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L'affaire des blouses blanches et la mort de Staline (5 mars 1953)

Mardi 5 mars 2019 par Tarbout
Publié dans Regards n°1039

Le 1er décembre 1952, Staline déclare au Politburo que « Tout sioniste est l’agent du service de renseignement américain. Les nationalistes juifs pensent que leur nation a été sauvée par les Etats-Unis, là où ils peuvent y devenir riches, bourgeois. Ils pensent qu’ils ont une dette envers les Américains. Or parmi mes médecins, il y a beaucoup de sionistes ».

 

Le complot ou « l’affaire des blouses blanches » éclate publiquement le 13 janvier 1953, lorsque la Pravda publie un long article intitulé « Sous le masque des médecins universitaires, des espions tueurs et vicieux ». Cet article dénonce un « complot de bourgeois sionistes ». Un groupe de médecins juifs est accusé d’avoir assassiné deux dirigeants soviétiques (Chtcherbakow et Jdanov) et d’avoir prévu d’en assassiner d’autres. Ils auraient agi sur ordre du Jewish Joint Distribution Committee, une organisation juive américaine humanitaire !

Ce n’est pas la première fois que Staline lance des campagnes anti-sémites. Par le passé, de nombreux articles de la Pravda dénonçaient le « cosmopolitisme apatride », expression désignant les Juifs. Mais cette fois-ci, ce complot « sioniste » totalement fabriqué par Staline produit au sein de la société soviétique un effet de vraisemblance puisant dans une tradition antisémite profondément ancrée dans la société russe.

De nombreux médecins et pharmaciens juifs accusés d’avoir participé de près ou de loin à ce pseudo-complot sont arrêtés. Au départ, 37 personnes sont arrêtées, mais le chiffre atteint rapidement plusieurs centaines. Parmi les médecins arrêtés se trouvent le médecin personnel de Staline, Vladimir Vinogradov et le général médecin-chef de l’Armée rouge Miron Vovsi, deux praticiens renommés. Le 12 février 1953, Maria Weitzmann, médecin et sœur cadette du premier président de l’Etat d’Israël, Chaïm Weitzmann, est arrêtée. Relâchée en août 1953, elle émigre en Israël en 1956.

Souffrant depuis de nombreuses années d’athérosclérose, Staline est victime d’une attaque cérébrale le 1er mars 1953. Sans assistance médicale jusqu’au 2 mars, il est finalement déclaré mort le 5 mars 1953. Si le décès de Staline met fin à la menace qui pèse sur les Juifs d’URSS, il ne fait que renforcer la haine antisémite qui enfle depuis la publication en janvier de l’article de la Pravda. Pour une partie de la société soviétique, Staline serait à son tour victime d’un « complot juif » !

Un mois après la disparition de Staline, la Pravda publie une note d’information du ministère de l’Intérieur annonçant que les médecins inculpés sont réhabilités et libérés. En réalité, une partie seulement des accusés profitera de la liberté et de la réhabilitation immédiatement après la mort de Staline. Il faudra attendre la Perestroïka de la fin des années 1980 pour que tous les accusés soient totalement réhabilités.


 
 

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