Exposition

"Mapa" la carte d'Israël vue par ses artistes

Mardi 3 juillet 2018 par Nathalie Hamou
Publié dans Regards n°886 (1026)

Le musée Eretz Israel de Tel-Aviv a conçu une exposition autour d’un thème chargé politiquement, à l’occasion des 70 ans de l’Etat hébreu.

"Green line with Asia House" (1985) David Reeb

Le musée Eretz Israel n’est pas particulièrement connu pour son engagement politique parmi les institutions artistiques du pays. Pourtant, l’exposition « La Carte », sous-titrée « Lire entre les lignes », qui se donne à voir jusqu’au 30 octobre 2018, convoque des artistes majeurs d’Israël, juifs et arabes*, sur un thème hautement symbolique.

Car si les travaux présentés sont inspirés de l’expérience israélienne, ils se font également l’écho d’un sentiment d’appartenance, dont l’amplitude est forcément à géométrie variable. La commissionnaire de l’exposition, Batia Donner, le reconnaît volontiers : « Il est difficile d’éviter les sujets politiques dans une exposition qui a pour sujet la carte d’Israël. Néanmoins, il est possible d’identifier une couche d’images familières et de symboles répliqués, dans de nombreux travaux, comme la représentation de mondes expérimentaux et de valeurs qui peuvent transcender les divisions politiques et les secteurs, ou du moins les mettre temporairement de côté ». Sachant que l’ambition de cette exposition est  précisément de tenter « d’extraire certaines valeurs basiques du bruit politique » et d’identifier les concepts « qui relient une personne à son environnement ».  

Certes, force est de constater que la plupart des artistes convoqués dans cette présentation livrent une interprétation de la carte d’Israël reflétant grosso modo le point de vue classique de la gauche israélienne. Sans surprise, on trouvera par exemple, une célèbre affiche de David Tartakover, intitulée « Eretz Nehederet » (2004) (ou wonderful country, qui est aussi le nom du show satirique télé le plus populaire du pays), située à la jonction de l’utopie et de l’ironie. Un autre travail signé Tartakover et datant de 2005 représente le visage de Théodore Herzl, flanqué d’une tache rouge (de l’occupation) ayant la forme de la Judée-Samarie.

De son côté, l’artiste d’origine russe, Zoya Cherkassky, qui fait l’objet d’une exposition solo au Musée d’Israël de Jérusalem, a choisi de représenter la « situation » au travers d’une sculpture de 2013 composée de trois objets : d’un côté, l’Etat d’Israël en rouge et de l’autre, la Judée Samarie et les hauteurs du Golan en vert.

 Une relation à l’espace sujette aux changements

Quelques artistes, à l’inverse, tendent à ignorer l’existence de la fameuse Ligne verte tracée sur la carte du pays en 1948. Car la commissaire d’exposition a également cherché à relayer d’autres sensibilités. « Je voulais montrer une variété de langages »,  souligne encore Batia Donner, tout en reconnaissant qu’il lui a été plus difficile de trouver des artistes de droite qui se soient intéressés au sujet des cartes. 

Parmi eux figure Avner Bar Hama, dont le travail composé d’un assemblement d’oranges, « Carte orange : aujourd’hui Gush Katif, demain Jaffa », reprend en mode majeur la couleur qui a symbolisé l’opposition au désengagement israélien - l’évacuation des colonies juives de la bande de Gaza en 2005.

L’artiste Galit Levy a pour sa part conçu la robe de la candidate israélienne pour le concours « Miss Univers » de l’année 2002, ornée d’une carte représentant le Grand Israël, et arborant dans le dos, un drapeau israélien.

D’évidence, tout au long du parcours, le visiteur comprend qu’il ne peut rien prendre au premier degré. « La carte géographique localise un lieu et explique comment y arriver », explique le texte d’introduction à l’exposition. « Mais le niveau métaphorique, illustré par les expressions "être sur la carte" ou "être rayé de la carte", fait référence à une relation à l’espace dynamique, perpétuellement sujette à des changements. Les cartes comme les mythes cessent d’être pertinents et deviennent des artefacts historiques lorsque leur narratif, forgé par les codes de la société, ne sert plus cette société ».

Certaines réalités à la fois médiatiques et ordinaires du paysage israélien émaillent la visite, qu’il s’agisse des implantations juives de Cisjordanie ou des « Checkpoints », revisités par les artistes. Mais au final, l’effet produit par cet assemblage de cartes identitaires est tel que le tout l’emporte sur les parties.

* Parmi lesquels Michael Sgan-Cohen, David Reeb, Micha Ullman, David Tartakover, Tsibi Geva, Gal Weinstein, Efrat Natan, Deganit Berest, Farid Abu Shakra, Zoya Cherkassky, Sharif Waked, Ariane Littman, etc. 


 
 

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