Au CCLJ/Conférence

Ces enfants juifs cachés que l'Eglise convertit et ne veut pas rendre

Vendredi 1 novembre 2013 par Propos recueillis par Nicolas Zomersztajn

Dans L’Eglise de France et les enfants juifs (éd. PUF), Catherine Poujol analyse la problématique de la restitution à leur famille des enfants juifs cachés et baptisés par l’Eglise catholique en France sous l’Occupation allemande. Une problématique controversée que cette historienne abordera au CCLJ le mercredi 6 novembre 2013 à 20h30.

 
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    Pourquoi la question des baptêmes administrés par l’Eglise catholique pour sauver des enfants juifs pose-t-elle problème à la Libération ? Il faut d’abord rappeler que plus de 8.000 enfants juifs ont été cachés en France. Pour l’Eglise, à travers ses institutions (orphelinats, couvents, pensionnats, homes, etc.). Dès la fin de la guerre, on assiste ainsi à un premier mouvement de restitution immédiate des enfants cachés à leur famille. Ce n’est qu’à partir de 1946 qu’un problème apparaît : celui de la restitution d’enfants juifs cachés qui ont été convertis. La position officielle de l’Eglise est contenue dans une note de la nonciature de Paris datée du 23 octobre 1946 : elle demande de ne pas rendre ces enfants juifs convertis et baptisés, même à leurs parents. Cette position ne fait que refléter le dogme du sauvetage des âmes par le sacrement que constitue le baptême.

    La note de la nonciature demandant de ne pas rendre les enfants juifs convertis pendant la guerre est-elle suivie par le clergé français ? Oui et non ! Il existe en réalité différentes attitudes. L’Eglise de France n’est pas monolithique. D’un côté, on voit le père Chaillet, un jésuite directeur du Comité des œuvres sociales des organisations de la Résistance (COSOR), recueillir 16.000 orphelins juifs après la guerre. Il ne cherche pas du tout à les convertir. Bien au contraire, il s’efforce de leur dispenser une éducation juive et il cherche à rendre ces enfants à leur famille. Il s’est même engagé par écrit auprès du Consistoire à ne pas les convertir. Et d’un autre côté, on voit le père Devaux, Supérieur des prêtres de Notre dame de Sion et grand sauveur d’enfants juifs, refuser de rendre 30 des 400 enfants qu’il cachait. Il ne veut pas les rendre parce qu’ils ont été baptisés. Il ne les restituera qu’en 1953, suite à l’affaire Finaly et certainement sur ordre du nonce apostolique. La position du père Devaux découle du caractère sacré du sacrement : l’enfant juif baptisé est devenu chrétien.

    S’il y a différentes réactions au sein de l’Eglise de France, cela signifie-t-il qu’il n’y ait pas de position définie clairement par Rome ? Il existe bel et bien une note du 23 octobre 1946 interdisant explicitement de rendre les enfants juifs baptisés. L’absence de réactions univoques de la part de l’Eglise de France pose la question de savoir si cette note a été ou non transmise à tous les évêques français. Je pense que non. Dans les papiers du cardinal Gerlier, archevêque de Lyon, on trouve des éléments de réponse. Cette note ne lui est transmise qu’en avril 1947 lorsqu’il demande à la nonciature ce qu’il doit faire avec les enfants juifs baptisés dans son diocèse qui fut un refuge important pour les Juifs sous l’Occupation. On voit que cette note n’a pas été envoyée à tous les évêques de France. Pour en avoir le cœur net, il faudrait poursuivre les recherches pour savoir quels sont les évêques destinataires de cette note de la nonciature de Paris.

    Qui pose la question de la restitution des enfants juifs cachés par l’Eglise catholique ? C’est le secrétaire général du Congrès juif mondial, Léon Kubowitzki, qui le fait lors d’une audience accordée par Pie XII à Rome le 21 septembre 1945. Il pose la question de manière générale sans préciser qu’il s’agit aussi de la restitution d’enfants juifs convertis. Pie XII lui répond qu’il lui faut un mémorandum et des chiffres. Le Congrès juif mondial s’acquitte de cette tâche, mais une période de flottement va suivre et six mois plus tard, la note sur l’interdiction des restitutions d’enfants juifs baptisés est validée par le Secrétariat d’Etat du Vatican, signée et endossée par le nonce apostolique de Paris, qui n’est autre que le futur Jean XXIII, Monseigneur Roncalli.

    Et on ignore encore aujourd’hui si Monseigneur Roncalli l’a envoyée à tous les évêques de France ?Après dix ans de recherches, je m’interroge encore sur ce qu’il a fait de cette note. Comme je vous l’ai dit, je pense qu’elle n’est adressée qu’à ceux qui l’interrogent sur la problématique de la restitution des enfants juifs cachés à leur famille. Il faut savoir que les diocèses-refuges où l’on cache des enfants juifs ne sont pas nombreux en France. On croit à tort que le Pape décide, les évêques exécutent et les laïcs ont la main sur le pantalon. Dans leurs pays respectifs, les évêques ont une marge de manœuvre considérable qui leur permet d’agir à leur guise. Dès lors, il y a des évêques collabos et d’autres résistants. Ce sont donc ces derniers qui s’adressent à la nonciature pour savoir ce qu’ils doivent faire des enfants qu’ils ont cachés. Ils posent cette question, car rendre un enfant baptisé relève du cas de conscience pour un catholique.

    L’affaire Finaly (deux enfants cachés dont les parents ont été assassinés à Auschwitz, confiés par l’Eglise à une tutrice qui refuse de les rendre à leur famille sous prétexte qu’ils sont baptisés) est-elle le point d’orgue de cette question douloureuse pour les Juifs ? Cette affaire défraie la chronique entre 1945 et 1953 alors que ces enfants ont été convertis en 1948 par leur nourrice qui refuse de les rendre à leur famille. Mais paradoxalement, cette affaire devient emblématique de la problématique des enfants juifs cachés et baptisés pendant la Guerre. Dans l’affaire Finaly, l’Eglise se laisse entraîner dans une dynamique qui la dépasse complètement. Et le Cardinal Gerlier va appliquer à la lettre la note du Vatican en organisant la fuite des enfants Finaly vers l’Espagne. La responsabilité de Gerlier est évidente, car il écrit même que l’avantage avec les dictatures comme l’Espagne, c’est qu’on ne revoit plus jamais personne ! Mais le scandale judiciaire et médiatique de l’affaire Finaly va susciter un revirement dans l’attitude de l’Eglise catholique, et tout particulièrement les Sœurs de Sion. Dans leur chef, il ne s’agit plus de convertir, mais de comprendre les Juifs. Mais de manière générale, lorsque l’affaire Finaly se termine en 1953, on se dirige vers Vatican II et on commence au sein de l’Eglise catholique à considérer d’une autre manière les autres religions. Comme les enfants juifs sont rendus, on voit qu’on amorce un tournant vers une ouverture. N’oublions pas qu’un siècle auparavant, avec l’affaire Mortara (enfant juif enlevée par sa nourrice catholique à Bologne dans les Etats pontificaux en 1858), l’Eglise ne restitue pas l’enfant. Le contexte sociétal et la géopolitique ont changé : le pape ne règne plus en autocrate sur ses Etats italiens et la société s’est déchristianisée.


     
     

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    • Par esther naschelski - 2/11/2013 - 11:37

      Je suis un enfant juif,je suis dans ce cas que je fus baptiser aprés la guerre 1947,baptiser et comunion tout ensemble et un faux nom.La comunauté juive nous a chercher et de la famille on ne nous a pas trouver.Je fus accueillie par un institutrice catholique et fanatique qui avait un grand réseau pretres,religieuses ect....ella a baptiser 200 enfants juifs.Oui je sais que les enfants baptiser ne pouvait retournner dans leur famille!!!Je trouve ceci poignant.Cette institutrice ne voulais rendre les enfants a leur famille;il y a eu l'affaire finaly Belge

    • Par Michaël HOMSY - 21/08/2016 - 3:39

      En tant que Catholique, croyant et pratiquant, je trouve désolant que des enfants juifs aient subi ce sort. On ne doit contraindre personne à adopter une religion. Ce doit être le fait d'un choit libre et conscient. Dieu merci. tout adulte peut quitter le catholicisme et devenir juif.

    • Par Isaïe - 18/04/2019 - 17:40

      En ce qui concerne le baptême des enfants, celui-ci n'a aucune valeur biblique puisque le baptême chrétien selon la Bible est un engagement envers Dieu. (1Pierre.21). En ce qui concerne la purification du corps, il s'agit de la repentance que nous pouvons observer selon la confession des péchés. Ainsi rien dans le rituel catholique, rien est conforme aux enseignements apostoliques. Toutes les déviations de cette religion qui se dit chrétienne ont vraiment commencé au deuxième siècle sous les enseignement d'Ignace d'Antioche et se sont concrétisés fermement dès le quatrième siècle pour commencer à amener l'abomination du célibat obligatoire du clergé au 11e siècle.