Nouvelle génération

Tsillia Finn "Le judaïsme m'a apporté une philosophie de vie"

Vendredi 1 Février 2019 par Géraldine Kamps
Publié dans Regards n°1037

Les 22 et 23 février 2019, l’asbl Flagey proposera la seconde édition de son Festival « La religion dans la Cité », consacré cette année à la thématique « Corps et religion ». Un projet auquel Tsillia Finn, passionnée par les questions identitaires et bientôt diplômée d’un master en Sciences des religions et laïcité à l’ULB, collabore activement.

Dans quelques mois, Tsillia Finn présentera son mémoire de fin d’études qu’elle a choisi de consacrer à l’identité des femmes juives hassidiques anversoises. Parce que les questions de corporalité l’ont toujours touchée. Le Festival Flagey, elle confie l’avoir rejoint un peu par hasard. A moins qu’il n’y ait pas de hasards…

Tsillia est née en 1994, à Bruxelles, aînée d’une fratrie de trois enfants. Après avoir fréquenté la crèche Nitzanim-Rachel Kemp au CCLJ et l’école Beth Aviv, elle poursuit ses études au lycée Dachsbeck, ne souhaitant pas continuer son parcours dans une école juive, « même si celle-ci m’a permis de me sentir appartenir à une communauté », admet-elle. La rupture sera « douloureuse » pour celle qui veut garder ses amis sans pour autant les suivre. Mais Tsillia se retrouve vite confortée dans ses choix, faisant de nouvelles rencontres, de toutes cultures et origines. « Pour cela, je me suis vue moquer par mes amis juifs », se souvient-elle. « J’ai ressenti un certain racisme par rapport à des personnes qu’ils n’avaient pourtant jamais côtoyées ». Ce sont ces rencontres qui lui donneront l’envie de s’intéresser plus encore aux autres, réalisant « la richesse que peut apporter le fait de fréquenter des gens de tous milieux et situations familiales ». Déjà intéressée par les questions de religion, Tsillia aime s’entretenir avec des amis qui partagent d'autres convictions, mais les mêmes interrogations : qu’est-ce qu’un croyant aujourd’hui à Bruxelles en 2019 ? « Nous sommes allés dans la même école laïque, et même si nous abordons la vie de façon différente, que l’on croie en Dieu ou non, nous sommes des jeunes qui nous posons les mêmes questions : a-t-on le droit de fumer ? De boire ? D’avoir des tatouages ? De faire l’amour avant le mariage ? Jusqu’à quel point je suis maitre de mes propres choix ? Que ce soit la société, la famille, les médias… il y a toujours quelque chose au-dessus de nous qui nous pousse à faire ce que nous faisons », estime Tsillia.

Elevée dans une famille de musiciens, ayant elle-même joué du piano pendant 14 ans, Tsillia prend conscience de sa chance d’avoir grandi auprès de parents « unis, respectueux l’un de l’autre, avec des rôles très partagés. Un couple qui essaie toujours de se tirer vers le haut mutuellement, forcément cela vous inspire », sourit-elle. Un équilibre qu’elle avait déjà apprécié en devenant bat-mitzva, à la synagogue Beth Hillel, guidée par les rabbins Albert Dahan et Floriane Chinsky qui l’ont profondément marquée. « Le rabbin Dahan dégageait une vraie aura, il est le Sage dont on parle dans les livres, avec une présence rassurante et une autorité qui vous force à vous poser des questions. Après mon père, c’est lui qui m’a enseigné à ne jamais rien prendre pour acquis. Quant au rabbin Chinsky, je n’étais pas consciente à l’époque de l’importance d’avoir une femme rabbin, et je me suis fait moquer une fois encore au sein de la communauté. C’est aujourd’hui seulement que je trouve les arguments ».

La transmission, dans les deux sens

Après quelques mois d’études vétérinaires à l’ULB -« un rêve de petite fille » qui ne lui correspond plus-, une réorientation la conduit à se lancer dans des études de communication à l’IHECS. Celle qui voulait changer le monde en ressort déçue et clôture son bachelier par une année en relations publiques, avant un Erasmus de six mois au Québec. « Une façon de prendre un peu de distance par rapport à ma vie à Bruxelles », confie celle qui décide en rentrant d’entreprendre un master en Sciences des religions et laïcité à l’ULB. « Ce mémoire est mon plus gros challenge », note Tsillia, impatiente de découvrir le monde des femmes juives hassidiques d’Anvers et une partie de leur intimité, avec notamment la pratique du mikve.

« Je me sens juive, parce que c’est mon histoire et celle de ma famille qui a dû se convertir pendant la guerre pour échapper aux camps » poursuit la jeune femme. « Le judaïsme m’a apporté une philosophie de vie, en dehors de tout dogmatisme et sans dépendre du fait que je sois ou non sioniste. Je me sens très bien comme Juive en Belgique. Je pense que ma manière moderne et en aucun cas politique de le concevoir peut intéresser n’importe quel jeune… ». Avec cette idée de transmission que Tsillia considère essentielle. Raison pour laquelle elle compte sur la participation des écoles au Festival Flagey. « Les discours intelligents n’ont pas de sens s’ils restent cloîtrés dans le milieu académique » estime-t-elle. « Ils doivent être remis à jour avec la réalité de terrain vécue par les jeunes. La transmission va dans les deux sens et permet la seule vraie discussion. Nous sommes à une époque où beaucoup de jeunes ne croient plus en rien et sont en quête de repères. Je le ressens déjà avec ma génération, mais plus encore avec la suivante. Il suffit parfois juste d’aborder les choses de la bonne manière ».


 
 

Ajouter un commentaire

http://www.respectzone.org/fr/