Mémoire

15 pavés de mémoire devant l'ancien internat Gatti de Gamont

Mardi 12 juin 2018 par Géraldine Kamps

A l’initiative de la commune de Woluwe-Saint-Pierre, 15 pavés de mémoire ont été placés ce mardi 12 juin 2018 au n°10 de la rue André Fauchille. Une cérémonie organisée en collaboration avec l’Association pour la Mémoire de la Shoah et le comité de quartier Allo quartier devant un public venu en nombre rendre hommage aux 12 enfants juifs cachés dans l’ancien internat Gatti de Gamont, et à leur directrice et sa famille, raflés il y a tout juste 75 ans avant d’être déportés.

 

Anna et Emma Patron, Régine-Rywka et Isidore Kossover, Boris-Maurice Gurman, Henri et Joanna Juzefowicz, Rachel Tomar, Ingeborg Stern, Marcel Wisznia, Chaja-Helena Gancarska, Bernard Lipsztadt, Odile, Rémy et Andrée Ovart... Sur les 15 personnes cachées dans l’ancien internat du Lycée royal Gatti de Gamond et arrêtées ce 12 juin 1943, à 4h du matin, seules trois survivront : la fille de la directrice, Andrée Ovart, mais aussi Chaja-Helena Gancarska, et Bernard Lipsztdat, le dernier en vie, qui profitera d’un traitement contre la gale et de la complicité de ses soignants pour s’enfuir avant d’être embarqué dans les trains.

Jour pour jour, 75 ans plus tard, la foule est nombreuse à s’être réunie pour un « hommage à la vie », insistera Pascal Lefèvre, l’échevin sampétrusien en charge des droits de l’homme à l’initiative de la pose de ces 15 pavés de mémoire à l’endroit même de l'arrestation des 12 enfants juifs et de la famille Ovart. Interpellée par le comité Allo quartier sur cette tragédie, la commune a elle-même tenu à financer les pavés, opérant un virage à 180 degrés si l’on compare la situation avec Anvers où les pavés de mémoire sont toujours interdits par la Ville (ce qui n’a pas empêché plusieurs enfants de déportés d’en placer, en toute discrétion).

Le bourgmestre de Woluwe-Saint-Pierre, Benoît Cerexhe, rappellera « la nécessité absolue » de laisser des traces, justifiant la présence de ces pavés comme « des moments qui doivent rester indélébiles, contre vents et marées », et regrettant que « s’il est simple de se dresser contre une communauté, il est beaucoup plus compliqué de tendre la main ». Avant de conclure : « Plus jamais ces 12 enfants, ainsi qu’Odile Ovart, son mari et sa fille ne pourront être oubliés ». 

L’hommage rendu ce mardi aux jeunes victimes de ce que certains qualifient d’« Izieu belge », en présence de S.E.Mme l'ambassadeur d'Israël Simona Frankel, sera également un hommage à Andrée Geulen, par l’entremise de laquelle la plupart de ces enfants auront été cachés dans cet internat. Andrée Geulen la résistante, qui sauvera quelque 4.000 enfants juifs pendant la guerre.

Plus possible désormais pour le passant qui frôlera en marchant ces petits pavés de 10cm sur 10, surmontés d’une plaque de laiton, d’ignorer les histoires qui se cachent derrière, comme en attesteront les enfants et petits-enfants de ces déportés venus témoigner. « Mamy Hélène venait de fêter ses 18 ans lorsqu’elle a été arrêtée avec le couple Ovar », racontera Delphine Szwarcburt, petite-fille de Chaja-Helena Gancarska. « Elle a été emmenée dans les caves de la Gestapo, puis à la Caserne Dossin à Malines, avant d’être déportée à Auschwitz. Elle ne croyait plus en Dieu et nous disait qu’elle avait survécu « grâce à la chance », après s’être jetée dans un fossé pour échapper à la Marche de la Mort », souligne Delphine. « Je retiendrai d’elle sa force de vie, sa volonté, et sa faculté de ne jamais renoncer… »

Joël Kotek reviendra sur la fin tragique de Rachel Tomar, la cousine de sa mère. Sa mère qui échappera d'ailleurs de justesse à l’arrestation du 12 juin n’étant pas venue à l’école ce jour-là, car malade… « De la famille Tomar, il ne reste plus personne, juste cette photo de Rachel, une mention au Musée de Malines, et aujourd’hui, ce pavé de mémoire… », confiera-t-il, sans oublier d’évoquer « la culpabilité des survivants », avec toute la difficulté de parler de leur souffrance. Et d’insister sur le nécessaire engagement « contre les relents antisémites toujours vivaces, contre ceux qui continuent aujourd’hui encore de comparer les Juifs à des « cafards », à des « parasites ». Si les Juifs peuvent heureusement encore compter sur des amis, l’heure n’est pas forcément à l’optimisme », ajoutera-t-il.

Beaucoup d’émotions traverseront le public pendant les interventions de Marcel Zalc, président de l’Association pour la Mémoire de la Shoah, Viviane Lipszstadt, la fille de Bernard Lipsztadt, Marinette Dupont, la famille d’accueil d’Odile Henri, et Raymond Mayer, du comité de quartier Allo quartier, qui rappellera « qu’hier comme aujourd’hui, l’intolérance et le racisme sont à l’origine de crimes odieux. C’est ce message que doivent retenir  les enfants et les passants qui s’arrêteront sur ces pavés ».

« Ces pavés sont le symbole de l’antisémitisme, mais aussi du courage de ceux qui ont aidé des Juifs. Ils sont révélateurs de toutes les formes de racisme, de rejet de l’autre et de refus du droit à la différence. Par la pose de ces pavés, nous donnons tort à Hitler et aux nazis qui ont voulu éradiquer les Juifs de la terre », insistera encore Pascal Lefèvre, revendiquant « le droit à la différence, au respect et à la dignité de la vie », pour conclure une magnifique cérémonie dédiée, comme il le souhaitait, à la vie. Une cérémonie nécessaire, et une mémoire qu’il faudra continuer de porter, « parce qu’elle n’ira jamais de soi », relèvera Marcel Zalc.


 
 

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  • Par Daniel HERBECQ - 14/06/2018 - 16:10

    Avec mes sincères félicitations mais j'ai le cœur rempli d'émotions et les yeux embués par celles-ci.
    Je ne suis pas Juif mais un Goy qui défend bec et ongles Israël ainsi que tous les Juifs passés, actuels et à venir et qui, en ma modeste qualité de professeur d'Histoire Contemporaine donne des conférences relatives à Anne FRANK et à la SHOAH.
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