Au CCLJ

Thomas Gunzig "La vie sauvage"

Mercredi 1 novembre 2017 par Géraldine Kamps
Publié dans Regards n°871 (1011)

Le mercredi 8 novembre 2017 à 20h, Thomas Gunzig sera au CCLJ pour nous parler de son dernier roman La vie sauvage (éd. Au diable vauvert), Prix Filigranes 2017. Une critique virulente de notre société à travers l’histoire d’amour de Charles, rescapé d’un accident d’avion en Afrique et renvoyé, malgré lui, en Belgique. Drôle, incisif et interpellant.

Thomas Gunzig

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    Quand on apprend à connaitre Charles, votre héros, qui capte instantanément toutes les failles de l’humain et les dérives de la société, on se demande comme l’auteur qui l’a créé peut vivre sereinement dans le monde actuel. Quelle est la part de Charles dans Thomas ?

    Charles est un personnage de fiction. En tant que personnage de fiction, il ne me ressemble pas du tout. Mais, comme le font, je crois, tous les auteurs, lorsqu’il s’agit d’élaborer et de faire agir un personnage, on « l’interprète » comme pourrait le faire un comédien. On rentre en lui ou on le laisse rentrer en soi et, en faisant ça, on rentre en échos avec ses émotions. Par conséquent, la colère que Charles nourrit à l’égard du monde est bien plus intense que la mienne.

    Au-delà des dérives de notre société, peut-on résumer La vie sauvage à une histoire de solitudes dans un monde curieusement ultra-connecté ?

    J’espère que non… L’idée de solitude est présente, mais pas centrale et j’espère ne pas avoir cédé au cliché « monde connecté/solitude ». Les personnages adultes sont, en effet, solitaires et perdus dans un monde qu’ils croient connaitre, mais qu’ils ne décryptent qu’à l’aide d’a priori un peu simplistes. Les adolescents, eux, par contre, sont bel et bien ultra connectés, mais ils ne sont pas solitaires. Charles découvre, au contraire, qu’il y a chez eux des valeurs assez positives d’engagement, de solidarité, d’entraide, d’amitié… 

    L’évolution de la société vous fait-elle peur ?

    C’est une question large, mais disons qu’il y a des tendances vraiment inquiétantes (montées de nationalismes, des radicalismes en tous genres, d’un capitalisme aveugle, de danger écologique, etc.) qui s’opposent à des tendances plus positives. On ne sait pas du tout ce qui va en ressortir… Je ne crois pas que j’ai peur… Peut-être ai-je une légère inquiétude où se mêle aussi pas mal de curiosité.

    On ne peut pas ne pas penser en lisant votre livre au sort réservé chez nous aux réfugiés. « C’est encore pire ici... » Une façon pour vous de dénoncer la réaction de nos pays occidentaux et le comportement de ceux qui croient bien faire ?

    Je n’avais pas ça en tête quand j’ai commencé ce roman. Je l’ai d’ailleurs commencé bien avant la « crise migratoire ». De toute façon, je crois que pour réussir un roman, il faut rentrer dedans sans idéologie, sans volonté de démontrer quoi que ce soit. Avec pour seul souci, celui de faire une bonne histoire avec de bons personnages. Les romans idéologiques sont comme des mannequins en plastique, ils n’ont rien de vivant.

    La culture -la littérature- reste-t-elle le seul moyen de s’en sortir ?

    Hélas non, si la culture ou la littérature pouvait « sauver le monde », ça serait fait depuis longtemps. Mais la culture et la littérature aident à surmonter la difficulté de vivre en nous reliant aux émotions et aux expériences des autres. Elles nous sortent de l’isolement, elles nous aident à comprendre ce que signifie le fait d’être humain. 

    A-t-on besoin de personnalités comme la psychanalyste juive allemande Edith Jacobson, que vous évoquez, pour changer le cours de l’histoire ?

    Le cours de l’histoire est changé par beaucoup de choses : des petits et des grands évènements, des petites et des grandes lâchetés. Des actes épouvantables et des actes merveilleux. Si le courage de Jacobson est exemplaire et s’il a pu aider ou même sauver quelques personnes, cela ne change jamais le cours du monde. En ce sens, j’aime bien la phrase de Shakespeare :La vie n’est qu’une ombre qui passe, un pauvre acteur qui se pavane et s’agite durant son heure sur la scène et qu’ensuite, on n’entend plus. C’est une histoire dite par un idiot, pleine de bruit et de fureur, et qui ne signifie rien" .


     
     

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