Opinion

BePax (ex Pax Christi), supplétif de l'islam politique

Lundi 22 octobre 2018 par Willy Wolsztajn

L’association BePax (ex Pax Chrisiti) a publié un communiqué sur Facebook suite au refus du CCLJ[1] de rencontrer le Collectif contre l’islamophobie en Belgique (CCIB). Tissu de mensonges diffamatoires, ce texte appelle des rectificatifs.

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    Commençons par votre méthode. Vous balancez mon nom sur Facebook en m’accusant de « rejet absolu de la religion mais aussi des croyants ». Les affaires Salman Rushdie, des caricatures de Mahomet et de Charlie Hebdo ont débuté de cette manière. Votre détestation m’honore. Vos procédés parlent pour vous. Ils ne suscitent que le mépris. Autant vous l’annoncer d’emblée : vous ne me ferez pas taire.

    Venons-en au contenu de votre texte.

    Le communiqué du CCLJ exprime le point de vue de son conseil d’administration. Il émane d’un consensus entre ses membres, après débat approfondi. Mes articles ont tous été publiés sur le site de Regards. Ils ont été supervisés par la rédaction. Qualifier le communiqué du CCLJ de « dernier avatar de cette longue lutte personnelle de Monsieur Wolsztajn » insulte le CCLJ et insulte ses administrateurs. Comme si ils se laissaient mener par le bout du nez. Comme si un individu pouvait leur dicter sa loi.

    Je suis devenu « expert ès islam politique[2] » mû par un sentiment de nécessité, pour rompre avec le silence, la naïveté, le déni, la mauvaise foi voire la complicité sur un sujet qui tétanise une certaine opinion, en particulier à gauche, ma famille politique. Parce que je rejette avec force l’avenir que l’islamisme et l’extrême droite nous préparent – deux phénomènes différents mais pour partie liés. Islamisme à ne pas réduire au terrorisme jihadiste, lequel n’en est qu’une modalité très minoritaire quoique spectaculaire. Pour l’essentiel, l’islamisme en Europe est politique, non violent, comme du reste, pour l’essentiel, l’extrême droite. Tous les démocrates tomberont d’accord pour contrer l’extrême droite. Mais, pour beaucoup, combattre l’islamisme reste tabou. J’avoue m’y livrer sans enthousiasme. L’islam politique ne constitue pas le surgeon le plus brillant des riches civilisations musulmanes et de leur longue histoire. Je préfère de loin goûter aux Rubaiyat d’Omar Khayyam.

    Accusations grotesques

    BePax se plaint avec le CCIB d’avoir toujours vu échouer ses "tentatives de dialogue avec le CCLJ". De 2012 à 2017, le CCLJ a participé à la Plateforme de Lutte contre le Racisme avec près de dix de ses militants, dont deux présidents et trois permanents. Nicolas Bossut, directeur de BePax et Mustapha Chairi, président du CCIB, y ont pris part aux échanges. Ils ont pu dialoguer avec nous. Quand, en 2017, ils se sont aperçus ne pouvoir imposer leurs vues à la Plateforme, ils l’ont torpillée. L’antiracisme ne les intéresse que quand il sert leurs intérêts.

    J’ai plus de 50 ans de militantisme au compteur : Marches anti atomiques des années 1960, démocratie en Espagne, au Portugal et en Grèce, opposition à la guerre du Vietnam et au dictateur chilien Pinochet, Conseil de la Jeunesse et Marche des jeunes pour l’emploi, mouvement contre la Guerre froide et les euromissiles des années 1980, lutte contre l’antisémitisme, le racisme et la xénophobie, entre autres avec le MRAX et aujourd’hui, depuis une quinzaine d’années, action pour une culture métisse avec le Festival Bruxelles Babel et, au CCLJ, pour l’émergence d’un Etat palestinien aux côtés d’Israël. Parcours toujours accompagné de personnes qui croyaient en Dieu. Me traiter d’ennemi absolu de la religion et des croyants se révèle simplement grotesque.

    L’engagement religieux politique ne me pose aucun problème. Citons les catholiques inspirés par la théologie de la libération, les Rabbins pour les droits de l’homme ou les alévis, adeptes d’une variante de l’islam. Ces pratiquants mettent leurs convictions au service de causes séculières. Les paysans sans terre d’Amérique latine pour les premiers, la paix entre Israéliens et Palestiniens pour les seconds, la démocratie en Turquie, l’égalité hommes / femmes et la laïcité pour les derniers. Ils luttent en particulier contre le dictateur islamiste néo ottoman Recep Tayyip Erdogan, qui les persécute et chez qui le CCIB compte de bons amis.

    A l’inverse, l’islam politique investit les causes séculières pour les islamiser. Il travaille par priorité la société civile. Il s’active dans le mouvement associatif. Il pervertit les concepts. L’antiracisme ne lui suffit pas. Il lui faut l’islamophobie. Le féminisme ne lui convient pas. Il lui faut un féminisme musulman. Il islamise la promotion de l’emploi des jeunes. Il s’incruste dans les partis démocratiques où il pousse ses revendications. L’islamisme imprègne les initiatives citoyennes d’une mouture islamique. Il leur impose son propre agenda, porteur de sa propre finalité et de ses propres idéaux, un ordre musulman total pour ne pas dire totalitaire. Avec un grand talent pour la dissimulation, le mensonge, la duplicité. En 50 ans de militantisme, je n’avais jamais vu cela.

    L’amalgame mystificateur islamophobie-antisémitisme

    Quant à l’affirmation selon laquelle « il est possible de lutter à la fois contre l’antisémitisme et l’islamophobie », tordons le cou à cette mystification. J’ai traité en détail l’imposture du concept d’islamophobie.[3] Personne ne choisit de naître juif, arabe, ou avec la peau noire. Il est interdit de haïr les Juifs, les Arabes, les Noirs, les Turcs, les Flamands,… Il est interdit d’arracher son hidjab à une femme ou de profaner une mosquée. Il s’agit d’atteintes aux personnes. Mais on choisit toujours de pratiquer ou non un culte. Aucune croyance n’est sacrée sauf éventuellement pour ceux qui y croient. Il est licite de critiquer le christianisme, l’athéisme ou l’islam voire de les haïr. Il est permis d’éprouver des sentiments islamophobes, de craindre l’islam (ce n’est pas mon cas) et pas seulement à cause des attentats terroristes.

    Comme l’expose l’anthropologue Florence Bergeaud-Blackler « Le monde du halal (…) se déploie par haramisation. Pour halaliser, il faut avoir préalablement haramisé, rendu illicite[4] ». Ce propos se vérifie sur le terrain. Dans les quartiers à forte densité musulmane, les femmes cheveux au vent, haram, se font insulter. Minijupe, tenue super haram, vivement déconseillée. Harcèlement d’habitants non musulmans, haram, qui finissent par déguerpir. Etc. On peut comprendre leur islamophobie.

    Pain béni pour les rhétoriques de style Trump, Marine Le Pen, Vlaams Belang, Pegida / Alternative für Deutschland et consorts. Elles utilisent en permanence l’islam dans leurs diatribes xénophobes et racistes. Islamisme et démagogie d’extrême droite se renforcent mutuellement. Ce sont des alliés objectifs contre la démocratie et la société métisse.

    L’amalgame islamophobie – antisémitisme vise un autre objectif : accréditer l’idée que les musulmans d’aujourd’hui auraient remplacé les Juifs d’hier, sens de l’allusion à « la concurrence malsaine entre les victimes ». Quelle concurrence entre quelles victimes ? Un seul génocide a ravagé l’Europe : celui des Juifs et des Roms. Mais la Shoah dérange un monde musulman pétri d’antisémitisme. Il convient dès lors d’effacer la mémoire de la Shoah en inventant cette prétendue concurrence.

    L’amalgame islamophobie–antisémitisme revêt enfin un soubassement théologique. Si haïr l’islam est un racisme comme haïr les Noirs, les Arabes et les Juifs, alors cela signifie que l’islam est inné. Si l’islam est inné, alors ceux qui le renient commettent un crime contre l’ordre naturel et immuable voulu par Allah. Pour maints musulmans, on peut tuer les apostats. Divers pays musulmans condamnent à mort l’apostasie. Telle est la vision rétrograde que charrie l’amalgame islamophobie – antisémitisme, portée par le CCIB et ses supplétifs.

     

    [1] Le Collectif contre l’islamophobie en Belgique, un cénacle infréquentablehttp://www.cclj.be/actu/politique-societe/collectif-contre-islamophobie-en-belgique-cenacle-infrequentable.

    [2] Les termes islam politique et islamisme sont utilisés ici comme synonymes.

    3 Florence BERGEAUD-BLACKLER – Le marché halal ou l’invention d’une tradition – Seuil – 2017, pp 83-84.


     

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    http://www.respectzone.org/fr/
    • Par Luchetta Claire - 24/10/2018 - 5:46

      Est-il possible de partager ce texte remarquable ? Merci

    • Par Unger gérard - 24/10/2018 - 12:08

      Bien envoyé , mon cher Willy. Il ne faut pas se laisser intimider par des gens qui ont au mieux l'esprit confus et qui, au pire, poursuivent des buts contraires à nos valeurs. Amitiés

      Gérard

    • Par Louis Kanarek - 25/10/2018 - 10:19

      Je félicite Willy pour cette brillante démonstration.

    • Par Guy WOLF - 7/11/2018 - 10:49

      Remettre les pendules à l'heure, encore et toujours !
      Merci Willy.
      G.