Procès de l'attentat du Musée juif de Belgique

L'avocat de Nemmouche accuse les enquêteurs de mensonges et de manipulations

Mercredi 30 janvier 2019 par Nicolas Zomersztajn

La journée de mardi était consacrée aux questions posées aux enquêteurs par les parties civiles et par la défense. Bien que les preuves accablantes de la culpabilité de Nemmouche aient été à nouveau soulignées, ses avocats ont continué à s’engouffrer dans leur thèse complotiste selon laquelle les images de vidéo-surveillance du Musée juif ont été « bidouillées » par les enquêteurs.

 

Hier après-midi, la parole fut d’abord donnée aux avocats des parties civiles pour qu’ils puissent poser leurs questions aux nombreux enquêteurs présents (juges d’instruction, policiers, experts scientifiques, douaniers, etc.).

Les trois questions précises posées par Me Michèle Hirsch, avocate du CCOJB, ont permis de rappeler l’implication de Nemmouche dans le djihadisme et ses liens proches avec les auteurs des attentats de Bruxelles et de Paris.  

Pour ce faire, elle a d’abord demandé aux juges d’instruction qu’ils indiquent qu’un otage européen que Nemmouche surveillait lorsqu’il était en Syrie a bien écrit un livre dans lequel l’accusé est décrit comme un geôlier particulièrement cruel. Ce même otage, Daniel Rye Ottosen (photographe indépendant danois), avait également évoqué un autre geolier aux côtés de Nemmouche : Najim Laachraoui, qui a commis l’attentat de Zaventem (un des hommes qui pousse le charriot dans le hall de l’aéroport) en 2016 et qui a aussi participé à celui du Bataclan en tant qu’artificier en 2015.

« Quatre Juifs sont sous terre »

Ensuite, Me Hirsch est revenue sur des conversations que Mehdi Nemmouche avait eues avec deux autres détenus. Le 28 juillet 2014, quelques semaines après son arrestation, Nemmouche a parlé de l’attentat du Musée juif à un codétenu en lui disant que « quatre Juifs sont sous terre. Ils sont partis dans un cercueil en Israël ». Et de se vanter qu’il a fait mieux que Youssouf Fofana (le chef du gang des Barbares ayant assassiné Ilan Halimi) : « Il n’a fumé qu’un seul Juif ». La juge d'instruction Berta Bernardo Mendez a répondu que ces conversations ont bien été confirmées par rapport administratif pénitentiaire.

La troisième question de Me Hisrch portait sur une autre conversation entre Mehdi Nemmouche et Salah Abdeslam à la prison de Bruges le 22 mars 2016, jour des attentats de la station Maelbeek et de l’aéroport de Zaventem.

La juge d'instruction Berta Bernardo Mendez a confirmé que des enquêteurs en charge du dossier des attentats de Paris se sont rendus à la prison de Bruges pour entendre Salah Abdeslam. Ils ont entendu une conversation entre ce dernier et Mehdi Nemmouche, qui se parlaient depuis leurs cellules respectives. Mehdi Nemmouche lui expliquait ce qu'il était en train de voir à la télévision concernant les attentats de Bruxelles et transmettait les informations du journal télévisé. Il connaissait les surnoms de kamikazes et de suspects, alors que ces noms n’avaient pas encore été dévoilés par les médias !

Nemmouche a dit à Abdeslam : « Brahim et Sofiane de Schaerbeek sont morts à l'aéroport. Ils cherchent l'homme au chapeau. La troisième bombe a été retrouvée intacte à l'aéroport ».

« Mehdi Nemmouche est en effet capable de donner les surnoms. Je confirme que Sofiane de Schaerbeek est le surnom de Najim Laachraoui et que ce nom ne figurait pas encore dans la presse », a précisé la juge d’instruction.

Non seulement les noms de Mehdi Nemmouche et Najim Laachraoui sont liés depuis leur passage en Syrie, où ils étaient ensemble geôliers de journalistes français pris en otage. Ils ont été par la suite à nouveau réunis au sein de l'Amn al-Kharji, l'une des divisions des services secrets de l'Etat islamique qui aura pour mission de planifier des attaques en Europe. Un groupe au sein duquel ils ont également cotoyé Abdelhamid Abaaoud, le coordinateur des attentats de Paris en novembre 2015 et aussi impliqué dans l'attaque déjouée à Verviers début 2015.

Après cela, on perçoit la nervosité de Me Courtoy qui se met à commenter les interventions des avocats des parties civiles. « Billevesées », s’emporte-t-il.

Lorsqu’il peut enfin prendre la parole pour interroger les juges d'instruction et les enquêteurs, Me Courtoy va resservir sa thèse du complot en se braquant sur un « trucage » des images de vidéo-surveillance du Musée juif de Belgique. Il affirme que des lunettes sont visibles sur le visage du tueur au début de la scène, avant de « disparaître » à un moment. Un argument peu évident qui isole davantage cet avocat très nerveux et incapable de rester en place durant cette audience.

Panoplie du parfait joggeur

Voyant que cela ne prend pas, Me Sébastien Courtoy a ensuite interrogé les enquêteurs concernant les médicaments saisis dans le logement qu'occupait son client à Molenbeek-Saint-Jean en mai 2014. Les enquêteurs ont répondu qu'un aérosol pour asthmatique (Ventolin) avait été découvert sur Mehdi Nemmouche lors de son arrestation et que plusieurs boîtes de médicaments avaient effectivement été trouvées dans le logement de Molenbeek-Saint-Jean.

« Peut-on courir lorsqu'on est asthmatique ? », a interrogé Me Courtoy. « Ça dépend du degré d'asthme », a répondu le médecin qui a été entendu avec les enquêteurs en tant que l'un des premiers intervenants lors de l'attentat au Musée juif. « Concernant les médicaments, je vois qu'il s'agit d'anti-inflammatoires bénins », a-t-il ajouté.

« Et est-ce qu'une personne qui a fait à trois reprises un pneumothorax peut courir ? », a encore interrogé Me Courtoy. « Ça dépend également. Il faut faire une expertise là-dessus », a répondu le médecin. Selon la reconstitution du trajet entre le Musée juif et l'appartement loué à Molenbeek par Mehdi Nemmouche effectuée par les policiers, il fallait « alterner la marche et la course » pour réaliser ce trajet dans le délai imparti, soit 25 minutes maximum.

Alors que Me Courtoy souhaitait prouver que son client était incapable de courir, une enquêtrice française a démonté en quelques secondes son argumentaire en révélant que dans les bagages de Nemmouche saisis à Marseille se trouvait la parfaite panoplie du joggeur : short, maillot, gourde et chaussures… L’évocation dans le détail des articles de sport contenu dans les bagages de Nemmouche a provoqué des rires dans la salle et contraint Courtoy à passer à une autre question, sans glisser le moindre commentaire cette fois-ci.

C’est alors que l’avocat de Nemmouche revient sur l’os qu’il ronge depuis le début : les images de vidéo-surveillance du musée juif. « Les images ont été manipulées », a-t-il lancé, « la copie de la vidéo a été manipulée ». Les enquêteurs ont malgré tout rappelé très calmement que ces images ont été extraites du serveur et qu’elles n’ont fait l’objet d’aucune manipulation.

« Les images sont manipulées », a martelé à nouveau l'avocat. La présidente Laurence Massart a alors interpellé l’avocat de Nemmouche : « C’est grave de dire que les policiers font des faux. Faites attention, quand vous lancez pareilles accusations, il faut des preuves. Mesurez-vous ce que vous dites ? Comment expliquez-vous que vous lancez de telles accusations aujourd’hui alors qu’en quatre ans d’instruction vous n’avez jamais récusé les enquêteurs ».

Il rétorque par une intervention grotesque dépourvue du moindre argument : « Ce qui est grave, ce n’est pas ce que je dis, mais ce que je dois constater. Je suis responsable de la vie d’un homme. Nous nous attaquons à un système. Les policiers, quand ils ne travaillent pas pour les juges d’instruction, ils travaillent pour le procureur qui est partie au procès. Nous n’allions pas demander la récusation de tous les policiers de la police fédérale. Nous savions que seul un jury populaire pouvait nous sauver ».

Pétard mouillé de Courtoy

Par la suite, Me Courtoy a cherché à semer à nouveau le trouble en s’attaquant aux victimes, et tout particulièrement à Alexandre Strens. L’avocat de Nemmouche se demandait pourquoi une valise se trouvait dans la chambre de ce dernier, alors qu'il était plutôt méticuleux et qu'il vanait de signer à contrat de travail au Musée juif ! Par insinuation, l’avocat essayait de monter en épingle ce détail sans pertinence pour en faire un élément censé prouver quelque chose de suspect.

« On avait annoncé une grande offensive de la défense, pour ma part, ce que j'ai entendu hier pendant deux heures, c'est un flop pathétique, un pétard mouillé », a réagi ce mercredi matin à son arrivée au Palais de justice de Bruxelles Me Adrien Masset, avocat du Musée juif de Belgique.

« On s'attendait à ce type de défense », poursuit son confrère, Me Nardone. « Chaque fois que la défense soulève quelque chose, c'est totalement contredit par ce qu'il y a dans le dossier, par l'enquête ».


 
 

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