Le boycott, une arme contre la paix

Vendredi 15 avril 2005

 

Depuis toujours, le Centre Communautaire Laïc Juif et les Amis belges de Shalom Archav militent activement pour une solution au conflit israélo-palestinien fondée sur le principe "2 peuples, 2 Etats". C'est la raison pour laquelle nous soutenons le Pacte de Genève de Yossi Beilin et Yasser Abed Rabbo ainsi que la Voix des Peuples d'Ami Ayalon et Sari Nusseibeh.

Nous aidons également des Israéliens et des Palestiniens qui n'ont pas cessé de travailler ensemble à des objectifs communs. Pas seulement le temps d'une conférence ou d'une rencontre, mais dans des projets à long terme menés dans le cadre d'une coopération culturelle, scientifique ou éducative. Outre les besoins indispensables qu'elle satisfait, cette coopération favorise le dialogue et le partenariat pour la paix. Si des Israéliens et des Palestiniens ont maintenu des contacts étroits envers et contre tout pour qu'une véritable coopération israélo-palestinienne soit engagée bien avant qu'un accord de paix ne soit signé, des entités fédérées belges ont suivi une logique diamétralement opposée en suspendant les accords de coopération qu'elles ont conclus avec Israël.

En effet, la Région de Bruxelles-Capitale et Israël ont signé en septembre 1998 un accord de coopération dans les domaines de la recherche et du développement industriels ayant des applications civiles. Cet accord a été ratifié tant par le Parlement israélien que par le Parlement bruxellois en 2001. Toutefois, une motion adoptée en mars 2002 par ce dernier suspend tout nouveau projet dans le cadre de cet accord. Jusqu'à présent cette suspension n'a toujours pas été levée. La Communauté française et la Région wallonne ont également signé avec Israël un accord de coopération tripartite en octobre 2001 portant sur des matières communautaires (culture, enseignement, coopération académique,…) et régionales (recherche scientifique, technologies nouvelles, tourisme,…). Cet accord a été ratifié par Israël en mars 2004. En revanche, ni le Parlement de la Communauté française, ni celui de la Région wallonne ne l'ont entériné. Ainsi, tant à Bruxelles qu'en Communauté française et Wallonie, les accords conclus avec Israël sont gelés.

Nous déplorons cette situation et nous exhortons les autorités compétentes à tout mettre en œuvre pour que tous ces accords de coopération soient appliqués. Si ce gel se poursuit, il ne fait aucun doute qu'il sera assimilé à un boycott d'Israël qui ne dit pas son nom.

En gelant de cette manière les accords de coopération conclus avec Israël, les entités fédérées envoient des signaux compromettant sérieusement les efforts de médiation et d'intervention que la Belgique et l'Union européenne souhaitent entreprendre dans le conflit israélo-palestinien. Il est certain qu'on ne peut simultanément déployer des efforts politiques pour boycotter Israël en le plaçant au ban des nations et mener des actions diplomatiques pour rétablir le dialogue entre Israéliens et Palestiniens. Tout ce que la Belgique aura à gagner avec cette ligne politique hostile, c'est la méfiance des Israéliens. A cet égard, l'attitude de la France est exemplaire. Malgré l'Intifada et les désaccords politiques, les relations bilatérales entre l'Hexagone et Israël n'ont pas été suspendues, elles se sont même développées à l'initiative de la gauche socialiste. Le gouvernement Raffarin n'a d'ailleurs pas remis en cause l'importance de ces relations bilatérales puisqu'il vient de signer en mars dernier un accord de coopération avec Israël dans les secteurs de la biotechnologie et la nanotechnologie. La multiplication des rencontres et des réunions de travail doit justement permettre aux partenaires d'Israël de lui demander des gages de sa volonté de rétablir le dialogue avec les Palestiniens. Avec ces accords de coopération, les entités fédérées ont une chance analogue à saisir, sans que celles-ci ne renient pour autant ce en quoi elles croient. Cette attitude constructive favorisera leur influence auprès des Israéliens. Dans ce contexte, elles pourront plus facilement faire valoir les revendications légitimes des Palestiniens.

Enfin, le gel de ces accords, qui ne s'inscrit pas dans la position définie par l'Union européenne condamnant la politique de sanction à l'encontre des parties du conflit, nous apparaît comme une mesure injuste. La Belgique et ses entités fédérées ont signé et ratifié des accords de coopération avec des pays aussi exemplaires en ce qui concerne les droits de l'homme que la Libye, la Russie, l'Algérie, Cuba, le Congo,… Même des démocraties confrontées à des mouvements de libération nationale comme la Turquie et l'Inde n'ont jamais été la cible de telles sanctions de la part des autorités belges. Soyons sérieux, il ne s'agit pas de noyer le poisson de l'occupation des territoires palestiniens et de ses conséquences désastreuses mais notre longue expérience de soutien au camp israélien de la paix nous conduit à condamner la suspension des accords de coopération avec Israël qui se traduit en réalité comme un acte de punition collective d'une nation et ne contribue en rien à l'amélioration de la vie quotidienne et la situation politique des Palestiniens.


 
 

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