Procès de l'attentat du Musée juif de Belgique

"Ce procès a réveillé des douleurs que nous avions essayé d'enfouir"

Jeudi 31 janvier 2019 par G.K. et Belga

La journée de ce 31 janvier 2019 était très attendue au procès de l’attentat du Musée juif de Belgique, avec l’audition de la famille du couple Riva assassiné. Un témoignage bouleversant livré par les deux jeunes filles de 19 et 21 ans pour qui la vie familiale a été du jour au lendemain anéantie.

« Comment expliquer qu'une famille est heureuse, a des ambitions, et le lendemain n'a plus rien ? », s'est exprimée la sœur de Miriam Riva, jeudi après-midi devant la cour d'assises de Bruxelles. « Nous avons la responsabilité des deux filles, nous essayons de leur donner le maximum, mais la vie d'après pour elles n'a plus rien à voir avec avant. Elles continuent à fonctionner, mais le nid familial est démoli », a-t-elle déclaré.

Quelques minutes plus tôt, Shira et Ayelet Riva se présentaient devant la Cour d’assises, escortées par un service de sécurité. Des gardes qui resteront la demi-heure que durera leur témoignage face au public venu en nombre.

« Nous étions très très proches », a expliqué en hébreu Shira, la fille aînée, âgée de 21 ans. « Nous passions beaucoup de temps ensemble, on se parlait tous les jours, on partageait toujours beaucoup de choses ». « Ma mère avait débuté une nouvelle activité, elle créait des bijoux. Oui, elle avait de l'or dans les doigts », a raconté Ayalet, 19 ans. « Elle était une femme qui adorait sa famille, qui aidait ses amis, toujours à leur service ». « Mon père, lui, était modeste et il adorait voyager », soulignera encore Shira.

Agées de 15 et 17 ans à l'époque, les deux jeunes filles ont appris le décès de leurs parents la nuit du drame, à 4h du matin, ont-elles détaillé. Sans leurs parents, elles ont expliqué vivre et se débrouiller « seules », soutenues par leur famille. Ayalet Riva a encore précisé qu’elle effectuait actuellement son service militaire obligatoire en Israël. Quant à Shira, elle se prépare à entamer des études de criminologie à l'université, comme elle l’a toujours souhaité.

La communauté juive est venue nombreuse pour soutenir la famille Riva, comme le soulignent plusieurs personnes présentes : « Ces deux filles évoquent le drame par excellence, ce qu’elles vivent est humainement insupportable… La seule chose qu’on pouvait faire, c’est être là », nous confiait Olivier tenait à se libérer de ses obligations professionnelles.

18 ans, le chiffre de la vie

Le témoignage du frère jumeau d’Emanuel Riva confirmera la personnalité ouverte et sociable des deux victimes : « Emanuel était l'aîné, car il est né cinq minutes avant moi. Mais c'est moi qui me comportais comme le grand frère. Emanuel était très méthodique, perfectionniste, et toujours prêt à proposer son aide, notamment dans des entreprises pour jeunes entrepreneurs. Miriam, elle, avait une attitude paisible, là où elle entrait elle avait le don de rayonner avec cette paix qu'elle avait en elle. Ils s'étaient rencontrés au ministère des finances où ils travaillaient tous deux. Emanuel avait 33 ou 34 ans et Miriam un an de moins. Ils avaient 18 ans de mariage et 18 ans de bonheur ».

Avant de revenir sur la tragédie qui a dévasté leur famille : « Le poids est très lourd pour leurs filles. Elles méritent toute notre estime ! Elles arrivent à s'en sortir, mais il est clair que tant qu'elles ne prennent pas un peu plus d'âge, c'est très lourd à porter ».

La présidente pose calmement ses questions aux témoins, mais les réponses ont du mal à sortir, laissant percevoir toute la douleur encore présente chez les deux jeunes filles. Shira s’est assise de côté, dos à l’accusé, probablement pour ne pas croiser son regard. L’atmosphère est particulièrement pesante et le public a du mal à cacher son émotion. Mehdi Nemmouche reste impassible.

Les jurés, le ministère public, les avocats des parties civiles et la défense ne poseront pas de question à l'issue de leur témoignage. Sans doute pour ne pas ajouter à la peine des familles. « Ce procès a réveillé des douleurs que nous avions essayé avec les années d’enfouir en nous », soulignera le frère d’Emanuel Riva, avant de reprendre l'avion avec les siens pour Israël.


 
 

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