États-Unis

Le « Juif le plus riche du monde » parviendra-t-il à acheter la Maison Blanche ?

Mardi 12 mai 2015 par O.W.

L’argent suffit-il pour faire élire le prochain président des États-Unis ? Depuis 2010, c’est devenu possible. Et nombre de milliardaires ne se privent pas d’essayer.

Sh. Adelson : 100 millions $ pour battre B. Obama

Beaucoup surnomment Sheldon Adelson  « le Juif le plus riche du monde ». Il laisse dire même s’il sait que c’est faux. Selon le magazine Forbes qui classe tout et n’importe quoi, l’heureux détenteur de ce titre est depuis des années, Larry Ellison, co- fondateur d’Oracle Corporation.

Avec ses 48 milliards $ (1$ = 0,9 €), ce bon Larry était aussi en 2014  la 5ème fortune mondiale. Ceci dit, Sh. Adelson, qui s’est enrichi dans les casinos, n’est pas non plus un Juif tout à fait pauvre.

Il est classé 2ème ou 3ème en alternance avec l’ex maire de New-York, Michaël Bloomberg (14ème mondial). Cette fois, il est en 3ème position et 18ème mondial. Mais peu importe : de toute manière, Adelson « pèse » environ 33 milliards $, ce qui permet de voir venir.

 En diaspora comme en Israël, Sh. Adelson, 82 ans et encore beaucoup de dents, est surtout connu comme un ami et partisan de B. Netanyahou. Durant la dernière campagne électorale, il a ainsi mis à sa disposition  son « Israël Hayom » (Israël aujourd’hui), le 1er quotidien (gratuit) du pays.

Mais avoir mis un homme « à lui » à la tête de l’État juif ne suffit pas à Adelson. Il veut aussi en avoir un à la Maison Blanche. Un qui partage ses idées politiques, légèrement à droite de Gengis Khan et qui soutienne bien sûr l’ultra-droite israélienne.

Mais les dollars permettent-ils vraiment de faire élire le président des États-Unis de son choix ? Jusqu’en 2010, on aurait répondu « non ». Même si, comme partout, les dollars ont toujours joué un rôle non négligeable dans les élections américaines.

Même si leur rôle s’est encore accru avec la multiplication des spots télévisés, positifs ou négatifs, dans les années 1970. Et s’il faut être de plus en plus riche pour devenir Président, Sénateur et même simple Représentant (député).

Ou il faut avoir des « amis » qui le sont, ce qui revient au même. Mais, depuis des décennies aussi, on tentait de contrôler le financement de ces campagnes. Par exemple, en régulant les dons aux PAC, ces « Comités d’Action Politique » par où transite l’argent des candidats.

Une personne ou une société ne pouvait pas leur verser plus de 5.000 $ par élection (et 15 000 par parti). Mais en 2010, la Cour suprême, dans sa sagesse, a décidé, au nom de la  liberté d'expression, de supprimer ces plafonds. Avec une seule et très théorique restriction :

Ces « Super PAC » ne devaient avoir de contacts avec le candidat qu’ils soutenaient. Ce qui est, bien entendu impossible à vérifier. Du coup, oui, il devient possible d’acheter des Gouverneurs, des Représentants, des Sénateurs et, oui, le Président des États-Unis.

Ou, en tous cas, d’essayer très fort. C’est un véritable tsunami d’argent qui se déverse depuis lors sur les Super PAC à chaque élection. Ainsi, pour les mid-term* de 2010, ceux-ci ont reçu et investi près de 500 millions sur les 2,6 milliards $ dépensés.

« Un Juif, sorti tout droit des Protocoles des Sages de Sion »

Lors des présidentielles de 2012, les partis ont dépensé 2,7 milliards $, le double de 2008. A lui seul, Sh. Adelson, qui déteste Obama, pas assez pro-Netanyahou à son goût, a sorti  près de 100 millions pour le faire battre. Il a perdu mais cela ne l’a pas découragé.

Pour les élections de mi-mandat de 2014 (4 milliards $ dépensés, nouveau record)  Adelson et quelques autres milliardaires, ont noyé les Super Pac amis sous un flot de dollars. Avec succès, cette fois : les Républicains qui dominaient déjà la Chambre, ont pris le contrôle du Sénat.

Et c’est un homme à eux, John Boehner,  le président de la Chambre qui a invité, en cachette de la Maison Blanche, B. Netanyahou à prononcer un discours devant le Congrès ce 3 mars, 15 jours avant les élections législatives israéliennes….  

Au tour de la prochaine présidentielle à présent. Même si elle n’aura lieu que le 8 novembre 2016, Adelson s’y est pris bien à l’avance : dès juillet 2014, il a invité –ou plutôt convoqué-  quatre des candidats potentiels républicains dans un de ses hôtels à Las Vegas.

Et ces hommes**, qui étaient gouverneurs ou sénateurs ont obtempéré. Ils sont venus et ont  poliment répondu au questionnaire serré du magnat : que comptaient-ils faire à dans les domaines politique, social ou économique (rien qui fasse de la peine aux riches, n’est-ce pas ?)

Les questions de politique extérieure ont a été expédiée beaucoup plus rapidement : soutenaient-ils la politique de B. Netanyahou  (pas de solutions à deux États, silence sur les colonies, etc.) et allaient-ils enfin déplacer la foutue ambassade des USA de Tel Aviv à Jérusalem ?

Il n’est pas nécessaire de partager les opinions du militants pacifiste Ouri Avneri pour approuver ce qu’il a écrit ***sur les désastreuses conséquences de cette arrogance sur les Américains (et le reste de la planète) :

« Dans le monde mental fou des antisémites, les Juifs dominent le cosmos. Et nous avons ici un Juif, sorti tout droit des pages des Protocoles des Sages de Sion, qui essaie de nommer le dirigeant du pays le plus puissant de la planète ».

Et pourtant, malgré tout cela, Adelson reste encore qu’un petit joueur.  Voyez ces barons de la pétrochimie, les frères David et Charles Koch, par exemple. Eux, ils ont vraiment de l’argent : eux, ils pèsent 80 milliards $ !

Heureusement pour le petit Sheldon, ils partagent les mêmes idées que lui : à l’extrême droite toute ! Dès l’élection de B. Obama en 2008, ils avaient décelé en lui des « tendances marxisantes » et, pour le combattre, ils avaient élaboré une stratégie toute simple :

Prendre le contrôle du « Grand Old Party », le parti républicain. Pour cela, en 2010, ils ont investi 40 millions $ pour faire élire les candidats du Tea Party, anti Obama et anti-État comme eux. Non sans succès.

En 2012, ils ont, comme Adelson, soutenu Mitt Romney, l’adversaire de B. Obama sauf qu’ils ont investi quatre fois plus que lui (390 millions $, autre record). Perdu. Victoire par contre, en 2014, grâce aux 290 millions misés sur des candidats «acceptables»

Les frères Koch attendent 2016 avec confiance : ils comptent financer les Super Pac à hauteur de 900 millions $.  Un nouveau  record pour une élection dont le budget le sera tout autant : il va grimper à 5 milliard, le double de 2012.

Une stratégie sans risque : si leur candidat l’emporte, c’est parfait. S’il perd, « leur » Tea Party uni à la droite chrétienne, continuera à dominer le parti républicain. C’en est  au point que certains craignent que celui-ci  devienne une simple succursale de l’empire Koch.

Une précision pour conclure, qui risque de grandement décevoir les tenants des complots mondiaux : en dépit de  leur nom, les frères Koch ne sont pas Juifs. Ils n’ont jamais mis les pieds ans une synagogue et ils s’intéressent à Israël comme à leur 1ère pollution pétrolière.

Hélas, « personne n’est parfait » comme disait Osgood Fielding, cet autre sympathique milliardaire,

*Mid term : élections législatives de mi-mandat présentiel. Il s’agit de d’élire la totalité des Représentants et 1/3 du Sénat

** Chris Christie, Scott Walker, Jeb Bush, John Kasich. En définitive, Sh. Adelson leur  a préféré Marco Rubio, le sénateur de Floride, plus pro-Netanyahou que bien des Likoudniks

*** http://www.france-palestine.org/Le-monstre-de-la-colline

 


 
 

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