faire paraître une revue, Eléments, consacrée à cette problématique. Il a organisé à Bruxelles de nombreuses réunions pour notre Comité pour une paix négociée. Nous avons entraîné dans cette belle aventure des personnalités politiques, intellectuelles et artistiques de premier plan. Clara Malraux assurait la direction de la publication, Clara Halter, ma femme, en était la rédactrice en chef et des intellectuels comme Edgar Morin, Albert Memmi, Amos Oz, et tant d’autres y ont apporté leur contribution. C’est dans Elémentsque Bernard-Henri Lévy a publié son premier article. Il l’avait même signé Bernard Lévy. En pleine impression de ce numéro, il est venu nous demander de changer et d’y inscrire « Bernard-Henri ». Pierre Mendès-France et Bernard Kouchner sont aussi passés par cette revue. Côté palestinien, nous avons publié le poète Mahmoud Darwich. Dans un de ses poèmes, il parlait de « son frère juif ».

J’étais encore peintre à l’époque et je finançais Eléments en vendant des tableaux. Je n’oublierai jamais l’intervention de Suss lorsqu’il a organisé chez lui une vente de mes tableaux pour que notre revue puisse continuer d’exister. Il a fait venir tous ses amis à la maison et chacun d’entre eux est reparti avec un tableau !

Parallèlement, Suss a développé un projet magnifique : l’organisation d’une vie juive laïque. Il a su donner une visibilité énorme à tous ces Juifs, nombreux, pour qui la religion n’est plus l’élément essentiel de leur identité.

Suss fait partie de mon histoire.

 

EDITORIAL

… Il y a des peuples qui peuvent gagner et perdre des guerres. Tous les peuples ont déjà perdu des batailles. Israël ne peut se le permettre et le peuple juif ne peut se permettre de vivre sans Israël.

Notre identification n’est pas artificielle mais profonde. Quand je ferme les yeux et que j’ose imaginer qu’Israël perdrait la guerre, je sens que ma vie n’aurait plus le même sens, elle n’aurait plus de sens. ?

David Susskind,

Regards, octobre 1973 

Suite de ce dossier : http://www.cclj.be/article/3/2576 


 
 

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http://www.respectzone.org/fr/
  • Par gyora - 13/12/2011 - 22:14

    David a enclenché une liste tellement longue d'initiatives humanitaires de niveau mondial, que certaines - pourtant déterminantes dans l'histoire du XXème siècle - n'ont pas trouvé leur place dans les souvenirs de ce dossier spécial.
    Parmi beaucoup d'autres donc, celle qui m'a sans doute le plus marquée remonte à l'ère de Brejnev, où le nom de Suss était lié à celui d'un très grand nombre de Refuzniks qu'il a aidé à faire sortir d'URSS.
    Chapeau David...