Antisémitisme

Parti travailliste britannique et antisémitisme: davantage qu’une simple impression

Vendredi 27 juillet 2018 par D'après The Guardian

Le quotidien britannique de centre gauche The Guardian y consacre un éditorial. Le Parti travailliste s’attaque aux difficiles tensions qui existent entre défendre la liberté d’expression et barrer les discours de haine antisémite. Mais il a échoué jusqu’ici à leur fournir une réponse adéquate.

Jeremy Corbyn, leader du Parti travailliste

Le Parti travailliste n’est certes pas un foyer d’antisémitisme. Mais, à en juger par les titres des médias, peu d’autres sujets semblent actuellement accaparer toute son énergie. En cause le fait, apparu ce mois-ci, que le Parti a adopté la définition de l’antisémitisme en 38 mots de l’International Holocaust Remembrance Alliance (IHRA), mais non l’ensemble des principes généraux qui l’accompagnent et l’interprètent. Assurément le Parti travailliste sous Jeremy Corbyn possède le droit de choisir comment il souhaite définir le racisme dans son code de conduite. La définition de l’IHRA a été critiquée comme « imprécise » et « peu claire » et, de l’avis général, elle n’est pas parfaite. Mais le parti a commis l’erreur de consulter de manière insuffisamment large, en particulier au sein du monde juif, quant au choix des mots qu’il souhaitait utiliser. Et cela a conduit à l’impasse actuelle.

Il est extrêmement surprenant que ce problème ait divisé le Parti travailliste lui qui, durant des décennies, a défendu des politiques antiracistes. M.Corbyn s’est vu traiter de « raciste et antisémite » par Mme Margaret Hodge, une chevronnée parlementaire juive travailliste. Mme Hodge fut menacée de mesures disciplinaires. Elle y répondit par une lettre de ses avocats. Des dizaines de rabbins britanniques ont écrit au Guardian pour exprimer leur surprise, leur consternation et leur tristesse que le leadership du parti « ignore ceux qui comprennent le mieux l’antisémitisme, à savoir la communauté juive. » Dans un mouvement de fronde contre M.Corbyn, des parlementaires travaillistes revendiquent que le parti adopte la définition complète de l’IHRA. The Jewish Chronicle a appelé les deux douzaines de parlementaires travaillistes juifs à quitter le parti et à siéger comme indépendants. Le comité exécutif national du parti a sagement décidé de s’abstenir de voter sur ce problème. Le parti affirme qu’il va approfondir les consultations relatives au code et réexaminer la question plus tard dans l’année.

La crise n’a pas été évitée mais plutôt différée. Le dilemme pour le Parti travailliste revient à savoir comment défendre la liberté d’expression tout en barrant les discours de haine antisémite. Il existe des frontières floues mais réelles entre antisémitisme, antisionisme et critiques du traitement par Israël des Palestiniens. Le débat n’est absolument pas académique. Comme Sir Stephen Sedley, un ex juge près la Cour d’Appel, né dans une famille juive, l’a écrit l’an dernier « se répandre en actes discriminatoires ou propos haineux est généralement illégal, situé au-delà des limites de la liberté d’expression… Par contre, la critique (et également la défense) d’Israël ou du sionisme est non seulement généralement légal : c’est explicitement protégé par la loi. » C’est cette interprétation qui vit le comité spécial des Affaires intérieures suggérer en 2016 que le gouvernement du Royaume-Uni, les services de police et les partis politiques adoptent les clarifications des principes généraux de l’IHRA pour « s’assurer du maintien de la liberté d’expression dans le contexte de discours sur Israël et la Palestine, sans permettre à l’antisémitisme d’infiltrer les débats. »

Le gouvernement, à la différence du Parti travailliste, accepta la définition de l’IHRA sans opposition. Au même moment, les groupes pro palestiniens avertirent qu’un tel acte figerait le débat sur Israël. Il est trop tôt pour affirmer définitivement si c’est le cas ou non, mais il est vrai que les défenseurs d’Israël ont fait pression pour bloquer l’« Israel Apartheid Week » annuelle sur les campus universitaires, prenant argument de ce qu’elle violait la définition de l’IHRA. Il ne fait aucun doute qu’un discours public mesuré sur Israël serait bienvenu. En aucun cas les Juifs ne peuvent être tenus pour collectivement responsables des actions d’Israël. Et la légitime désapprobation des politiques israéliennes d’occupation ne peut servir de prétexte pour délégitimer Israël comme refuge pour les Juifs.

M.Corbyn porte sa part de responsabilité dans la perte de confiance de la communauté juive à son égard. On l’a vu tarder à réagir aux propos vulgairement nazis d’un ex maire de Londres. Des enquêtes internes successives ont été bâclées. Le Parti travailliste a été lent à réprimer d’ignobles manifestations antisémites sur les réseaux sociaux. Personne ne devrait devenir insensible à l’accusation d’antisémitisme. Ce serait le devenir à l’antisémitisme lui-même. C’est particulièrement vrai pour celui qui, à gauche, en donne l’impression alors qu’une politique vertueuse peut le protéger des préjugés, une politique non polluée par la société qu’elle cherche à transformer. C’est bien que M.Corbyn affirme qu’il « ne tolérera aucun antisémitisme sous aucune forme ni nulle part. » Mais si les mots suffisaient, la question selon laquelle le Parti travailliste traine un problème d’antisémitisme aurait été résolue depuis longtemps.

https://www.theguardian.com/commentisfree/2018/jul/24/the-guardian-view-on-antisemitism-and-labour-not-just-a-problem-of-perception


 
 

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http://www.respectzone.org/fr/
  • Par hakim ARABDIOU - 5/08/2018 - 8:14

    Outre le combat contre l'antisémitisme, hélas porté par une INFIME minorité à gauche, il faudrait aussi combattre les sionistes de droite ou d'extrême droite ceux qui ont réussi à imposer beaucoup de Juifs sionistes l'idée qu'antisionisme = antisémime.

    Ils accusent d'antisémitisme tous les militants pro-palestiniens à la grande joie des authentiques antisémites : si tout le monde est antisémites, alors il n'y a pas d'antisémites.

    Ces sionistes racistes sont donc les alliés objectifs des racistes parmi les militants antisionistes. Ils se nourrissent mutuellement comme on dit.