L'humeur de Joël Kotek

L'antisémitisme sert la cause sioniste

Mardi 2 mai 2017 par Joël Kotek, Directeur de publication
Publié dans Regards n°861

Décidément, je ne m’étais pas trompé : l’actualité est plus que jamais au retour du refoulé antisémite. J’avais clos mon dernier papier par un vœu pieux en insistant sur la nécessité d’une éducation à l’image au risque du pire.

 

Et le moins qu’on puisse dire est que le pire s’annonce à vitesse grand V. Coup sur coup, deux événements totalement indépendants, mais également signifiants nous rappellent à quel point nos élites, flamandes comme francophones, se refusent non seulement à considérer l’antisémitisme, mais à l’alimenter, le couvrir, le cautionner, j’ose l’espérer à l’insu de leur plein gré.

Comme vous n’êtes pas sans le savoir (cela fait des semaines que je vous bassine avec cette déplorable histoire), un caricaturiste flamand du nom de Luc Descheemaeker a remporté l’un des prix du dernier concours négationniste de Téhéran. Le plus étonnant de cette success-story à la flamande est qu’au-delà des clameurs enthousiastes de sa hiérarchie scolaire et du silence assourdissant d’UNIA, notre homme vient d’être désigné ambassadeur culturel de sa ville ; la bourgmestre de Torhout, Hilde Crevits, se félicitant de sa nouvelle notoriété internationale. Le hic est que cette charmante dame est issue du très modéré parti social-chrétien (CD&V) et occupe, qui plus est, les fonctions de… ministre de l’Education au sein du Gouvernement flamand. Difficile d’imaginer le moindre ministre français, allemand ou italien promouvoir un artiste négationniste. Décidément, l’antijudaïsme chrétien a de beaux restes.

Du côté francophone, la situation est tout aussi désespérante. Ici, c’est le gouvernement même de la Fédération Wallonie-Bruxelles -une coalition socialo-chrétienne- qui s’est piqué de soutenir une campagne pour le moins nauséeuse puisqu’elle prône, si l’on prend bien garde à son argumentaire, à l’effacement d’un Etat souverain, membre depuis 1948 de la Communauté des Nations. C’est le sens même du slogan mis en avant par ses promoteurs : Palestine, « 50 ans d’occupation, 70 ans de dépossession, 100 ans d’injustice ». Non content de délégitimer l’idée même d’une présence juive en Judée (c’est le nom de cette terre qui se nomme aussi, je le concède volontiers, Palestine), cette campagne joue de surcroit sur le pire des clichés antisémites, comme le souligne le Père David Brombart, dans un courrier adressé au Cardinal Joseph De Kesel. Je le cite : « Cette campagne, qui s’intitule “Effaçons l’occupation, pas les Palestiniens” (…) est annoncée par une affiche qui représente une enfant palestinienne écrivant au tableau, couverte par l’ombre d’un soldat israélien en armes, sans doute prêt à “effacer” cette fillette au premier ordre donné. C’est le cliché antisémite classique du Juif tueur d’enfants ».

Qu’à ne plaise à ses promoteurs chrétiens (MOC), socialistes (PAC et Solidarité Socialiste) et juifs (UPJB), la campagne de l’Association Belgo-Palestinienne illustrée ci-dessus joue sur les codes de l’antisémitisme traditionnel. C’est ce que souligne à son tour, Benoît Bourgine, professeur à l’Université catholique de Louvain dans un courrier adressé pour sa part au secrétaire général du Mouvement Ouvrier Chrétien (MOC), « … sous prétexte de défendre les Palestiniens, cette image présente toutes les caractéristiques d’une manipulation à fondement antisémite (…)  puisqu’elle réduit le conflit israélo-palestinien à un face-à-face entre un soldat et une fillette (...) Ne voyez-vous toujours pas de lien avec l’archétype du Juif tueur qui remonte bien loin dans la mémoire collective ? ».

L’historien de l’antisémitisme et de la caricature n’a rien à ajouter, sinon peut-être à souligner l’étrange similitude de cette affiche avec de nombreuses caricatures nazies. Dans l’Allemagne des années ‘30, les enfants étaient tout autant présentés comme la cible par excellence des Juifs dans un registre qui rappelle précisément notre affiche. Jugez-en sur pièce.

Ces similitudes sont tellement inquiétantes qu’il m’est venu à l’idée de créer, avec le documentariste Gyora Gal, un site internet à vocation pédagogique et dédié notamment à l’étude de la caricature antisémite. Pourquoi ? Pour éviter précisément au PAC, au MOC et à l’UPJB, sans oublier les responsables politiques de notre pays, de promouvoir à leur insu des images de haine qui œuvrent à saper les fondements du Vivre-ensemble. L’antisionisme radical, à relent antisémite, ne sert en rien la cause de la Palestine. Au contraire, il l’affaiblit pour renforcer chaque jour davantage la légitimité d’un Etat qui apparaît plus que jamais nécessaire pour des membres de la communauté nationale, décidément de plus en plus incompris, isolés, ostracisés dans leur propre pays. Qu’on se le dise, les antisémites jouent pour Israël. 


 
 

Ajouter un commentaire

http://www.respectzone.org/fr/
  • Par aleksandrowicz ... - 18/05/2017 - 16:49

    bonjour,
    le site sur la caricature antisémite m'intéresse. Comment y accéder.
    merci d'avance
    daniel aleksandrowicz
    Noisy le grand
    France

  • Par nicolas - 18/05/2017 - 16:52

    Le site est en cours de construction

    La Rédaction