Europe

L'amnésie du président de la Commission européenne sur le passé nazi d'un ancien commissaire

Mercredi 13 septembre 2017 par Nicolas Zomersztajn

Suite au décès en juillet dernier de Fritz Hellwig, vice-président de la Commission européenne entre 1967 et 1970 et homme politique conservateur allemand, Jean-Claude Juncker, le président actuel de la Commission, lui a rendu un vibrant hommage, sans jamais évoquer son passé nazi ni son implication majeure dans l’industrie de guerre du Troisième Reich.

Sur l’intranet de la Commission européenne, un fonctionnaire européen a découvert l’hommage funèbre rendu par Jean-Claude Juncker à Fritz Hellwig, vice-président de la Commission et Commissaire à la Recherche et à l’Energie nucléaire entre 1967 et 1970, décédé le 21 juillet dernier à l’âge canonique de 104 ans.

« Avec le décès du Professeur Docteur Hellwig, nous perdons un homme politique en Europe qui, en tant que compagnon de Konrad Adenauer, a joué un rôle décisif dans l'Allemagne d'après-guerre », souligne Jean-Claude Juncker.

Curieux, ce fonctionnaire européen proche du CCLJ et lecteur de Regards se livre alors à une petite recherche sur internet où il découvre que ce compagnon de route du grand Adenauer était membre du parti nazi dès 1933 où il militait même dans les sections de la très brutale SA (Sturmabteilung). « C'est choquant, on ne retient que l'histoire d'après-guerre ! », écrit-il dans le mail qu’il nous a adressé pour nous faire part de son indignation.

Tant l’éloge funèbre que la lettre de condoléance publiés notamment sur le site officiel de la Commission européenne ne font la moindre allusion au passé nazi de Fritz Hellwig. Pourtant, son parcours entre 1933 et 1945 indique clairement qu’il était un homme important au sein de l’appareil industriel du Troisième Reich.

Dès 1937, Hellwig rejoint la direction de la Chambre de commerce et de l’industrie de la Sarre et en 1939, Hellwig devient directeur général de l'Organisation de l'industrie du fer à Düsseldorf. Un secteur industriel crucial pour l’effort de guerre allemand.

Par la suite, et ce jusqu'en 1943, il est nommé responsable de toute l'industrie sidérurgique dans le district sud-ouest du Reich. Et enfin, fin 1942, il intégre le Conseil de guerre du Centre de recherche économique du Front de l'Est. Inutile de rappeler que c’est sur ce théâtre d’opération qu’Hitler a mené sa guerre sacrée de conquête d’un espace vital pour son Reich de « mille ans » et où ont été commis les crimes les plus barbares et les plus effroyables de la SS et de la Wehrmacht.

Jean-Claude Juncker ne se démonte pas pour autant et poursuit son hommage, en insistant même sur la prise de conscience qu’a suscitée la catastrophe de la Seconde Guerre mondiale chez Hellwig ! « Plus tôt que beaucoup d'autres, Fritz Hellwig avait compris les chances d'une unification européenne ouvrant l'Allemagne à tout le continent. Il était un Européen convaincu, aussi parce qu'il avait dû faire l'expérience de la catastrophe qui avait révélé l'inimitié entre l'Allemagne et la France, ainsi que les guerres mondiales. Cette expérience, ainsi que sa volonté de changer le destin et l'histoire pour le mieux, l'ont fait un défenseur clairvoyant de l'intégration européenne », insiste Juncker.

S’il est vrai qu’une évocation funèbre n’est pas le moment pour se livrer à un examen critique de la vie d’un défunt, il convient toutefois de ne pas sombrer dans l’amnésie en omettant complètement ses engagements terriblement critiquables.

Mais en tant que président de la Commission de l’Union européenne, Jean-Claude Juncker devait rappeler qu’avant d’être ce fidèle compagnon de route d’Adenauer et de participer à la construction européenne, Hellwig s’est engagé dans le nazisme. Car Hellwig était du côté des bourreaux et son « expérience de la catastrophe » n’a pas été celle des millions de victimes du nazisme. Une phrase aurait suffi pour rappeler honnêtement qui fut Fritz Hellwig, ne serait-ce que pour insister sur la raison d’être de  la construction européenne entamée après 1945. 


 
 

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  • Par Rudi - 13/09/2017 - 18:26

    On m'a dit que l'alcool n'aide pas beaucoup la mémoire, mais je ne vois pas le rapport... C'est quand-même le successeur digne de Jacques Santer AKA Jacky Santé...

  • Par Xavier Wery - 14/09/2017 - 22:40

    Un amnésie indigne, avant la désignation de ce vice-président Hellwig et jusqu'à la fin. Parfaitement indigne. Est-ce comme cela que notre UE entend prévenir la dérive liberticide, le développement des mouvements antisémites et racistes? Cela me rappelle également l'épisode de l'ancien Secrétaire général de l'ONU Kurt Waldheim. Dommage que l'Europe ai rendu tout cela possible, j'attends mieux d'elle. J'ai été habitué à d'autres idéaux européens.