Exposition

Stéphane Mandelbaum au Musée juif de Belgique

Mardi 2 juillet 2019 par Roland Baumann
Publié dans Regards n°1047

Organisée par le Centre Pompidou, la nouvelle et captivante exposition temporaire du Musée juif de Belgique (MJB) con-sacrée à Stéphane Mandelbaum nous confronte aux « démons intérieurs » du jeune artiste néo-expressionniste, mort à 25 ans et que certains comparent à Otto Dix et Georg Grosz, tandis que d’autres n’hésitent pas à le qualifier de « Basquiat belge ».

 

Mettant en valeur comme il se doit la biographie tragique de cet artiste « sulfureux », l’exposition du Musée juif s’intéresse avant tout à son travail et aux liens que Stéphane Mandelbaum tisse entre fiction et réalité dans son œuvre. Œuvre unique, iconoclaste et provocatrice, dans laquelle l’art et la vie de l’auteur sont indissociables. Une centaine d’œuvres, en majorité des dessins, constituent un imaginaire saisissant dont la monumentalité s’impose au visiteur. Un entre fiction et réalité : autoportraits, portraits d’amis et de proches, de poètes, peintres et cinéastes, mais aussi de putains, de malfrats... et de nazis...

Fils d’Arié Mandelbaum, juif polonais, peintre et professeur d’art, et de l’artiste arménienne Pili, Stéphane Mandelbaum est assassiné en décembre 1986, après avoir participé au cambriolage d’un faux Modgliani. Enfant dyslexique, il manifeste sa passion du dessin dès ses études au Snark, école alternative de Charleroi. Formé à l’Académie de Boitsfort, puis à l’Ecole des Arts d’Uccle, il cultive aussi ses racines juives, fait du yiddish… et de la boxe. Dès 1980, il se lance dans la vie d’artiste, participe à des expositions... Vite reconnu pour son talent exceptionnel de dessinateur, il produit une œuvre importante dans laquelle thèmes violents et imaginaires se trouvent étroitement associés à son propre vécu.

Rimbaud, Bacon, ses inspirations

Dans ces mythologies personnelles, Stéphane Mandelbaum s’identifie à de grands artistes scandaleux et transgressifs tels Rimbaud, Francis Bacon et Pasolini. Il est hanté par la figure obscure de Pierre Goldman, dont l’autobiographie Souvenirs obscurs d'un Juif polonais né en France (1975) exprime la radicalisation de jeunes Juifs, souvent nés de parents communistes et qui, « Après Mai », se fascinent pour l’imaginaire révolutionnaire de l’action directe et de la voie des armes. Mais ce sont aussi les voyous et la pègre qui inspirent le jeune artiste en révolte lorsqu’il réalise des portraits de prostituées, de souteneurs ou de gangsters noirs rencontrés dans les bars africains d’Ixelles. On trouve aussi dans son œuvre l’influence des maîtres de l’estampe japonaise, Utamaro et Hokusai auxquels ils s’intéresse après avoir vu le film d’Oshima L’Empire des sens (1976).

Ses portraits de nazis (Goebbels, Himmler, Röhm…) peuvent surprendre, de même que l’association entre pornographie et mémoire de la Shoah, mais elle peut s’expliquer par l’exploitation voyeuriste et sensationnaliste dont sont l’objet l’univers concentrationnaire et l’imagerie dans la culture populaire occidentale dès les années de l’après-guerre, y compris en Israël (ex. romans de Ka-Tzetnik) ainsi que plus directement par l’impact du film Portier de nuit (1974, Liliana Cavani). La violence graphique des œuvres de Mandelbaum, en particulier ses portraits de nazis ou ces dessins dont le contenu sexuel explicite s’inspire de photos de magazines de sexe, s’accorde bien à la sobriété de la scénographie, dans les salles vétustes du « Nouvel Espace Contemporain » (NEC) du MJB.

Le dossier de presse de l’exposition annonce pour 2021 le début des travaux qui transformeront radicalement le musée, faisant disparaître cette architecture ancienne qui remonte à la Belle Epoque et abritait à l’origine l’école allemande de Bruxelles.

Le MJB accueille également une exposition du Centre de la culture judéo-marocaine sur les Juifs au Maroc. Privilégiant les relations de cohabitation harmonieuse entre Juifs et musulmans, cette exposition édifiante vise principalement un public scolaire pour mettre en avant le vivre-ensemble.

Stéphane Mandelbaum, à voir jusqu’au 22 septembre 2019 au Musée juif de Belgique, 21 rue des Minimes, 1000 Bruxelles (Ma-Ve 10h-17h, Sa-Di 10h-18h).

Infos www.mjb-jmb.org

 
 

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