Nouvelle génération

David Berliner, l'humain à travers sa diversité

Mardi 4 avril 2017 par Géraldine Kamps

Professeur en anthropologie à l’ULB, passionné depuis toujours par la mémoire et les religions, David Berliner, 41 ans, a profité de ses recherches à travers le monde pour approcher de plus près sa propre histoire familiale. Itinéraire d’un universaliste qui veut rester optimiste.

 

David Berliner nait à Bruxelles en 1976 au sein d’une famille juive ashkénaze, « à l’identité culturelle séparée de toute appartenance religieuse ». Brièvement scolarisé à Beth Aviv, puis à l’Athénée Ganenou, c’est au Lycée Dachsbeck qu’il suivra l’essentiel de ses primaires ainsi que ses humanités. La passion pour la mythologie, les symboles et les religions lui vient dès l’âge de 15 ans. Elle lui donnera le goût de la philosophie, de la psychologie, et l’orientera vers des études d’anthropologie à l’ULB, « soit l’étude de l’humain à travers sa diversité culturelle », précise-t-il.

Attiré par les voyages, David Berliner s’envole en 1997 pour une première expérience de terrain au Burkina Faso, où pendant trois mois dans un village, il travaillera sur son mémoire. Sa découverte de l’altérité constituera une révélation absolue. Une bourse FNRS obtenue ensuite pour une thèse le conduira une année et demie supplémentaire en Guinée-Conakry, avec le but d’analyser la persistance de rituels non islamiques dans l’islam contemporain, le rôle des femmes dans la transmission de la religion, et le sentiment  largement répandu de la perte de culture. David Berliner passera encore un an à Oxford, et effectuera un Post Doc à Harvard, avant un premier emploi d’enseignant à la Central European University de Budapest. Aujourd’hui nommé, cela fait dix ans qu’il enseigne l’anthropologie à l’ULB.

Aller voir ailleurs pour comprendre comment nous fonctionnons, avec ce que nous pouvons apprendre de l’altérité et du lointain, David Berliner semble en avoir fait son credo. Si ses travaux en Afrique lui ont permis de relever de nombreux points communs entre les populations des quatre coins du monde, il confie toutefois se sentir juif pour de multiples raisons : « J’ai le sentiment de partager une destinée historique particulière », explique-t-il. « J’entretiens aussi un rapport intellectuel à la mémoire et à la transmission, avec une obsession pour les textes... et j’admets être très sensible à la nourriture yiddish de ma mère ! J’ai posé mes questions partout dans le monde et il m’a fallu du temps pour les poser à ma propre famille. Je redécouvre aujourd’hui encore certains éléments de mon histoire, de la mémoire familiale et du Yiddishland ». Interpellé par l’antisémitisme en Europe, il observe une violence délétère de chaque côté. « Le temps n’est plus à la polémique », affirme-t-il. « Nous avons besoin de diplomates, qui vont pouvoir traduire les points de vue des uns et des autres et trouver des plateformes à partir desquelles il sera possible de communiquer, à l’image des anthropologues dont une des valeurs premières est le dialogue interculturel, avec cette faculté de se mettre dans une posture où l’on puisse admettre que l’autre ait raison ».

La transmission positive

David Berliner ne s’étonne pas d’avoir été attiré par l’anthropologie, pour sa manière de questionner le trouble identitaire. Il relèvera d’ailleurs chez les Baga de Guinée qu’il a analysés des similitudes avec les survivants de la Shoah. « On retrouve les mêmes questionnements liés à la transmission de la mémoire chez les plus âgés qui estiment qu’il n’est plus possible de transmettre quoi que ce soit, et chez les jeunes générations qui n’osent pas interroger les vieux pour savoir. En croyant ne rien transmettre, les plus anciens ont en réalité transmis plein de choses : de l’émotion, des valeurs autour de l’alimentation, de la Shoah, du danger, même si ce n’est pas forcément ce qu’ils imaginent être la culture yiddish post-Shoah. On constate donc un réel fossé entre le discours et la pratique. Notre travail à nous, anthropologues, est de montrer ce qui, justement, se transmet ». Son essai Perdre sa culture sur le discours nostalgique contemporain, face aux discours déclinistes qu’il désapprouve totalement, devrait paraitre l’an prochain à l’attention du grand public, le manuscrit étant déjà entre les mains d’un éditeur français.

Peu impliqué dans la communauté, David Berliner se permet « un regard extérieur » sur ce qui l’entoure, tout en restant vigilant. « L’identité et la culture sont des concepts ouverts et nécessairement poreux », estime-t-il. « L’identité figée, excluante et nationaliste m’inquiète. Nous, Juifs, avons le rôle de lanceurs d’alertes, parce que nous savons où la désignation de la “bonne” identité peut mener. Chaque discours aujourd’hui vous assigne à votre identité, et le discours universel de paix et de dialogue se retrouve décrédibilisé. En dépit de l’actualité, les intellectuels de gauche se doivent de défendre un discours de tolérance ». 


 
 

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