Jugement des génocidaires

La Chambre du Conseil se prononce en faveur d'un renvoi aux Assises

Vendredi 20 octobre 2017 par Belga et G. Kamps

La Chambre du Conseil de Bruxelles a rendu ce vendredi 20 octobre 2017 une décision essentielle dans le cadre du dossier des génocidaires hutus, particulièrement attendue par les parties civiles, notamment par Martine Beckers (la sœur de Claire et belle-soeur de Isaïe Bucyana, assassinés à Kigali ), Jacques Rwigenza et sa sœur Godelieve Mpendwanzi (dont le père a été assassiné pendant le génocide) que le CCLJ soutient depuis plusieurs mois avec le Collectif belge pour la prévention des crimes de génocides et de lutte contre les négationnismes.

Mobilisation du 7 septembre 2017 en soutien à Martine Beckers (à gauche sur la photo)

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    Dans le cadre de trois dossiers concernant le génocide des Tutsi au Rwanda, -Ernest Gakwaya « Camarade », Emmanuel Nkunzuwimye « Bomboko » et Fabien Neretse, tous trois accusés de participation au génocide -, la Chambre du Conseil de Bruxelles a conclu qu'il existait des charges suffisantes en ce qui concerne l'ensemble des préventions, y compris pour génocide, et n'a pas fait droit à la demande du procureur fédéral de renvoi devant le tribunal correctionnel.

    « La lecture rapide de l’ordonnance de 27 pages qui nous a été faite ce matin établit clairement que ces personnes ont commis des actes en sachant qu’ils n’y étaient pas autorisés » souligne Martine Beckers après cette décision qu’elle attend depuis 23 ans maintenant. « Elle précise qu’il n’y a pas de circonstances atténuantes possibles et retient la gravité des faits qu’elle qualifie de « génocide ». Par conséquent, en dépit de la loi qui réduit sensiblement le nombre de cas renvoyés aux Assises, la Chambre du Conseil a décidé d’y renvoyer cette affaire pour sa gravité exceptionnelle ».

    « Les juges ont notamment expliqué que la justice s'inscrit dans un travail de mémoire lorsqu'il s'agit de crimes contre l'humanité et que la seule juridiction qui s'impose dans ce cas est la Cour d'assises », a ajouté Me Hirsch, conseil de la partie civile.

    S’il appartient désormais à la Chambre des mises en accusation de décider des suites de la procédure et de confirmer ce renvoi aux Assises (la Défense a encore la possibilité d’interjeter appel), Martine Beckers se réjouit de cette décision qu’elle qualifie d’« étape essentielle ». « Cela montre qu’il y a des magistrats compétents, humains qui considèrent les choses dans leur ensemble et ne se limitent pas forcément aux recommandations qui leur sont faites ».

    En bref

    Ernest Gakwaya, aurait été un membre actif des « Interahamwe », ces milices armées responsables de très nombreuses victimes du génocide des Tutsi, mais conteste les faits dont il est soupçonné. Emmanuel Nkunzuwimye est soupçonné de meurtres dans un contexte génocidaire, mais il conteste les faits.

    Fabien Neretse, haut fonctionnaire sous le régime Habyarimana, vivait dans le même quartier de Kigali que la ressortissante belge Claire Beckers, son mari Isaïe Bucyana et leur fille Katia. Se sentant menacée, la famille avait, selon des témoins, tenté de fuir son domicile pour rejoindre la Minuar, le contingent des Nations-Unies, le 9 avril 1994. Elle a été dénoncée, arrêtée à un barrage et fusillée.

    Fabien Neretse est suspecté de les avoir dénoncés et serait également impliqué dans l'assassinat de dix autres personnes, qui vivaient dans le même quartier et cherchaient aussi à fuir les massacres. Fabien Neretse est aussi soupçonné d'avoir assisté aux exécutions et aurait exercé des responsabilités au sein des Interahamwe, ces milices pro-Hutus, singulièrement impliquées dans le génocide.

    Le génocide des Tutsi a fait, entre le 6 avril 1994 et la mi-juin 1994 entre 500.000 et 1 million de victimes.

     
     

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    http://www.respectzone.org/fr/
    • Par Faustin KAGAME - 21/10/2017 - 6:08

      Justice est faite. Enfin. Mieux vaut tard que jamais.

    • Par Jean-Claude Broché - 21/10/2017 - 11:27

      Sauf erreur de ma part, l'article ne dit pas , au cas où la décision de renvoi serait confirmée, si les accusés sont détenus en Belgique, seront extradés, comparaitront volontairement ou seront jugés par contumace.

    • Par geraldine - 23/10/2017 - 9:12

      Les accusés vivent aujourd'hui en toute liberté sur le territoire belge et comparaitront donc librement à leur procès. Il n'est pas question à l'heure actuelle d'extradition.
      Bien à vous
      G. Kamps

    • Par Odette Kantarama - 24/10/2017 - 13:28

      Cela prendra beaucoup de temps trouver et peut-être punir ces monstres ( désolée) de la qualification.
      C'est la seule façon de penser les plaies des rescapés et les aider à poursuivre leur vie.
      Je tiens à remercier ces courageux qui donner leur temps et qui se donner pour cette tache tellement difficile.