L'opinion de Nasser Ramdane-Ferradj

L'antiracisme ne peut s'accommoder de l'islamisme

Mercredi 1 novembre 2017 par Nasser Ramdane-Ferradj, ancien vice-président de SOS-Racisme et fondateur du Collectif des musulmans progressifs et laïques
Publié dans Regards n°871 (1011)

La conception universaliste de l’antiracisme laboure le terrain et travaille les consciences depuis de nombreuses années. Où en serions-nous aujourd’hui si ce n’était pas le cas ? Nous vivons sur un continent qui a été frappé sans répit par une vague d’attentats et nous n’avons pas vu les gens s’entredéchirer ni s’agresser mutuellement.

Nasser Ramdane-Ferradj

La paix civile est heureusement garantie, même si des problèmes de racisme existent encore. Nous sommes en revanche confrontés à des organisations qui n’hésitent pas à s’appuyer sur ce climat d’attentats terroristes islamistes pour pousser des revendications idéologiques communautaristes sans aucun lien avec la lutte contre le racisme. Elles relèvent d’ailleurs de l’islam politique. Ce phénomène suscite une énorme confusion dès lors que des médias ou des responsables politiques se font les relais de ces revendications d’un antiracisme qui n’en est pas un. Mon parcours de militant antiraciste m’oblige donc à dire à ceux qui se fourvoient en toute sincérité qu’ils commettent une terrible erreur devant l’Histoire.

Pour le mouvement antiraciste, l’enjeu est de redonner des repaires idéologiques aux jeunes générations, alors que les pouvoirs publics ont plutôt tendance à abandonner les politiques d’éducation antiraciste. C’est un enjeu difficile, car ces jeunes sont livrés à eux-mêmes et se bricolent des repaires qu’ils ne trouvent que sur les réseaux sociaux. La situation n’est pas irréversible, mais il faut agir d’urgence.

La nécessité d’agir vaut aussi pour la lutte contre l’antisémitisme. Aujourd’hui, cela demande, hélas, davantage de courage et de persuasion pour le mouvement antiraciste de parler d’antisémitisme. Car pour certains militants associatifs, syndicaux et même des droits de l’homme, l’antisémitisme est devenu une non-question au regard de l’islamophobie. Pire, la lutte contre l’antisémitisme est devenue une revendication gênante pour leurs desseins. C’est la raison pour laquelle des voix qui redonnent son sens prioritaire à la lutte contre l’antisémitisme doivent s’élever parce que ce fléau se situe précisément au carrefour des haines de cette nouvelle forme d’extrême droite islamiste qui tente d’investir l’antiracisme.

Je n’ignore pas qu’il y a encore beaucoup de réticences à qualifier ces islamistes d’extrême droite. C’est pourtant de cette manière qu’il faut les présenter : leurs valeurs et leur manière inquisitrice et agressive de vouloir faire taire les débats de société, y compris à travers l’intimidation et l’insulte, démontrent clairement qu’ils se situent à l’extrême droite de l’échiquier politique. L’intégrisme des Frères musulmans fait pendant à Sens commun, voire à la Fraternité Saint-Pie-X de Saint-Nicolas-du-Chardonnet. Même dogmatisme religieux, même obsession des rituels autoritaires et même anti-féminisme camouflé. Nous enfermer dans cet islam-là, c’est creuser nos tombes. Car, comme à chaque fois que les islamistes règnent sur un mètre carré de la surface du monde, ce sont nos libertés et notre pluralisme qui sont anéantis.

Ces islamistes n’ont absolument rien à voir avec une gauche progressiste. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous nous sommes élevés en tant que musulmans progressistes et laïques, pour montrer qu’il y a des choix qu’il est possible de faire sur les compagnonnages dans l’anti-racisme. Ce n’est pas en réhabilitant des islamistes que nous allons lutter contre l’extrême droite européenne, encore moins en s’associant à des intégristes religieux que nous allons obtenir l’égalité des droits en Europe.

Il y a un discours clair à tenir aujourd’hui et ce n’est pas dans la modération qu’on lutte contre le racisme. Quand des musulmans démocrates, antiracistes se présentant comme « modérés », publient un appel dans les médias et oublient d’associer Charlie Hebdo, l’Hyper Casher et l’école juive de Toulouse victime de Merah, je ne marche pas. Aujourd’hui, nous devons aborder de front la question de l’antisémitisme. Il n’y a pas de place pour la modération dans ce combat ni pour le moindre point de convergence avec les islamistes. Il faut assumer le clivage une fois pour toutes.

Ce combat est difficile, mais je sais que je peux compter sur les nombreux militants laïques socialistes français qui n’ont jamais suivi les tentatives de rapprochement et d’accommodement avec le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), initiées par certains dirigeants socialistes. Ces derniers ont d’ailleurs payé lourdement cette tentative de légitimation face à des candidats ouvertement communautaristes qui leur ont pris toutes les voix qu’ils avaient cherché à séduire. A l’exception de quelques élus qui ne l’assument jamais très franchement, l’intrusion des islamistes n’est pas possible au sein du parti socialiste français, essentiellement parce qu’on y trouve un levier pour reconstruire un discours antiraciste fondé sur la laïcité. Ce n’est pas un combat perdu, même s’il est nécessaire de démasquer sans cesse les complices et les connivents de l’intégrisme religieux.


 

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