Génocide des Tutsi

Le caractère humanitaire de l'Opération turquoise à nouveau contesté par un soldat français

Lundi 25 juin 2018 par AFP avec N.Z.

Dans un entretien ce lundi au journal La Croix, un ancien pilote de l’armée française ayant pris part à l'opération Turquoise en juin 1994 au Rwanda conteste son caractère strictement humanitaire dès le départ, affirmant que les militaires français étaient préparés à « frapper » les troupes du Front patriotique rwandais (FPR).

 
Sur le même sujet

    L'homme d'une cinquantaine d'années et qui a souhaité garder l'anonymat a fait toute sa carrière dans l'armée de l'air, selon le quotidien.

    Il s'agit du second militaire français ayant participé à l'opération militaro-humanitaire Turquoise à relancer ce débat récemment, après la parution du livre Rwanda, la fin du silence (éd. Les Belles Lettres–Mémoires de Guerre) de l'ancien officier de l’armée française, le lieutenant-colonel Guillaume Ancel.

    Guillaume Ancel, qui était venu présenter son livre au CCLJ le 7 juin dernier, assure que les troupes envoyées par Paris avaient pour mission de « stopper le FPR, donc empêcher la victoire de ceux qui combattaient les génocidaires ».

    Entre avril et juillet 1994, quelque 800.000 personnes, selon l'ONU, ont été tuées au Rwanda pendant le génocide, principalement au sein de la minorité tutsi.

    « Ancel n'est pas un affabulateur pour ce que j'ai vu de Turquoise. C'est pourquoi il m'est apparu juste d'apporter mon témoignage », déclare l’ancien pilote. Prépositionné dans une base française en Afrique, il débarque à Kisangani au Congo (Zaïre à l’époque) avec les premiers éléments de la chasse française, selon ses propos rapportés par La Croix.

    Interrogé pour savoir s'il y avait eu, à sa connaissance, une directive pour intervenir sur Kigali, il répond: « Non. Mais pour nous, nous étions là pour faire la guerre ». Selon lui, les équipages sont convoqués à la nuit tombée le 30 juin 1994. « Vous allez intervenir au petit matin pour bloquer les rebelles, car la tension monte sur le terrain », leur dit-on, rapporte La Croix.

    Le 1er juillet, « les deux premiers Jaguar décollent pour la zone de conflit, canons armés (...) ils s'étaient envolés pour faire leur métier: appuyer nos troupes au sol en frappant les rebelles », affirme cet ancien pilote, qui ajoute que finalement, l'autorisation n'a « pas été donnée ».

    Selon lui, cette action est apparue au dernier moment, aux yeux des décideurs, comme contrevenant au mandat donné par l'ONU à l’Opération Turquoise.

    Réagissant dans La Croix, le général français Jean-Claude Lafourcade, ancien commandant de Turquoise, qualifie « d'ineptie » ce nouveau témoignage et celui de Guillaume Ancel, affirmant que ce dernier « ne s'appuie que sur ses propres déclarations, non sur des documents, des ordres, des preuves matérielles. Nous ne nous sommes pas engagés en juin dans l'optique de stopper le FPR et de rétablir le gouvernement provisoire à Kigali, comme il l'affirme. La bascule entre la mission offensive et la mission humanitaire qui aurait eu lieu sur ordre de l'Elysée, le 1er juillet, n'existe que dans son imagination », a ajouté le général Lafourcade.

    Les documents dont parle le général Lafourcade ne sont hélas pas consultables. Comme l’a expliqué Guillaume Ancel lors de sa conférence au CCLJ, « toutes ces archives sont ouvertes, mais pas consultables ! Or, le moyen le plus sûr pour y arriver est d’ouvrir vraiment les archives de l’opération pour qu’on puisse enfin les consulter. L’essentiel de ces archives est bouclé pour une période de 60 à 120 ans. Bouclées pour une opération « humanitaire » et non pas une opération militaire visée par le secret-défense ».

    La réaction virulente du général Lafourcade prouve à nouveau que la culture du silence fait loi au sein de l’armée française et qu’il vaut mieux ne pas y déroger.


     
     

    Ajouter un commentaire

    http://www.respectzone.org/fr/
    • Par Yves - 27/06/2018 - 13:12

      La France complice du génocide au Rwanda ? Certains diront que c'est un mythe. Un mythe qui circule beaucoup, même, on pourrait dire un mythe errant...