L'humeur de Joël Kotek

Au risque de l'impopularité

Jeudi 1 novembre 2018 par Joël Kotek, Directeur de publication
Publié dans Regards n°1032

Depuis des années, et disons-le contre vents et marées, je tente de démontrer que le nouvel antisémitisme agite bien au-delà de l’extrême droite. L’obsession d’Israël, au sens large du terme, n’est pas plus étrangère à la gauche radicale qu’à la rue arabe et plus encore à certains cercles juifs, prétendument vertueux.

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, l’antisémitisme juif est une affaire ancienne. Il remonte à l’Antiquité. Des auteurs grecs et romains attestent que des Judéens se faisaient recoudre le prépuce pour effacer leur judéité par une intervention chirurgicale appelée épispasme. Il était donc possible pour un Juif de se « décirconciser », bref de dénoncer l’Alliance, de répudier la loi des Juifs pour se ranger sous celle des Grecs. De Nicolas Donin, qui persuada Louis IX de brûler le Talmud, au polémiste israélien Gilad Atzmon, les Juifs antisémites n’ont jamais manqué aucun rendez-vous avec l’histoire de la haine.

Cette vérité assénée, l’honnêteté nous oblige à souligner, dans un second temps, que le racisme ordinaire est loin d’avoir disparu de notre horizon juif. Au contraire ! Il gagne même chaque jour du terrain. Tout comme l’on peut être juif et antisémite, l’on peut être tout autant juif et raciste. Cette évidence aurait pu passer quasi inaperçue voilà quelques années, voire quelques mois, n’étaient les récents dérapages discursifs tant en Israël qu’en diaspora. La question n’est pas tant qu’Israël compte désormais son lot de nazillons, tout prêts à s’en prendre aux Eglises chrétiennes comme aux jeunes filles juives soupçonnées de relations « coupables », que le fait que nombre de ses hommes politiques usent et abusent, et sans la moindre vergogne, des mots de l’extrême droite européenne.

Les discours que l’on croyait réservés aux leaders de la droite völkisch d’Europe centrale et orientale sont désormais portés et assumés par des députés, ministres et rabbins israéliens. Pêle-mêle, rappelons les propos d’Avigdor Lieberman, qui menaça de décapitation « à la hache » les citoyens arabes israéliens récalcitrants, de Miri Regev, cette ministre de la Culture qui, à propos des demandeurs d’asile, mobilisa la notion de « cancer dans notre corps », de Meir Bachar, député Likoud, qui sans vouloir passer pour un « raciste ou extrémiste… ne voit aucune raison à en expulser une partie et à en laisser d’autres ». Retenons encore les paroles du Rabbin Yitzhak Yosef, qui qualifia de « singes » les personnes de couleur, de Miki Zohar, autre député Likoud, qui affirma sans se démonter que « le peuple juif et la race juive (avaient) le plus haut capital humain qui existe », de Bezalel Smotrich, ce député du parti d’extrême droite HaBayit HaYehudi (Foyer juif) qui, dans un tweet, proposait de séparer dans les maternités israéliennes les mères juives des mères arabes: « N’est-il pas naturel que ma femme ne veuille pas accoucher à côté d’une femme qui vient de donner naissance à un bébé qui pourrait vouloir l’assassiner dans vingt ans ? ».

Ces mots pourraient prêter à sourire s’ils n’étaient désormais relayés en diaspora. Il n’est plus rare de trouver dans nos médias juifs des papiers qui interrogent l’éthique supposée juive. Que penser, par exemple, de cet Albert Soued qui, dans Nuit d’Orient.com, en vient à s’attaquer au milliardaire Georges Soros dans un style qui rappelle la presse collaborationniste d’avant-guerre ? Soros n’est pas tant critiqué que vilipendé, sali, diabolisé. Qualifié de « Dracula qui suce le sang des peuples » (sic), le philanthrope américain est présenté par notre journaliste-écrivain comme le diable incarné. Mais de quoi Soros serait-il coupable, sinon de financer les « ennemis » d’Israël et ce, y compris la gauche sioniste : « Pour affaiblir le lobby officiel juif Aipac, Soros a aidé à la création avec Obama de JStreet, un contre lobby voué à la destruction de la solution “Israël, Etat juif” et à la propagande anti-israélienne et pro-palestinienne au sein du parti démocrate. En France, George Soros finance le Collectif contre l’islamophobie en France, les “Femen” (troupes d’Ukrainiennes anarchistes), J Call (association vouée à détruire Israël en agissant auprès des Juifs assimilés) et “le cercle de la philanthropie familiale”, une fondation qui a pour but de semer le désordre. Quand on examine en profondeur la vie de tous les lieutenants qui relaient la famille Soros sur le terrain et les résultats de leurs actions, on constate que sous couvert d’“humanisme” et de “limitation des pouvoirs”, leur entreprise n’a qu’un seul but, semer le désordre dans la société où qu’elle soit, au profit de l’enrichissement de George Soros et la propagation de ses idées d’avant-garde nauséabondes. Quoi de plus satanique… ! » (sic).

Ce salmigondis grotesque prêterait, ici encore, à sourire s’il n’était relayé, sans la moindre distance critique, par nombre de plateformes d’information de la communauté juive de France, dont Juif.org. Comment ne pas donner raison à Brigitte Stora lorsqu’elle affirme qu’on assiste au sein de ce qu’on appelle la « communauté juive » à une contamination sans précédent de thèses et de valeurs d’extrême droite. Israël a été créé sur des valeurs universelles et humanistes. Ne l’oublions pas. Au risque de la honte ou de la disparition.


 

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http://www.respectzone.org/fr/
  • Par Rudi - 8/11/2018 - 14:34

    Soros a bien financé Jstreet, pratiquement dès sa fondation le 29 novembre 2007

  • Par Amos Zot - 9/11/2018 - 14:21

    Il y a effectivement des juifs antisémites et des juifs racistes. C'est évident.
    Personnellement, je n'ai pas eu la possibilité de vérifier le contexte des exemples donnés et ne suis pas certain qu'on puisse à chaque fois en tirer cette conclusion.
    Cependant , il y a aussi des non-juifs racistes et/ou antisémites, des catholiques racistes et/ou antisémites, des musulmans racistes et/ou antisémites,des anglais racistes et/ou antisémites,..
    Il faut quand même reconnaître que ce ne sont pas les juifs racistes qui terrorisent le monde par de nombreux attentats sanglants ou qui ont la responsabilité de l'assassinat de milliers voire de millions de femmes et enfants désarmés.
    Pourquoi mettre ici en exergue les très rares points négatifs de la démocratie israélienne et de faire exactement le contraire quand il s'agit d'autres populations en particulier les ennemis actuels d'Israël?

  • Par Grunchard - 9/11/2018 - 16:56

    Quand on parle de Soros, je ne peux passer sous silence le soutien de l'Open Society à la promotion du voile islamique en Europe.
    Deux événements ont été organisés à cet effet au Parlement Européen, en 2016 et 2018, pour présenter des "recherches" visant à faire la promotion du voile.
    Ces événements ont donné lieu à la publication de Tribunes Libres, qui ont provoqué des réponses très critiques
    http://www.felicedassetto.eu/index.php/blog-societes-en-changement/240-voilees

    Sur Facebook :
    "Sur le fond, la tribune s’appuie sur un rapport de l’ONG Open Society, fondée et financée par Georges Soros. Ce rapport, qu’on peut consulter [https://www.opensocietyfoundations.org/…/restrictions-on-wo…], reprend une rhétorique désormais bien connue : les pays européens, la France en particulier, sont obsédés par l’islam. Les attentats terroristes y ont servi de prétexte pour adopter des mesures discriminatoires contre les femmes musulmanes, sous l’influence de partis d’extrême-droite ravivant les préjugés colonialistes. « La situation est de loin la pire en France et en Belgique, les deux pays qui ont le plus d’interdictions, de procès répertoriés, et d’interdictions formalisées ou pratiques d’interdiction de différents types d’habits musulmans”. S’ensuivent de longs développements alternant présentation tendancieuse, affirmations non démontrées et erreurs factuelles. A prendre ce rapport au pied de la lettre, on croirait pour de bon que les femmes musulmanes sont pourchassées, que leurs libertés sont niées, le tout appuyé par un système juridique délibérément discriminatoire. Le mot n’est pas prononcé, mais cela ressemble en tous points à un régime d’apartheid : on ne dénonce pas le racisme en France : on dit que la France est foncièrement, structurellement et institutionnellement raciste. C’est peu ou prou ce que les auteurs de la tribune expriment à leur tour."

  • Par Joel KOTEK - 9/11/2018 - 18:33

    Financer Jstreet ne fait pas de vous un salaud ou un être satanique, que je sache ! Idem dans la question du voile... Tout homme et/ou pays peut être l'objet de critiques, mêmes outrées, mais dans les limites du raisonnable, de l'échange d'idées.Or, Soros est vilipendé, dénaturé, calomnié: on va jusqu'à le présenter comme un collaborateur des nazis. Il était alors un enfant du ghetto de Budapest. Oui il y a des racistes ailleurs qu'en Israël et alors ? Cela nous donne-t-il le droit de l'être aussi ? Même un poil moins ? Cher Amos, Israël se radicalise comme l'Europe des années Trente. Il faut le dénoncer avant qu'il ne soit trop tard. Les leçons de la Shoah doivent être retenues même pour NOUS.

  • Par Amos Zot - 14/11/2018 - 11:06

    Cher Joël,

    Comme tu le dis : "Oui il y a des racistes ailleurs qu'en Israël et alors ? Cela nous donne-t-il le droit de l'être aussi ? Même un poil moins ? "

    Je partage ton avis: tout racisme est à condamner mais je reproche à Regards cette excessive sévérité à l'égard d'Israël et cette complaisance à l'égard des autres pays en général et des ennemis d'Israël en particulier de sorte que le lecteur pourrait penser à tort que la situation en Israël ,sur le plan du racisme, est pire qu'en Belgique ,en France ou en Allemagne; pour ne parler que de pays démocratiques.

    Quant à la comparaison entre "la radicalisation de l'Europe des années Trente et Israël et le fait de tirer les leçons de la Shoah", je crois qu'il faudrait que tu ailles vivre avec ta famille et quelques uns des lecteurs qui partagent ton point de vue à Sderot pendant 6 mois pour que tu cesses ce genre de comparaison insultante même si je suppose qu'après avoir couru 2 ou 3 fois aux abris en pleine nuit , ton shekel sera tombé.

  • Par Joel KOTEK - 15/11/2018 - 11:06

    Cher Amos,
    Cela fait 25 ans que je dénonce l'antisémitisme et l'antisionisme dans ces colonnes... au prix de l'ostracisme. Je serais un sioniste extrémiste... Je dénonce la haine d'Israël sans relâche depuis 25 ans. Faire le procès de 'Regards' et du CCLJ est facile .... mais GROTESQUE.
    Le CCLJ est sioniste et ne ménage pas sa peine à défendre Israël. Oui, il est critique.... comme tout Juif l'a toujours été jusqu'ici. L'amour d'Israël nous l'impose. L'inconditionnalité n'est pas un principe talmudique.
    Sderot ? évidemment mais c'est quoi la réponse ? La destruction totale de Gaza ? L'idéal ne serait-il d'imposer aux deux peuples deux Etats tant qu'il en est encore temps ? Tsahal doit-il rester à Hebron ?

  • Par ezekiel - 15/11/2018 - 14:38

    Monsieur Joël,

    Vous écrivez :

    Sderot ? évidemment mais c'est quoi la réponse ? La destruction totale de Gaza ? L'idéal ne serait-il d'imposer aux deux peuples deux Etats tant qu'il en est encore temps ? Tsahal doit-il rester à Hebron ?

    Voici mes réponses :

    1) Sdérot : oui il faut détruire Gaza si le Hamas n'arrête pas ses lancements continus de roquettes. Que feriez-vous si votre voisin lançait constamment des objets dans votre jardin ou sur votre maison ? Rien ? Vous réagiriez bien évidemment. Donc le gouvernement israélien doit réagir et pas faire un cessez le feu comme vient de le décider le premier ministre qui a montré une faiblesse que personne ne peut expliquer.

    2) Hébron : Non Tsahal ne doit pas rester à Hébron.

    E.M.