Vivre-ensemble

"Beit Project" : Les fruits de la rencontre

Mardi 27 mars 2018 par Géraldine Kamps

Le « Beit Project » a choisi la date non moins symbolique du 22 mars 2018, deux ans tout juste après les attentats de Bruxelles, pour présenter l’aboutissement de sa 5e édition bruxelloise. Pour montrer au public que la rencontre et le dialogue peuvent aussi devenir des moteurs.

 

Enseignants, parents et élèves des quatre écoles participant cette année au projet (Merlo, de Mot-Couvreur, Ma Campagne et Emile André) n’auraient manqué cet événement pour aucune raison. Pendant trois semaines en effet, répartis en binômes, mixant les établissements scolaires, une centaine de jeunes de la 6e primaire à la 2e secondaire se sont ainsi côtoyés pour travailler ensemble, se découvrir, pour découvrir aussi leur quartier et se rendre compte de la richesse du patrimoine dans lequel ils évoluent.

Le « Beit Project » a été lancé en 2011 au sein des communautés juives pour toucher désormais une dizaine de villes européennes, associant le patrimoine historique à la lutte contre le racisme, l’exclusion sociale et les discriminations, chaque réalité qui semble éloignée de nous pouvant être reliée à notre vécu et nous faire partager un espace, une histoire. Avec la rencontre au cœur du projet.

Chaque matin, les élèves fabriquent ensemble leur construction, la démontent le soir, pour la reconstruire le lendemain. « « Beit » (maison en hébreu) symbolise cette petite maison en bois dans laquelle chaque groupe de deux élèves s’installe pour travailler, parce qu’à deux, on peut aller plus loin », soutient David Stoleru, à l’origine du projet. Mais l’idée est avant tout de partir dans la rue, à la recherche d’une trace, d’un détail de l’espace urbain, pour essayer de le comprendre, pour se questionner quant à son quotidien. Pour cela, tous les moyens sont bons : interview de voisins, imagination, petites histoires venant expliquer la grande. L’occasion d’aborder des thématiques sociétales plus larges, comme l’expliqueront les trois élèves rassemblés ce 22 mars dans une table-ronde. Une blanchisserie permettra d’évoquer la question du patrimoine, un centre d’archives de revenir sur les racines et l’histoire familiale, un chancre d’aborder la notion de respect...

« Notre volonté cette année était de poser nos valises dans un lieu bruxellois stratégique, à la fois chargé d’histoire, populaire, reflet de la vie quotidienne des Bruxellois, et en pleine effervescence », souligne David Stoleru. Le bourgmestre Philippe Close proposera rapidement le MAD, Maison de la mode et du design située place du Nouveau marché au grain, à proximité du quartier Dansaert. « Nous devons montrer que malgré le 22 mars, nous sommes toujours debouts », a affirmé le bourgmestre, présent à la séance de clôture. « Bruxelles compte 184 nationalités, ce qui en fait la ville la plus cosmopolite au monde ! C’est une chance énorme, et plus on demandera aux gens de se rencontrer, plus on se rendra compte que c’est ça qui marche ! »

Pour la première fois, le « Beit Project » a aussi proposé au Centre Fedasil de se joindre au programme, accompagné du club de foot de Kraainem qui intègre dans ses équipes des jeunes MENA du Petit Château. « Encore une fois, ce sont des jeunes qui viennent de milieux tout à fait différents et qui n’auraient pas été amenés à se rencontrer », se félicite David Stoleru.

De l’avis des enseignants, l’impact sur les élèves qui ont participé au projet semble réel. « Beaucoup se sont révélés à eux-mêmes », confie l’un d’eux. « Certains qui ne sont pas toujours les plus emballés à l’école se sont montrés particulièrement épanouis en participant activement au projet. C’est un projet qui ouvre les portes de leur imagination, ils peuvent se permettre de donner leur avis sans se sentir jugés, en dehors du fait qu’ils s’y sentent valorisés ». Du côté des jeunes, le verdict est lui aussi sans appel. « Quand on connait mieux les gens, on change aussi et on les voit différemment », affirmait un jeune garçon, tandis qu’une jeune fille semblait avoir découvert des jeunes d’autres écoles qu’elle n’aurait jamais rencontrés par ailleurs. Les riverains venus assister à la présentation des petits courts-métrages réalisés n’auront pas été en reste. « Aujourd’hui, quand je vois ces jeunes passer dans la rue, nos regards se croisent, ce n’était pas le cas auparavant », appréciera l’un d’eux.

Quand on repense à ce 22 mars maudit, illustration tragique de la haine de l’autre, on se reprend à espérer à la vue de ces jeunes désireux de vivre ensemble, de rencontrer l'autre pour mieux le connaitre, et qui sait, l'apprécier.

Plus d’infos : www.thebeitproject.org - Page Facebook thebeitprojectbrussels


 
 

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