Nouvelle génération

Nir Navon, chef de labo à l'université de Yale

Mardi 3 juillet 2018 par Géraldine Kamps
Publié dans Regards n°886 (1026)

A 34 ans, Nir Navon peut déjà se targuer d’un impressionnant parcours. Assistant-professeur et directeur de labo à l’Université de Yale, aux Etats-Unis, ce Belgo-Israélien natif de Bruxelles a choisi la physique comme domaine de prédilection. A l’instar de nombreux Juifs célèbres…

 

S’il fait aujourd’hui parler de lui à Yale, ce n’est certainement pas un hasard. Nir Navon a la forte personnalité de ceux qui réussissent, et il ne fallait pas aller loin pour s’en rendre compte. Nir Navon est né à Bruxelles en 1984, de parents israéliens, arrivés en Belgique pour des opportunités professionnelles quelques années plus tôt. « Ils pensaient venir de façon temporaire, ils y sont restés 35 ans. On a donc été élevé avec cette idée que l’on ne resterait pas, comme dans une parenthèse, alors que cela a représenté la moitié de notre vie ! », raconte Nir, milieu d’une fratrie de trois enfants.

Le garçon fera partie du premier groupe de la crèche du CCLJ, avant d’entrer à l’école Beth Aviv en primaires, puis à l’athénée Maimonide, pour les secondaires. Dans le même temps, il fréquente l’Hashomer Hatzaïr où il est nommé Rosh ken à peine âgé de 16 ans, comme le sera plus tard sa sœur Shelly, de quatre ans sa cadette. « Le mouvement, c’était tout pour moi », confie-t-il, en se retournant sur ces années, celles où il aura été le plus impliqué dans la communauté, mais qui finiront peut-être par l’en détourner. « On était jeune, très investi, avec une âme profondément de gauche. Les débats étaient très passionnels et on manquait certainement de recul. Et puis, il y avait l’effet de groupe, parfois dur à affronter… même si cela m’a sans doute forgé pour la suite de mon parcours. Le fait de ne pas avoir peur est né de ce sentiment de presque repartir de zéro ».

Dans la famille Navon, la politique a peu de place, mais on suit l’actualité, israélienne, comme si on y vivait, en lisant le journal et en parlant hébreu. « Mon père était un peu plus à droite, ma mère un peu plus à gauche, mais on était plutôt baigné par la présence de notre identité juive », poursuit Nir qui se rend trois fois par an à la synagogue et porte la kippa à l’école, quand on le lui demande. 

C’est à l’université qu’il rencontre des non-Juifs pour la première fois. Comme promis à sa mère, il réussit sa première année de polytech à l’ULB pour pouvoir faire ce qu’il souhaite depuis toujours : la physique. Quatre ans plus tard, il termine ses études par un Master à l’Ecole normale sup de Paris, avant de se lancer dans une thèse qu’il défendra en 2011. « L’un des membres de mon comité était le directeur du département de Physique de l’Institut Weizmann », précise Nir. « Il m’a proposé de le rejoindre en Israël, où vivait déjà ma sœur, et j’ai accepté ».

Nir Navon reste à Rehovot pendant un an. Il y rencontre le président de l’Institut Weizmann, un autre Belge, Daniel Zajfman, ancien Rosh ken de l’Hashomer lui aussi, et scientifique accompli. De façon assez paradoxale, Nir ne se sentira pas plus à la maison en Israël. « J’ai réalisé que je n’étais finalement pas plus israélien que belge », affirme celui qui a toujours eu l’impression d’être déraciné et à la fois chez lui partout.

La transmission du savoir

En 2017, après une escale de quelques mois en Amérique du Sud et quatre ans au Trinity College de Cambridge -le collège d’Isaac Newton !-, Nir Navon se voit proposer un poste d’assistant-professeur à l’Université de Yale. Tout en enseignant, il poursuit la recherche et monte son propre laboratoire de physique atomique où il dirige aujourd’hui un groupe de huit chercheurs. Un contrat de plusieurs années qui deviendra, il l’espère, un poste à vie, même s’il a conservé des contacts avec l’Institut Weizmann, dont la dynamique reste « remarquable ». « Malgré les difficultés qu’ils ont pour attirer les chercheurs étrangers non juifs, le dynamisme des milieux académiques israéliens est phénoménal », estime-t-il. « Leurs choix sont toujours significatifs et le taux de réussite dans la recherche est parmi les plus élevés. C’est peut-être lié à la présence d’étudiants plus âgés, qui arrivent après leur service militaire et ont une maturité et une expérience qui aident souvent à relativiser ».

Dans son domaine de recherche, l’étude des gaz refroidis à très basse température, Nir Navon est aujourd’hui l’une des plus jeunes recrues à Yale. S’il ne se sent toujours pas appartenir à un pays, il admet bien volontiers que la culture juive, elle, « plus que tout le reste », l’a poursuivi. « Le nombre de Juifs qui ont jalonné l’histoire de la physique est tout à fait impressionnant », fait-il remarquer, trouvant une explication au grand nombre de Juifs dans la recherche. « Deux anciens chefs au labo à Paris où j’ai fait ma thèse de doctorat ont reçu le prix Nobel à quelques années d’intervalle, pour ne citer qu’eux. Je pense que c’est lié à l’importance de la transmission du savoir. Ces gens ont bien souvent grandi dans des foyers qui donnaient une importance au savoir ou qui tâchaient de le faire avancer. 
La fierté de ma famille par rapport à mon parcours est pour moi un moteur. Comme la mère juive qui te fait comprendre que tu n’as pas d’autre choix dans la vie que de réussir… ».


 
 

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