Vu de France

Combattre l'antisémitisme sur les réseaux sociaux ?

Mardi 3 avril 2018 par Laurent David Samama
Publié dans Regards n°880 (1020)

C’est un déferlement d’antisémitisme virtuel qui érige des montagnes -bien réelles- de haine... Selon une étude réalisée par le Congrès juif mondial (WJC), un post antisémite est publié toutes les 83 secondes sur les réseaux sociaux.

Pour arriver à ce résultat, le Congrès juif a analysé des millions de posts publiés au cours de l’année 2016 en 20 langues et sur divers réseaux sociaux. Bilan des courses : plus de 382.000 messages se sont révélés antisémites (cela sans même tenir compte des posts critiquant Israël ou ses politiciens, ne rentrant pas dans le périmètre de l’étude) ! « Nous savions que l’antisémitisme sur internet était en hausse », a déclaré Robert Singer du WJC, « mais les nombres révélés par ce rapport nous donnent des données concrètes quant à la situation réelle ». Des données qui commandent l’action.

Début mars, à l’occasion du 33e dîner parisien du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), son président Francis Kalifat s’est ainsi résolument positionné en faveur d’un contrôle accru des propos antisémites tenus sur les réseaux sociaux. Profitant de la présence du président Macron, Kalifat annonçait en grande pompe le lancement d’un Observatoire de la haine sur le Net « pour compléter le travail de la cellule digitale du Crif ».

Dans un premier temps, les travaux de cet Observatoire viendront compléter le rapport annuel sur les actes et violences antisémites, établi par le ministère de l’Intérieur (sur la base des plaintes déposées en commissariats). Mais Kalifat voit plus loin et voudrait, après perfectionnement de son outil, l’étendre à toutes les autres formes de haine. « Lorsque notre outil aura fait ses preuves », a-t-il annoncé, « nous pourrons l’élargir au racisme, à la xénophobie, à l’homophobie, à la haine des musulmans et, aussi, à la haine de la France ». L’objectif est clair : « assécher ce torrent de haine ! »

Et puisque la bataille face à ces armées d’anonymes cachés derrière écrans et pseudonymes semble perdue d’avance, le Crif a fait le choix de l’efficacité. Il pointe en priorité la responsabilité des géants de l’Internet. « Si nous construisons cet Observatoire, c’est parce que les entreprises Internet ne le font pas elles-mêmes. Peut-être faut-il les y contraindre », explique Kalifat…

Outre-Rhin, les autorités se sont décidées à agir sans plus attendre. Depuis le 1er janvier, la loi allemande « NetzDG » impose à Twitter, Facebook et autres Instagram de supprimer des postes « manifestement illégaux » dans un délai de 24 heures après leur signalement. S’ils manquent à leur devoir, ces mastodontes de l’Internet sont passibles d’une amende maximale de 50 millions d’euros ! Twitter aurait déjà effacé des dizaines de tweets racistes tombant sous le coup de la loi allemande. Et l’on redécouvre ainsi les vertus radicales de la sanction au portefeuille…   

 


 

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http://www.respectzone.org/fr/
  • Par Muntz - 6/04/2018 - 7:10

    C'est anormal qu'il faille attendre si longtemps que de telles dispositions soient prises contre les écrits antisémites... comme c'est anormal que des parents n'osent attaquer des prêtres pédophiles qui ont abuser de leurs enfants, que des Américains instruits et tous leurs présidents laissent tranquille la NRF malgré les assassinats par armes à feu qui ensanglantent les écoles américaines... Nathan Muntz