Reflexion

2016 : Mein Kampf, best seller de l'année ?

Lundi 17 mars 2014 par O.W.

Le livre-programme d’Hitler sera libre de droit dans deux ans.  Plutôt que de se battre en vain pour empêcher sa réédition, n’est-il pas préférable de laisser faire en l’accompagnant d’explications?

En vente libre un peu partout dans le monde

Peut être êtes-vous néo-nazi. Ou amateur d’histoire. Ou attiré par les livres maudits. Ou simple curieux ? En tous cas, vous avez envie de lire Mein Kampf  (« Mon Combat »), le livre/programme* rédigé par Hitler durant son séjour en prison (1924-25).

En théorie, vous ne pouvez pas. L’Etat de Bavière, héritier des biens d’Hitler, s’oppose à toute réédition.  Bah : sur Internet vous en trouverez un exemplaire neuf pour 34,20 €  (+ 2,90 € de frais de port). Vous êtes un peu gêné pour le moment ? Il y une édition à  0,75€.

Vous pouvez aussi le lire sous forme d’e-book, il en existe six versions différentes. Ou alors sur votre tablette ou sur votre smartphone à moins que vous ne préfériez en écouter une version audio sur votre iPad. Il y aurait même une version en braille.

Mais pourquoi payer ? Quelques autres clics et vous en téléchargerez un exemplaire  gratuit. Pas mal pour un ouvrage interdit. D’autant que fin 2015, Mein Kampf tombera dans le domaine public. Ainsi le veulent les conventions internationales :

70 ans après la mort de l’auteur, plus aucune restriction. Et comme Hitler s’est suicidé  en 1945, dès le 1er janvier 2016, n’importe qui pourra  rééditer le livre.

Or, Mein Kampf  contient tout le monstrueux programme qu’Hitler s’efforcera de réaliser lorsqu’il sera au pouvoir : la destruction des pays d’Europe centrale (Autriche, Tchécoslovaquie, Pologne…). La guerre contre le bolchevisme soviétique.

Une autre contre la démocratie et surtout contre la France, « ennemie mortelle » de l’Allemagne. La domination de la « race des Seigneurs » sur les « sous-hommes » (Tziganes, Polonais, Slaves, etc.)  

Et bien entendu, Hitler y donne libre cours à son racisme frénétique envers les Juifs, comparés à des poux ou des bacilles dangereux qu’il entend « éradiquer » ou « anéantir ». Faut-il laisser dès 2016 ce texte là à disposition de tout un chacun ?

Le land de Bavière s’y est résigné en se disant que s’il doit être republié, autant que le livre soit accompagné de critiques historiques  et de mises en perspectives. Une démarche qui a d’ailleurs le soutien du  Conseil central des Juifs d'Allemagne.

Une démarche déjà adoptée par  la France aussi depuis… 1979 : après une plainte de la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (Licra), la justice avait autorisé la publication de Mein Kampf avec une préface détaillée d’avertissement.

« Un chef-d'œuvre de crétinisme excité »

Pour l’anecdote, en 1934, la même Licra avait soutenu la traduction du livre afin que les Français sachent qui était au pouvoir en Allemagne. Hitler avait porté plainte et obtenu que la traduction de son livre soit interdite… pour ne pas  alarmer l’ennemi français**.

Dans le reste de l’Europe, les législations varient quoique la plupart interdisent Mein Kampf pour incitation à la haine raciale, comme au demeurant tout ce qui fait la promotion du nazisme ou de ses symboles

C’est aussi le cas chez nous,  sauf que la loi est aisée à contourner : il suffit de vous prétendre collectionneur ou antiquaire, de ne pas le mettre en évidence dans votre magasin et vous avez le droit de le vendre…

Hors Europe, on trouve Mein Kampf dans nombre de libraires notamment en Turquie et dans les pays arabes, comme l’a constaté la journaliste Véronique Schemla***  qui cite quelques exemples :

100 000 exemplaires vendus en un trimestre en Turquie. Mis en tête de gondole comme « livre recommandé » dans un Virgin Mégastore au Qatar (2011). Succès de vente à Bahreïn (2011). En vitrine dans une librairie du centre ville d’Alger (2013)

Toujours en 2013, présenté dans la rubrique « Connaissances générales »  lors du Salon des Livres, organisé par le gouvernement émirati à Sharjah. On le trouve de même dans la plupart des pays d’Asie, au Japon, en Inde, …

Dans cette situation, avec la libre circulation de l'information sur Internet, il est évident, si choquant que cela puisse paraître à d’aucuns, qu’il est impossible d’empêcher la diffusion du livre de Hitler. Au demeurant, serait-ce vraiment une bonne idée ?

Le censurer, en faire un livre tabou, n’est ce pas attiser la curiosité à son égard ? Ne vaut-il pas mieux exposer ce que voulait le nazisme de même qu’on montre ses crimes en incitant les lycéens à visiter Auschwitz ?

D’autant qu’on peut compter sur Hitler lui-même pour décourager ses lecteurs d’hier comme d’aujourd’hui : bien que remanié par ses fidèles, Mein Kampf reste un livre difficile à terminer (On le sait, on y est arrivé).

Le style est lourd, les idées confuses, les répétions innombrables et il y en a pour 800 pages… Et ce n’est pas un avis personnel : « Mein Kampf ? J’ai rarement lu conneries plus plates et désolantes(…)  C'est très réellement le chef-d'œuvre du crétinisme excité...»

C’est Robert Brasillach, écrivain de talent qui, bien que fasciste convaincu, écrivit cette critique en 1935. Quelques années plus tard, à la Libération, devenu amoureux des nazis et antisémite haineux, il fut fusillé….

* En 1928, Hitler en a écrit un autre sur sa conception de la politique étrangère de l’Allemagne. Ce Zweites Buch  (« Deuxième Livre ») n’a pas été publié de son vivant

** Anecdote racontée  -avec bien d’autres- par le journaliste et réalisateur Antoine Viktine dans son remarquable livre: « Mein Kampf, Histoire d’un livre » Ed. Flammarion 2009. Il a aussi réalisé un documentaire sur le sujet: « Mein Kampf, c’était écrit » (Arte. 2007) 

***http://www.veroniquechemla.info/2012/04/mein-kampf-cetait-ecrit-et-mein-kampf.html

 


 
 

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http://www.respectzone.org/fr/
  • Par Kalisz - 18/03/2014 - 11:30

    Vaine interdiction.
    Pour que ce livre appartienne à l'Histoire, il serait inutile et contre productif de continuer à vouloir l'interdire.
    Une édition qui soit augmentée de toutes les conséquences que ce livre a engendrées sera éclairante.
    D'autant plus que l'antisémitisme contemporain a changé de visage , ainsi que le nationalisme de droite ou / et d'extrême droite.
    Mais bien mettre en évidence les fondamentaux criminels communs peut servir même comme livre de classe à l'école.

  • Par Sigrain - 18/03/2014 - 13:51

    En effet, tout à fait par hasard, mon libraire (mon sachant férue d'histoire) m'en avait proposé un exemplaire. Que j'ai acheté. C'était tellement débile - au sens littéral du terme ) que j'en ai interrompu la lecture. Aucun ordre, aucune rigueur, il disjoncte complètement. En restant évidemment très en amont de toutes les horreurs qu'il a engendrées, je me demande comment des intellectuels, des gens rationnels ont pu être embarqués par un tel ramassis d'inepties. Je pense que ce serait une très bonne chose de le publier (de toute façon on peut le trouver partout comme l'indique justement votre article) avec un commentaire. Les jeunes générations prendraient moins la tragédie des totalitarismes à la légère. L'exemple de l'Ukraine est encore là pour nous le montrer. Hélàs.

  • Par j.jidovtseff - 19/03/2014 - 9:49

    Ce qui m'inquiète le plus c'est la montée du néo-nazisme dans nos pays et surtout l'épisode en Ukraine.La réédition de cet ouvrage risque de servir de lecture à toute une frange de la population à l'esprit faible.
    Il faut aussi dire que l'on pouvait déjà trouver ce livre sur des réseaux de vulgarisation fascistes.
    C'est la publicité qui en est faites qui risque d'amener une banalisation des idées que ce livre véhiculent, et partant, amener une pensée populaire anti-juive et anti-slave et qui prône la supériorité des nations occidentales
    Il me semble que certains dans l'Europe actuelle sont prêts à se laisser envahir par de nouvelles croisades à relents fascistes.
    Moi j'ai peur, très peur....

  • Par Robert F - 8/06/2015 - 15:55

    Pourquoi tant de craintes. Laissez les gens libres de lire ce qu'ils souhaitent, et de tirer leurs propres conclusions.La plupart des grands penseurs qui nous ont précédé, allant de Montesquieu à Victor Hugo, ont également tenu des propos hostiles aux juifs, voulez-vous également accompagner leurs oeuvres "d'explications" ...