Israël

Levée de bouclier contre le projet de Code d'éthique pour les universités

Lundi 12 juin 2017 par Nathalie Hamou

Promu par le ministre de l’Education, Naftali Bennett, ce projet interdirait aux universitaires d’exprimer leurs opinions politiques. Ses détracteurs dénoncent plus généralement un tir croisé de la droite pour affaiblir les voix d’opposition.

Asa Kasher était déjà l'auteur du Code d'éthique pour l'armée israélienne

Le gouvernement Netanyahou a-t-il déclaré la guerre au monde de l’académie ? La récente publication d’un projet de code d’éthique qui viserait à interdire aux universitaires israéliens d’exprimer leurs opinions politiques a en tout cas provoqué une véritable levée de boucliers. Promu par le ministre de l’Education, Naftali Bennett (du parti de la droite nationaliste religieuse « Foyer juif »), ce document de 13 pages, rédigé par le professeur de philosophie Asa Kasher (de l’Université de Tel-Aviv), par ailleurs auteur du code d’éthique de l’armée israélienne, doit encore recevoir l’aval du Conseil de l’Education supérieur avant d’entrer en vigueur. Il n’empêche.

Ce texte qui propose de bannir « toute activité politique » des amphithéâtres, y compris « le fait d’exprimer un point de vue spécifique sur une querelle de notoriété publique », a été critiqué de toutes parts. L’association des directeurs d’universités (VERA) a fermement condamné ledit projet, affirmant « que ce code d’éthique, guidé par des intérêts politiques, sapait de manière fondamentale la liberté académique ».

Cité par les médias israéliens, le politologue Neve Gordon, de l’Université de Ben Gourion, est allé encore plus loin en déclarant : « Vous ne nous réduirez pas au silence, et l’on continuera à parler de politique en cours. Kasher et Bennett veulent transformer les étudiants en espions qui surveilleraient tout ce que disent les conférenciers ». Tandis que Yuval Noah Harari, auteur du best-seller Sapiens, a confié sur les ondes de Galei Tsahal, qu’il était impossible d’enseigner l’histoire sans aborder des sujets politiques. Le prix Nobel d’économie Robert Aumann, lui aussi interrogé par la radio militaire, a fait partie des rares défenseurs de la mesure, estimant que « le monde académique est très unilatéral. Il n’y a que des gens de gauche », a-t-il fait valoir. 

Des voix minoritaires « essentielles »

Les réactions ont toutefois largement dépassé la sphère universitaire. La députée de la liste « Union sioniste », Tzipi Livni, a ainsi qualifié le projet de « document contraire à l’éthique convenant davantage aux régimes obscurantistes ». Quant au président de l’Etat hébreu, Reuven Rivlin, il l’a également critiqué à mots couverts, en soulignant que « les voix minoritaires sont essentielles à la recherche scientifique, à l’art, aux sciences humaines et sociales ».

Pour sa défense, Asa Kasher a fait remarquer que l’Association américaine des professeurs d’université disposait aussi d’un code d’éthique. Sauf que, relèvent les détracteurs du projet, ce code a été mis en place par les membres de cette organisation et qu’il n’est donc pas imposé par le Département américain de l’Education. Plus généralement, les pourfendeurs du code d’éthique, qui reprochent à son auteur de subir l’influence de l’ONG de droite Im Tirtzu, voient dans ce texte une énième tentative de la droite israélienne de faire taire les voix d’opposition et d’affaiblir les garde-fous de la démocratie.

Récemment, plusieurs initiatives gouvernementales ont menacé de limiter le financement étranger des associations pour les droits de l’homme, interdit d’entrée du pays à tout visiteur se déclarant favorable au boycott d’Israël ou de ses colonies de Cisjordanie, sans parler de la « guerre culturelle » menée par la ministre Miri Regev pour réserver les subsides publics aux créations en ligne avec sa moralité.

D’autres observateurs font valoir que cette proposition de code d’éthique n’est pas la bonne réponse… à un vrai problème. « Le phénomène est connu : certains départements sont devenus des clubs exclusifs, qui ne recrutent que dans les rangs de la gauche radicale », estime ainsi l’éditorialiste Ben-Dror Yemini, dans les colonnes du Yediot Aharonot. Pour autant, conclut-il, « le problème n’est pas de faire taire les gens, mais de permettre une pensée critique au travers d’une présentation d’approches large et diversifiée ». 


 
 

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