Procès de l'attentat du Musée juif de Belgique

Les 23 briques du "mur" de l'accusation face au "muret" de la défense

Lundi 25 Février 2019 par G.K. et Belga

Après les parties civiles, le tour est venu aux procureurs fédéraux de présenter leur plaidoirie : 23 « briques » qui constituent un mur solide pour juger de la culpabilité des accusés, face au « muret d’approximations » de la défense.

Le procureur fédéral Yves Moreau, pour le Ministère public

« Je me souviens comme beaucoup d’entre nous du jour de l’attentat, quand on m’a téléphoné le 24 mai 2014 », a entamé Bernard Michel ce lundi matin, « et puis de l’arrestation de Mehdi Nemmouche à Marseille six jours plus tard. J’ai alors demandé aux forces de police françaises de répondre à quatre questions qui me venaient immédiatement à l’esprit : « A-t-il une casquette Nike ? », « La crosse de la kalachnikov est-elle repliable ?, « A-t-il une caméra GoPro ? », et « Porte-t-il des chaussures à la semelle claire ? ». La réponse a été affirmative à toutes les questions, et j’ai compris qu’on avait arrêté le tueur ».

Près de cinq ans plus tard, le procureur fédéral confie retrouver dans le silence du principal accusé ce même silence ressenti dans le Musée juif le soir du 24 mai. Un silence qu’il juge ici « autant indécent que provocateur à l’encontre des familles des victimes », synonyme à ses yeux de « lâcheté », comme il explique « les mensonges et les oublis » de son co-accusé, Nacer Bendrer.

Yves Moreau a ensuite passé en revue les « règles du jeu » qui devront être suivies pour apporter aux jurés la charge de la preuve et leur permettre de déclarer les accusés coupables au-delà du doute raisonnable. En se montrant réellement agacé par la thèse de la défense : « C’est profondément stupide ce que la défense essaye de vous dire en affirmant qu’on aurait retiré les lunettes de soleil, puisque nous l’avons inscrit noir sur blanc dans notre acte d’accusation : « L’analyse de l’ensemble des images des caméras permet de penser que l’auteur porte des lunettes de soleil ! » La fin justifie les moyens ! Pour innocenter son client, la défense n’hésite pas à salir la réputation et l’honneur des gens et à les traiter de menteurs et d’affabulateurs. C’est proprement scandaleux, mais à chacun sa méthode et sa déontologie ».

Comme depuis le début des plaidoiries, Me Courtoy, principal intéressé, n’est pas là pour entendre ce qui lui est pourtant adressé.

Le droit de mentir

Le procureur fédéral insistera encore sur le droit des accusés de se taire, mais aussi de mentir « autant qu’ils le souhaitent, quand ils le veulent et à qui ils veulent, sans courir le moindre risque, alors pourquoi s’en priver ? » Avant de rappeler aux jurés les principaux outils du juge : le bon sens, l’esprit critique, la rigueur intellectuelle et l’objectivité, lesquels leur permettront de juger si Mehdi Nemmouche est coupable de ce dont on l’accuse : l’assassinat de quatre personnes dans un contexte terroriste, soit un homicide volontaire avec intention de donner la mort et préméditation sur quatre personnes, et dans le but d’intimider gravement une population.

L’avocat général Bernard Michel a ensuite passé l'après-midi à souligner les 23 éléments qui attestent selon lui de la culpabilité de Mehdi Nemmouche, un « mur » de 23 « grosses briques » face au « muret » d’approximations avancées par la défense et qui se sont vues réduites à néant.

Pendant plusieurs heures, le magistrat a évoqué les questions d'ADN (soulignant une nouvelle fois que l’absence de celui-ci ne constitue aucunement une preuve négative comme la défense a voulu laisser croire), les armes, les objets trouvés en possession de l'accusé, les vidéos de revendication, l'absence d'alibi, l'antisémitisme, l'analyse morphologique des images du musée, la téléphonie ou encore l'attitude de Mehdi Nemmouche depuis son arrestation. « A vous de décoder ses DAS (droit au silence) et ses attitudes, ses rires, ses commentaires ironiques, et ses invitations à attendre le moment venu, pour qu’il daigne parler », lancer de la même manière Yves Moreau à l’attention des jurés.

Bendrer « le complice »

Le même Yves Moreau a par ailleurs estimé que Nacer Bendrer devait être reconnu coupable comme « complice », et non comme « co-auteur », soit le motif pour lequel il a été renvoyé devant les assises. Selon l'accusation, l’aide apportée par le Marseillais en fournissant des armes à Mehdi Nemmouche, est jugée « accessoire » et non « importante » pour la commission des faits. Le fait qu'il n'ait pas eu connaissance des projets précis du principal accusé n'est en revanche pas de nature à écarter sa responsabilité dans l'attentat, a précisé l’avocat général.

Le procureur a terminé son exposé en s'en prenant à la thèse d'un complot, qui constitue selon lui « un cruel aveu d'impuissance ». « Tout démontre que Mehdi Nemmouche est la seule personne à avoir tiré dans le musée. La preuve vous en a été apportée au-delà de tout doute raisonnable », a-t-il adressé aux jurés.

Les magistrats fédéraux achèveront leur réquisitoire ce mardi. Les avocats du principal accusé auront eux la parole jeudi.


 
 

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