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Le Boycott d'Israël, en toute franchise

Mardi 3 mai 2011 par Perla Brener

Les faits. Manifestations à la foire du livre de bruxelles, defile au salon des vacances devant le stand israelien, mascarade rue neuve d’une scène de checkpoint aux cris de « boycott israël »… la politique du gouvernement israelien est certes critiquable, elle ne justifiera jamais pour le Centre communautaire laïc juif les campagnes de boycott menées régulièrement contre l’Etat d’Israël, ou plutot contre les colonies, comme le clament haut et fort les partisans de ces mesures.

 

Qu’il soit commercial ou intellectuel, qu’il vise les produits alimentaires en vente dans nos supermarchés, les accords de coopération économique ou les collaborations universitaires établies entre la Belgique et Israël, le boycott a-t-il un impact sur la politique du pays ou affecte-t-il sans distinction tous les Israéliens ? Comment réagir ? Il y a quelques mois, 38 lauréats du Prix Nobel signaient une déclaration condamnant les tentatives internationales de désinvestissement, de sanction ou de boycott des institutions académiques israéliennes et des centres de recherche du pays. En France, une « Journée mondiale contre le Boycott anti-Israël » était officieusement décrétée le 30 mars 2011, en suggérant de n’acheter que des produits israéliens selon la liste établie par les boycotteurs. En Belgique comme ailleurs, Juifs et non-Juifs participent au debat.

Hocine Ouazraf est permanent à l’Association belgo-palestinienne. Il nous explique ce qui a motivé l’ABP a soutenir la campagne Boycott-Désinvestissement-Sanctions (BDS) : « La campagne BDS des produits israéliens a été lancée en 2005 par la société civile palestinienne, face à l’impasse des négociations de paix entre Israéliens et Palestiniens, à l’enlisement de la situation sur le terrain, à la poursuite de la colonisation et à l’absence de réactions politiques fermes des Etats occidentaux. Elle vise d’une part, à mettre un terme à la situation d’impunité dont jouit Israël depuis des décennies et, d’autre part à l’obliger à se conformer à la légalité internationale en s’inspirant du précédent sud-africain contre le régime d’Apartheid. S’inscrivant dans le cadre d’actions de résistance non violente, la campagne BDS appelle les sociétés civiles à travers le monde à se mobiliser davantage en vue de mettre un terme à la situation qui prévaut dans les territoires palestiniens. Il est à noter que cette initiative a été lancée au lendemain de l’avis consultatif de la Cour internationale de Justice sur le Mur dans le territoire palestinien occupé qui appelait les autorités israéliennes à stopper la construction de ce Mur et à démanteler  les tronçons déjà construits. Le ralliement de personnalités israéliennes à la campagne BDS montre que cette initiative vise avant tout à faire respecter la légalité internationale et qu’elle est portée par des personnes éprises de justice au-delà des appartenances nationales ». 

« Boycotter Israël, c’est délégitimer Israël », affirme le secrétaire général de J Call, Willy Wolsztajn. « Depuis un an environ, la campagne BDS cible l’opinion européenne. Elle prétend, par des pressions économiques et financières, contraindre Israël à évacuer les territoires palestiniens. Or, BDS n’affecte en rien l’économie israélienne. C’est une campagne politique. Elle assimile conflit israélo-palestinien et apartheid sud-africain. Pourtant, les natures respectives de ces conflits diffèrent du tout au tout. L’Afrique du Sud est une nation unique où la petite minorité blanche dominait la majorité noire et métisse via un système ségrégationniste. Le conflit israélo-palestinien voit s’affronter deux identités nationales pour une terre que chaque partie considère comme sienne. Le but de l’amalgame est limpide : accréditer l’idée que l’existence d’Israël vaut la domination raciste blanche sur l’Afrique du Sud ». Il poursuit : « La campagne BDS met en permanence en cause Israël comme Etat et le peuple juif israélien comme peuple. Dans les supermarchés, elle cible les produits israéliens, parce qu’israéliens. Elle promeut le boycott académique. Elle incite les artistes étrangers à boycotter Israël. A la Foire du Livre de Bruxelles, elle conteste la présence du stand israélien. Elle attaque la culture d’Israël, ses écrivains et son intelligentsia. A l’occasion, les militants BDS rejouent en rue le mythe du Juif buveur de sang et tueur d’enfants. Les boycotteurs travaillent-ils à un Etat palestinien aux côtés d’Israël, ou aspirent-ils à un Etat palestinien qui supplante Israël ? Malgré leurs dénégations, on peut se poser la question ».

Ancien président de l’UPJB, le rédacteur en chef de Points critiques, Henri Wajnblum, souligne : « C’est en janvier 2010 que l’UPJB a décidé d’adhérer à la campagne BDS. Notre adhésion vise la politique d’occupation et d’expansion israélienne et n’est en aucune manière dirigée contre l’Etat d’Israël lui-même, dont nous défendons le droit de vivre en paix et en sécurité aux côtés d’un Etat palestinien indépendant, viable et en sécurité lui aussi dans les frontières d’avant 1967. Notre adhésion à la campagne BDS est aussi dirigée contre les entreprises qui contribuent à perpétuer l’occupation par leurs relations commerciales avec, ou par leurs investissements dans des entreprises israéliennes actives dans la construction du Mur et dans la colonisation des territoires palestiniens occupés. Elle n’est bien sûr pas dirigée contre les Israéliens en tant qu’individus, mais contre les Israéliens qui, dans leur fonction, acceptent de représenter à l’étranger l’Etat d’Israël ou d’être parrainés par lui et s’en font dès lors, qu’ils le veuillent ou non, les porte-parole. Même s’il devait s’agir d’intellectuels, d’universitaires, de réalisateurs ou d’artistes. Certains estiment que cette campagne BDS est contre-productive, car en affectant tous les Israéliens sans distinction, elle risque de les amener à faire bloc autour de leurs dirigeants. Nous pensons au contraire qu’elle peut les inciter à la réflexion et amener une partie d’entre eux à faire pression sur leur gouvernement. Contrairement à ce que celui-ci prétend, cette campagne, qui s’est déjà traduite par de nombreux désinvestissements, est loin de laisser indifférent. Pour preuve, le débat qui s’est ouvert récemment à la Knesset pour examiner les meilleurs moyens de faire face en s’appuyant sur les ambassades et les communautés juives de la Diaspora. Tant qu’Israël n’aura pas un prix à payer pour sa politique colonisatrice, il n’y a aucun espoir de le voir enfin s’engager dans un véritable processus de paix avec le peuple palestinien ».

Députée bruxelloise, Viviane Teitelbaum affirme être « contre tous les boycotts, qui en général fragilisent ou radicalisent les populations. Cela ne contribue jamais au dialogue ou à la construction de la paix. J’ai eu l’occasion d’interpeller à plusieurs reprises le gouvernement bruxellois, et j’ai déposé une proposition de résolution pour la relance de l’accord économique entre la Région bruxelloise et Israël, car la situation actuelle équivaut à un boycott économique d’un pays ami, Israël, avec qui la Belgique entretient des relations diplomatiques et culturelles. Le jugement et les sanctions portés par les politiciens bruxellois qui prônent le boycott d’Israël laissent la critique d’Israël aller jusqu’à la délégitimisation de l’Etat hébreu, glissant imperceptiblement vers un antisémitisme ouvertement exprimé. De multiples actions de boycott, de désinvestissement et de sanctions contre Israël se poursuivent ». Avec quelles conséquences ?« La suspension de l’accord de coopération depuis 2002 bloque actuellement une partie des recherches menées par l’ULB en collaboration avec l’Université hébraïque de Jérusalem pour les soins à apporter aux malades atteints de maladies neuro-dégénératives comme la maladie de Parkinson. Un autre projet coordonné par l’ULB et financé par Israël, qui avait pour objectif de lutter contre la sécheresse en faisant pleuvoir dans le désert, et en partie financé par Israël, a été ralenti… La mise en accusation permanente d’Israël par le monde politique et de nombreux médias belges permet l’expression d’un antisémitisme tantôt furieux, tantôt débridé sans que les lois ne puissent l’enrayer. Je pense qu’il faut réagir ».

La question du boycott se pose depuis plusieurs années dans le monde universitaire, comme le confirme André Nayer, professeur de droit à l’ULB. « Depuis le début des années 2000, les interpellations sont régulières concernant des activités en rapport avec le dialogue israélo-palestinien ou le dialogue interculturel. Ma position n’a pas changé. Je pense que le boycott est contre-productif pour les deux parties. On peut bien sûr s’interroger : siun interlocuteur ou un partenaire est plus fort que l’autre, comment rétablir l’équilibre, sans paraitre, dans ce cas-ci, pro-arabe ou pro-israélien ? Toute collaboration de nature scientifique -sauf si elle est dévoyée- est positive, car elle permet d’évoluer vers la compréhension du monde, les échanges d’expérience font que l’on grandit ensemble. Nous devons essayer de collaborer avec tout le monde, dans les limites démocratiques. Il serait indécent de considérer l’Etat d’Israël comme dictatorial. On peut s’interroger sur la politique qu’il mène dans certains domaines, mais il est absurde de demander le boycott d’actes de chercheurs posés dans un Etat démocratique quand on croit aux vertus du libre examen, à l’amélioration possible des rapports humains et politiques ! Personne ne pousse, ou n’a poussé, le moindre cri face à la collaboration avec des chercheurs inféodés aux régimes qui viennent, ou seraient en passe, de tomber dans le monde arabe… J’encouragerais plutôt la collaboration bi ou trilatérale pour réunir et associer les chercheurs qui, des deux côtés, poursuivent des objectifs communs en œuvrant à l’extension des libertés scientifiques et politiques. L’ULB n’a pas manifesté une volonté de boycott et poursuivra, je pense, ses collaborations tous azimuts ».


 
 

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http://www.respectzone.org/fr/
  • Par Daniel Donner - 5/05/2011 - 10:15

    Le boycott des Universites israeliennes? Tiens, ca me rappelle l'interdiction faite a Johnny Clegg de participer a un concert de soutien au noirs d'Afrique du Sud du temps du pouvoir blanc, parce qu'il etait blanc et avait un passeport sud-africain.