Ces non-Juifs qui font Israël

Karam Mashour, un prodige du basket venu de Nazareth

Mardi 4 juillet 2017 par Nathalie Hamou
Publié dans Regards n°865 (1005)

Le meneur du club Bnei Herzliya est le seul joueur arabe de l’élite israélienne du basket. Un fait d’autant plus remarquable que ce sport reste peu populaire dans la communauté arabe du pays.

 

« Je ne représente personne d’autre que le (club) Bnei Herzliya. Dans le basket, il n’y a pas de religion. On joue juste un match. Je ne me soucie de rien d’autre ». Voilà ce que répond Karam Mashour à tous ceux qui l’interrogent sur son appartenance ethnique. Et pourtant, ce natif de Nazareth, âgé de 25 ans, ne cesse d’étonner. Seul joueur arabe parmi les effectifs actuels de la Ligue israélienne de basket-ball (première division), il vient d’accéder au rang de premier capitaine arabe de la « Ligat Winner », à la tête du Bnei Herzliya, cinquième du classement. 

Annoncée le 1er mars dernier, la nouvelle n’a pas seulement intéressé les adeptes de la discipline. Car l’histoire de Karam Mashour, qui s’est récemment étalée dans les colonnes du New York Times, est atypique à plus d’un titre. Certes, le cas du jeune prodige de Galilée n’est pas unique dans l’histoire du basket israélien. Le premier Arabe d’Israël à avoir évolué en « Ligat Winner » était Nizhar Dahi qui a joué pour le Maccabi Netanya lors de la saison 1987-1988. Et depuis, trois autres joueurs arabes israéliens ont foulé le parquet de la première division.

Mais de toute évidence, ce sport reste peu populaire dans cette communauté, qui forme 20% de la population nationale. « Environ 10% des 35.000 joueurs enregistrés en Israël sont d’origine arabe, des femmes et des enfants en majorité », confirme Hagay Segal, un porte-parole de l’Association israélienne de basket. « Cela ne fait tout simplement

pas partie de notre culture, à l’inverse du football », précise encore au New York Times Fadi Mustafa, qui produit la seule émission en arabe dédiée au ballon rond sur la télévision israélienne.

De fait, ce n’est qu’à l’âge de 13 ans que Karam Mashour découvre l’univers du basket, lorsque son frère Saher lui montre sur YouTube des vidéos des stars de la NBA, à commencer par Michael Jordan. Il commence par visionner des matches de basket sur Internet, avant de s’entraîner sur un terrain improvisé, près de son domicile. Et pour cause : dans le secteur arabe, les terrains de basket-ball sont rarissimes. A l’âge de 18 ans et du haut de son 1m98, Karam Mashour, suivant le conseil de son oncle qui réside à Las Vegas, décide de tester ses talents sportifs aux Etats-Unis.

Pari gagné, puisqu’il décroche une bourse d’études à l’Université du Nevada – Las Vegas en échange de sa participation à l’équipe UNLV. Après un passage à l’Université d’Etat Morehead (Kentucky), il rentre au pays à l’été 2016 pour revêtir le maillot du Bnei Herzliya. Une récente rumeur du quotidien Maariv, vite démentie, le donnait comme prochaine recrue du légendaire club Maccabi Tel-Aviv. Un transfert dont il n’a pas forcément besoin pour se forger une aura de champion…

Une certitude : l’ascension de Karam Mashour est de nature à inspirer ses coreligionnaires. « Le football est tellement central chez nous. Quand ma famille vient me voir jouer, je l’entends dire : Karam a marqué un but ce soir ! », confie non sans humour l’intéressé. « Mais peut-être que mon parcours ouvrira des portes. J’aimerais voir plus de gens s’intéresser au basket-ball ». 


 
 

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