Vu de France

Le calvaire de Sarah Halimi : nouveau drame de l'antisémitisme français ?

Mardi 4 juillet 2017 par Laurent-David Samama
Publié dans Regards n°865 (1005)

Passée inaperçue à quelques jours de l’élection présidentielle, la défenestration d’une Française juive de 65 ans coche toutes les cases du meurtre antisémite. Enquête…

Manifestation en hommage à Sarah Halimi, Paris, 9/4/2017

« Il faisait bon vivre ici. Et puis le temps est passé, vous savez… », nous confie un habitant de Belleville, le ton résigné. Foyer historique du peuplement séfarade à Paris, le quartier du nord-est de la capitale s’est vidé de ses Juifs en l’espace d’une dizaine d’années. Au phénomène de l’alya se sont ajoutés la montée des incivilités, l’antisémitisme devenu banal et cet exode peu documenté, mais pourtant bien réel de familles se dirigeant vers des quartiers jugés plus accueillants pour la communauté (le XVIIe arrondissement, Asnières, Levallois, Courbevoie). A Belleville pourtant, quelques irréductibles demeurent. Nostalgiques d’un temps désormais révolu, ils se retrouvent notamment chez René et Gabin, une institution de la cuisine juive tunisienne. Ici, les souvenirs prennent le pas sur le présent troublé et le temps semble s’être arrêté. Au coin de la rue pourtant, une France sclérosée, communautarisée et en Etat d’urgence se déploie. C’est à deux pas, rue de Vaucouleurs, que vivait Lucie Attal-Halimi, plus connue dans la communauté juive orthodoxe sous le nom de Sarah Halimi. Depuis quelques jours, le récit de son assassinat enflamme les réseaux sociaux. « Tuée parce que juive », lit-on sur un blog. « Onze ans après la mort d’Ilan, avec Sarah, le nom “Halimi” devient hélas un symbole dans la France de 2017 », découvre-t-on sur la page Facebook du député Meyer Habib. Le 4 avril dernier, cette ancienne directrice de crèche de 65 ans a été passée à tabac avant d’être défenestrée par son jeune voisin de 27 ans, dénommé Kobili T., au cri d’« Allah akbar ». Elle est de confession juive. On apprend qu’elle porte la perruque. Lui est un musulman, fréquentant parfois la mosquée Omar de la rue Jean-Pierre Timbaud. Tous les ingrédients semblent malheureusement réunis pour que ce nouveau drame antisémite défraie la chronique. Et pourtant, présidentielle oblige, l’affaire ne trouvera aucun écho médiatique durant près d’un mois…

 Déni de réalité

Selon le dossier de police, Kobili T., qui se fait surnommer « Bébé », s’est d’abord introduit, en pleine nuit, dans un appartement jouxtant celui de Sarah Halimi, avant de rejoindre le domicile de cette dernière, en enjambant le balcon. Les journalistes du quotidien Libération évoquent « des actes de torture et de barbarie d’une cruauté insoutenable ». Ils racontent : « Surprise dans son sommeil, la victime est d’abord rouée de coups, tout en étant traitée de “sheitan” (le “diable” en arabe). Une voisine, réveillée par les cris, appelle Police Secours vers 4h45. Elle décrit une femme en train de se faire frapper sur le balcon en face du sien ». Quelques minutes et une vingtaine de fractures plus tard, Sarah Halimi sera défenestrée, sous le regard des policiers. Le meurtrier présumé retournera quant à lui dans le salon de la famille habitant le premier appartement. Il y entamera une prière avant que la police n’intervienne, 45 minutes après les faits. Bien connu de la justice, on apprendra que Kobili T. possède un casier judiciaire « long de huit pages »… Pour les psychiatres qui l’ont examiné après son arrestation, l’homme souffre de « troubles mentaux manifestes », incompatibles avec une garde à vue. C’est ce point qui suscite aujourd’hui la colère des avocats de Sarah Halimi. « Délinquance, drogue, prison… On retrouve tous les stigmates de l’islamisme radical », assure Me David-Olivier Kaminski, défenseur d’un des fils de la victime. « Il est incompréhensible que la qualification antisémite ne soit pas prise en compte. C’est un mépris pour la mémoire de Mme Halimi ».

 Et maintenant ?

A ce jour, Kobili T. demeure interné en hôpital psychiatrique et n’a toujours pas été entendu par les enquêteurs. La juge d’instruction en charge du dossier n’a quant à elle pas retenu la circonstance aggravante du caractère antisémite de l’agression. Pour nombre de témoins directs, celui-ci semble pourtant constituer une évidence. Comment donc expliquer cette frilosité de la justice ? La question mérite d’être posée. Dans une tribune publiée dans les colonnes du Figaro, une dizaine d’intellectuels de premier rang, parmi lesquels Elisabeth Badinter, Alain Finkielkraut, Pascal Bruckner, Marcel Gauchet ou encore Michel Onfray, ont ainsi réclamé que « vérité soit faite » sur ce qui est en passe de devenir une seconde affaire Halimi. Médiatiquement, l’appel a trouvé une certaine résonnance. Reste désormais une inconnue : qu’en est-il de la capacité de mobilisation populaire autour d’un crime antisémite dans la France de 2017 ? 


 
 

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http://www.respectzone.org/fr/
  • Par bauweraerts-huy... - 12/07/2017 - 14:45

    on ne peut être que d'accord avec ces intellectuels . La France à peur des remouds occasionnés par la mise en cause d'un musulman , c'est là je pense la raison de cette stupide " frilosité "

  • Par HENRIETTE Irène - 12/07/2017 - 16:34

    C'est vraiment lamentable ce qui se passe en France ! (ici en Belgique, on n'entend rien de ce genre ?????)

    On doit être tolérant, mais trop c'est trop. Certains immigrés n'ont pas leur place en Europe et cela continue..... Qui va travailler, lorsque le pays sera suroccupé par des gens ignorants, qui ne savent rien faire ? Le désert sera au rendez-vous.

    Mes condoléances à la famille de cette pauvre victime, une de plus de la folie d'une religion intolérante .

  • Par HENRIETTE Irène - 12/07/2017 - 16:44

    Il est invraisemblable qu'Arte, une chaîne qui "avait des sujets" sérieux ne puisse montrer le sujet de l'antisémitisme.... On montre de plus en plus des films américains, faits par des scénaristes malsains et des enfants regardent ces films quasiment tous les jours, sans discerner le vrai du faux.

    Où allons-nous ? Ces films violents attirent la violence des gens qui sont débiles, et c'est très dangereux....

    Mes condoléances à la famille de madame Halimi.

    La France devrait avoir honte de son comportement lâche.