Cinéma

"The Wedding Plan" de Rama Burshtein

Mardi 5 décembre 2017 par Florence Lopes Cardozo
Publié dans Regards n°873 (1013)

Voilà un souffle de vie qui nous emmène loin et près à la fois. Loin dans une famille orthodoxe de Jérusalem, proche des désirs les plus purs de chacun. Sensible et prenant, le film suit Mihal comme son ombre, entre traditions et sentiments, effondrement et reconstruction, espoir et fragilité. L’actrice Noa Koler y brille de mille feux.

 

Michal porte en elle l’énergie de la vie qu’elle accueille chaque jour avec le sourire et une sérénité longuement attendue. Elle a enfin trouvé l’élu de son cœur. A 32 ans, après onze années de quête, la jeune femme juive orthodoxe touche à l’accomplissement suprême : se marier, être aimée, aimer, donner, recevoir, partager, fonder une famille. Alors que son fiancé et elle sont à la table de dégustation pour choisir les mets du mariage, le couperet tombe. Yos lui avoue, aux forceps, qu’il ne l’aime pas. Abasourdie, Michal décide néanmoins de maintenir la date du mariage, la fête et le toutim : basta le célibat. Comme prévu, elle se mariera le huitième soir de Hanoucca - fête riche en symboles, des lumières qui éclairent les ténèbres au miracle même de cette illumination.

Si la jeune femme perd pied, elle ne perd pas la tête. Sous le regard ahuri de son entourage, elle se met au défi de trouver un conjoint dans les 30 jours, consulte les auspices et resollicite les services de marieuses locales. Equilibrée, un poil originale, à la recherche de sens et d’amour, elle fait face à des tordus coiffés de shtreimels, des pervers à paillotes, des sourires énigmatiques sous la kippa, bref la crème des « blind dates » dans tous les sens du terme. Elle n’est, au cours de ses pérégrinations, épargnée ni par la déception ni par la trahison. Son visage ouvert et souriant masque ses nerfs mis à vif : « Aujourd’hui, il me semble que ce dont nous manquons vraiment, c’est d’espoir. C’est comme si le désespoir nous attrapait chaque matin. Même lorsque nous sommes aimés, il peut nous arriver de nous sentir désespérés. Et ce balancier entre l’espoir et le désespoir, nous devons réellement nous y habituer, car c’est devenu notre quotidien. C’est ce que j’ai voulu dire : trouver l’espoir quand il semble qu’il n’y en a plus aucun », développe la réalisatrice Rama Burshtein. « La comédie romantique est le genre idéal pour retranscrire le manque d’espoir, car les sentiments y sont exacerbés et les situations amplifiées. Je désirais montrer que, parfois, les hauts et les bas sont si proches que vous pouvez être aux deux extrêmes au même moment », précise-t-elle.

Du singulier à l’universel

Alors que l’univers orthodoxe semble orchestrer la vie de la communauté comme du papier à musique, on découvre les attentes, les failles et fragilité de ses membres, avant tout humains. Rama Burshtein filme, par ailleurs, une scène extrêmement touchante lorsque Mihal, en larmes, s’avoue ne pas sentir la présence de Dieu, en dépit de l’observance de tous les préceptes de la religion. La sincérité et la fraîcheur de ce personnage hors norme bouleversent et reflètent nos espoirs, fragilités et besoins à tous au-delà de nos différences : « C’est l’envie de parler au plus grand nombre qui guide mon écriture, car les spectateurs ne sont pas une communauté religieuse. Mes films bénéficient de sorties internationales et mon public se rencontre aux quatre coins du globe. Je suis convaincue qu’au final, beaucoup de questions sont communes à tous les êtres humains. Comme Michal, chacun cherche son âme sœur et tente de rester courageux dans cette quête. Peu importe qui vous êtes, où vous vivez, ce sont des questions qui parlent à chacun d’entre nous », conclut -et ouvre- la réalisatrice.  

Bio express

Née à New York en 1967 au sein d’une famille juive laïque, Rama Burshtein grandit en Israël. Sitôt après avoir obtenu son diplôme de la « Sam Spiegel Film and Television School » de Jérusalem, cette inconditionnelle de Quentin Tarantino décide de rejoindre l’ultra-orthodoxie juive. Mariée, elle promeut le cinéma comme outil d’expression personnelle dans la communauté orthodoxe et enseigne dans différentes écoles d’audiovisuel. C’est l’envie de faire parler sa communauté qui la pousse à revenir après 15 ans à la réalisation : Fill the Void (2012) est ovationné par la critique internationale, primé en Israël (7 Ophir) et son actrice principale, Hadas Yarona, récompensée par la Coupe Volpi. Quant à The Wedding Plan, présenté aux festivals de Venise et de Telluride, il reçoit trois Ophir dont celui de la meilleure actrice pour Noa Koler. Les deux films sont tous deux classés n°1 au box-office israélien l’année de leur sortie.

"The Wedding Plan" un film de Rama Burshtein

Avec Noa Koler, Amos Tamam, Oz Zehavi

V.O. hébreu ss-t FR/NL

Durée 1h50 - Sortie le 27 décembre 2017

Pour voir la bande-annonce


 
 

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