Retour sur le voyage du CCLJ

Sur les traces du judaïsme allemand

Mardi 3 juillet 2018 par Georges Ingber
Publié dans Regards n°886 (1026)

Ils étaient une trentaine à faire partie du voyage proposé par le CCLJ du 23 au 30 mai dernier pour (re)découvrir le judaïsme allemand. Un voyage culturel hors du commun, de l’avis de Georges Ingber, qui nous en raconte les moments forts.

 

L’histoire du monde est un tissu complexe de fils entremêlés qui se font et se défont constamment. Certains d’entre eux s’interrompent, disparaissent ou reparaissent de manière inattendue, sans pour autant cesser de faire partie de l’ensemble. C’est ce que j’ai pu constater une nouvelle fois au cours du voyage annuel du CCLJ qui a mené fin mai un groupe de quelque 33 Belges et Français de Berlin à Wroclaw (Breslau) en Pologne, en passant par Dresde.

Précisons d’emblée qu’il ne s’agissait pas d’illustrer le très riche apport du monde juif à la vie économique et culturelle de l’Allemagne et de la Pologne, amplement démontré et connu, mais de reconstituer la trame juive de cette longue histoire commune. Pour ce faire, il fallait un fin connaisseur : ce fut André Kosmicki, organisateur et passionnant chroniqueur de ce voyage à travers le temps et l’espace, à la redécouverte du passé et du présent des communautés concernées.

Armé de sa profonde connaissance de l’histoire générale, dynastique et politique agitée de ces territoires, il ne s’est pas contenté de nous faire découvrir les vestiges de leur présence (synagogues, cimetières, immeubles à vocation commerciale ou ayant servi de siège à des fondations charitables). Il a reconstitué pendant nos déplacements la fresque dans laquelle s’est inscrit le destin de ces communautés, en procédant à des rapprochements inattendus et éclairants entre des faits sans rapport apparent ou évident les uns avec les autres. Si chacun peut en avoir une certaine connaissance, on ne les situe pas toujours dans leur contexte historique adéquat.

On retiendra parmi les temps forts de ce voyage : la découverte de la ville de Potsdam, résidence royale, son impressionnante richesse architecturale et son quartier hollandais notamment ; la villa sur le lac de Wannsee qui abrita la réunion entre hauts responsables du Reich, au cours de laquelle fut décidée en quelques heures la destruction du judaïsme européen. Nom de code : Endlösung (Solution finale) ; l’influence considérable exercée par les huguenots* sur l’architecture et la culture de Berlin, encore très visible aujourd’hui ; ou encore ces cinq concerts de haut niveau en une semaine** !

En route vers la Pologne, nous avons pu découvrir, au cœur de la ville de Cottbus, une étonnante église huguenote (protestants français réfugiés en Allemagne), offerte à la communauté juive et devenue la synagogue des réfugiés juifs de l’ex-Union Soviétique. Caractéristique qui rapproche ces deux communautés : leur persécution…

Mentionnons encore un Kabbalat Shabbat avec la communauté de la synagogue « A la Cigogne Blanche » (Zum Weissen Storch) à Wroclaw et la visite guidée du cimetière juif (19e siècle), mais aussi la découverte de la Dresde baroque, entièrement reconstruite après sa destruction presque totale sous les bombes alliées, la visite du Musée juif à Berlin, avec sa remarquable exposition temporaire « Jerusalem in Berlin », et du Mémorial aux Juifs assassinés d’Europe, à quelques encablures de l’emblématique porte de Brandebourg. Dans les villes visitées, nous avons admiré les beaux immeubles construits par les familles juives aisées pour y résider ou abriter leurs activités économiques ou charitables, témoignant de leur style de vie, et qui marquent encore le contexte urbain.

Nous ne pouvons conclure sans évoquer l’ambiance excellente au sein du groupe, ce qui a grandement contribué à la réussite de ce beau voyage. On en redemande !

* Protestants français réfugiés en Allemagne après la révocation par Louis XIV de l’édit de Nantes en 1685.

** « Nabucco » de Verdi à l’Opéra national allemand à Berlin ; un récital de musique klezmer à Wroclaw interprété par de talentueux jeunes musiciens venus tout exprès de Lviv (Lemberg). Dans le cadre du Festival de Musique de Dresde, soirée Schumann et Brahms avec Philippe Herreweghe, l’Orchestre des Champs-Elysées et Alexandre Lonquich, piano, suivie d’une autre consacrée au thème « Guerre et Paix - Harmonie par la musique » dans les arias de Haendel et Purcell notamment, avec Joyce DiDonato, éblouissante mezzo-soprano américaine et l’ensemble baroque italien Il Pomo d’Oro ; concert de midi consacré au lied allemand à la Philharmonie de Berlin lors de notre dernière journée complète dans cette ville.


 
 

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