Vivre-ensemble

Danielle Perez "Venons-en aux mains, pour mettre la main à la pâte"

Mardi 14 Février 2017 par Géraldine Kamps

Lancé pour partager, échanger, tisser des liens à partir de ce qui nous rassemble et construire des ponts par le biais de la culture, le Collectif « D’accord de ne pas être d’accord » proposera de mettre directement les mains à la pâte le samedi 11 mars 2017 à Molenbeek. Rencontre avec Danielle Perez, psychologue et cofondatrice du projet.

 

« D’accord de ne pas être d’accord », comment l’idée de ce Collectif vous est-elle venue ?

Notre Collectif a vu le jour à l’été 2014, pendant l’opération « Plomb durci » en Israël. Nous avions constaté que les positionnements de chacun devenaient très tranchés sur la question, même des amis de toujours finissaient par se fâcher, chacun se repliant sur ses arguments, sans parvenir à entendre ceux de l’autre. En août 2014, une marche pour la paix, à laquelle j’ai participé, a été organisée à Paris par une jeune étudiante musulmane, soulignant notamment le fait qu’avoir ses propres idées et opinions ne doit pas nous empêcher de dialoguer et de marcher ensemble. En rentrant à Bruxelles, j’ai réfléchi à ce qui pouvait être fait avec d'anciens travailleurs du milieu associatif restés amis, Agnès Bensimon, Serge Noël et Rachid Barghouti, et nous avons décidé de lancer ce Collectif.

Votre Carte blanche parue dans Le Soir du 18 septembre 2014 a été le point de départ de vos actions…

Effectivement. Cosignée par une trentaine de personnes issues essentiellement du milieu associatif et culturel bruxellois, de la société civile engagée, cette Carte blanche appelait au dialogue, au mieux vivre-ensemble. Michel Gheude et Sam Touzani nous ont rejoints dans le Collectif et nous avons organisé au Théâtre Le Public une après-midi poétique autour de la paix, avec des poésies du monde entier traitant de la coexistence. Le principe de ce rassemblement étant qu’on peut se dire qu’on n’est pas d’accord, on est bien conscient des réalités, mais on peut néanmoins essayer de créer de ponts, tisser des liens, échanger plutôt que de s’affronter. Ce qui prime, c’est la volonté de dialoguer, et pour y arriver, il faut faire connaissance, tendre la main à l’autre, arrêter d’avoir peur, pour ne pas ouvrir la porte à un boycott bien plus large.

Pourquoi avoir choisi la culture pour tisser des liens ?

La culture au sens large, oui. Nous avons choisi tout ce qui passe à travers les mots, la poésie, le théâtre. Nous voulons utiliser les mots comme lieu d’apaisement, et les mains pour se serrer la main et faire des choses ensemble. On en est d’ailleurs venu aux mains, en mettant les mains à la pâte, à l’occasion d’un atelier de fabrication du pain. La symbolique du pain est importante. Les « copains » ne sont-ils pas des gens qui partagent le pain ? On a donc pétri et cuit la pâte ensemble, avant de la manger. Notre atelier organisé à La Tricoterie a réuni près de 80 participants, toutes générations confondues ! Une autre activité que nous avons proposée, en partenariat avec l’échevinat de la Cohésion sociale de Molenbeek, a été la rencontre avec Latifa Ibn Ziaten, mère de la première victime de Mohamed Merah, qui témoigne aujourd’hui un peu partout, et notamment dans les écoles de France, avec un message de paix exceptionnel. Cela a aussi été l’occasion de rencontrer l’association « Les parents concernés », dont les enfants sont partis combattre en Syrie.

Vous participez au 1er Festival culturel judéo-arabe « Esther et Shéhérazade » de Molenbeek. Que nous proposez-vous le samedi 11 mars ?

Nous organisons un atelier de fabrication du pain selon les traditions marocaine, juive et éthiopienne, avec « Le pain des poètes » qui se déroulera de 14h à 17h à la Maison des cultures, en présence des poètes Ronny Someck et Salah al Hamdani. L’un est juif et vit en Israël, l’autre est arabe et vit à Paris, tous les deux sont nés en 1951 en Irak et n’y sont jamais retournés. Tout le monde pensait qu’ils s’affronteraient lorsqu’ils se sont rencontrés, et au contraire. Ils ont décidé de construire à partir de ce qui les rassemblait et entretiennent aujourd’hui un vrai lien fraternel. Ils sont d’ailleurs tous les deux fous de Camus ! Ils viendront parler de la symbolique du pain l’après-midi lors de cet atelier, et nous les retrouverons le soir à 18h30 au Château du Karreveld pour une soirée poétique animée par le Collectif, avec la présentation de poèmes en français, en hébreu et en arabe, liés à leur histoire et à l’actualité. Ronny Someck affirme : "C'est ainsi que la paix se fait, par l'amitié et l'intimité des êtres". Nous avons choisi d’en venir aux mots et aux mains par cette seule voie.

Samedi 11 mars 2017
- de 14h à 17h : Atelier « Le pain des poètes »
Maison des cultures, accès chaussée de Merchtem 67, 1080 Molenbeek.
-  18h30 : « Deux enfants de Bagdad »
Château du Karreveld, av. Jean de la Hoese 32, 1080 Molenbeek.
Entrée gratuite, mais réservation indispensable : dacpasdac@gmail.com ou page Facebook
(c) Isabelle Lagny

 
 

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http://www.respectzone.org/fr/
  • Par Myriam Van der ... - 19/02/2017 - 10:32

    Cher,

    Cette initiative est fantastique. Moi, je suis d' Anvers, je peux participer?

    Cordialement

    Myriam