Zoom sur...

Adriana Costa Santos, le réconfort du parc Maximilien

Jeudi 1 Février 2018 par Géraldine Kamps
Publié dans Regards n°876 (1016)

Son sourire et son calme tranchent avec la dureté de la situation. Adriana Costa Santos est probablement l’une des figures marquantes de l’action citoyenne au parc Maximilien, où elle se trouve chaque soir et parfois jusqu'aux petites heures, à la recherche de ceux qui l’aideront à ce qu’aucun réfugié ne dorme dehors.

Adriana Costa Santos

Sur le même sujet

    Adriana Costa Santos nous a fixé rendez-vous au nouveau « Hub humanitaire » installé gare du Nord et partagé par la Plateforme citoyenne de soutien aux réfugiés avec Médecins du Monde, Oxfam, Médecins Sans Frontières et la Croix-Rouge de Belgique, entre autres. Elle nous confie ne pas avoir beaucoup dormi cette nuit, après l’arrestation de deux migrants à laquelle elle a assisté hier en quittant le parc…

    Arrivée de Lisbonne après un bachelier en relations internationales, Adriana, 23 ans, n’a plus quitté la Plateforme citoyenne qu’elle avait rejointe pour un mois de bénévolat en octobre 2015 et où elle a rencontré Mehdi Kassou, le porte-parole, devenu son compagnon. La Plateforme qui compte aujourd’hui sur sa page Facebook quelque 43.000 inscrits…

    La jeune femme a commencé par s’occuper de l’accueil des migrants et des bénévoles, des journalistes et des donateurs, avant le premier démantèlement du parc et le déménagement des services de la Plateforme du parc Maximilien au quai de Willebroek. Elle rendra compte de son travail sur le terrain dans Visão, quotidien portugais, pour augmenter l’impact de sa présence à Bruxelles. La situation des réfugiés, elle l’a en effet vue évoluer : « Les premiers réfugiés qui venaient ici étaient dans l’attente d’un rendez-vous à l’Office des étrangers et pouvaient compter sur des échéances précises », note-t-elle. « Le démantèlement de Calais en fin octobre 2016 a vu arriver des “transmigrants” qui attendent juste le bon moment pour passer en Angleterre. Tout en sachant que leurs gouvernements sont condamnés par l’ONU et qu’ils donc en danger, l’Europe ne se sent pas aussi responsable qu’elle l’était avec les réfugiés syriens et le droit d’asile est plus difficile à obtenir ».

    Une bureaucratie « incompréhensible »

    Aujourd'hui installée à Jette, la Plateforme citoyenne continue de couvrir au quotidien tous les aspects de la prise en charge des réfugiés : espace Femmes, école adultes, école des devoirs, collecte de vêtements (la collecte de nourriture ayant été prise en main par d’autres organisations citoyennes), accompagnement social et administratif pendant la procédure d’asile, mais aussi après l’obtention des papiers, pour faciliter l’intégration (logement, CPAS, réinsertion scolaire). « Je suis depuis deux ans en Belgique et la bureaucratie reste pour moi incompréhensible », relève Adriana. « J’imagine ce que cela doit représenter pour quelqu’un qui ne parle pas la langue et qui vient de traverser la guerre… La seule information qu'on leur donne est comment retourner dans leurs pays ».

    Adriana a entamé un master en anthropologie à l’ULB, travaillant désormais au recrutement des bénévoles et s’assurant quelques rentrées financières dans l’Horeca et le baby-sitting. Mais après le plan Hiver 2017 et une solution temporaire proposée par les autorités, les réfugiés sont réapparus dans les rues. « A la fin de l’été, la police a commencé à intervenir au parc de façon très musclée », se souvient-elle. « C’est à ce moment-là qu’on a dénoncé les rafles sur Facebook et qu’on a lancé le “Sleeping Bag Challenge” qui nous a permis de récolter 400 sacs de couchage. Nous avions déjà mis en place un hébergement des femmes et des personnes les plus fragilisées. Nous avons décidé de l'élargir à tous ». La population s’indigne à mesure que sortent les déclarations du Secrétaire d’Etat à la Migration. Le groupe Hébergement Plateforme citoyenne est lancé sur Facebook et rassemble en quatre mois plus de 30.000 personnes, dont plusieurs milliers d’hébergeurs prêts à ouvrir leurs portes aux réfugiés...

    La Porte d’Ulysse (Haren), centre d’hébergement mis à disposition par la Ville de Bruxelles le 12 décembre et équipé de douches grâce à une collecte de fonds citoyenne, a soulagé quelque peu les particuliers, mais le travail des bénévoles reste indispensable. « Nous ne sommes pas là pour remplacer l’Etat, nous sommes là pour pallier un manque. Mais il ne faudrait pas que notre travail déresponsabilise les responsables », insiste Adriana. « Je rêve qu’on puisse mettre en place un système d’accueil et d’orientation qui permette aux migrants de vivre dans des conditions dignes et pas dans les rues, chassés par la police, intimidés, voire renvoyés dans des pays en guerre. Les accueillir et les informer, en faisant partie de leur route, même s’ils ne restent pas chez nous, pour qu’ils soient à même de poser des choix réfléchis. Il est de notre devoir de les aider à se construire une nouvelle vie, en sachant que la leur est détruite. Je défendrai toute ma vie la dignité humaine et la justice. Ce n’est pas une question de religion, c’est une question de morale ».

    Plateforme citoyenne de soutien aux réfugiés asbl DONS  BE04 5230 8077 7231 - FACEBOOK  Hébergement Plateforme citoyenne


     
     

    Ajouter un commentaire

    http://www.respectzone.org/fr/
    • Par FOGELBAUM Ingrid - 3/02/2018 - 11:01

      Sans doute est-ce trop tard pour 2018 mais je trouve que cette jeune femme Adriana Costa Santos mérite pleinement d'êtremensch de l'année.

      Amicalement,
      ingrid fogelbaum

    • Par FOGELBAUM Ingrid - 3/02/2018 - 15:28

      Adriana Costa Santos mensch de l'année.

    • Par Marianne Andrin - 7/02/2018 - 17:44

      Merci tout simplement, Adriana, pour tout ce que tu fais qui nous permet à notre tour d'être devenu des hébergeurs réguliers. Nous tiendrons jusqu'à ce que ce cauchemar se termine pour nos amis. Vive la solidarité et l'accueil de l'autre!

    • Par Henri Martens - 7/02/2018 - 18:51

      Adriana , c'est vraiment une perle. La voir le soir dans le parc Maximilien me touche toujours beaucoup. J'ai l'impression de croiser un ange...