Expo

Spirou à Bruxelles sous l'Occupation

Vendredi 1 Février 2019 par Roland Baumann
Publié dans Regards n°1037

Une exposition temporaire au Parlement bruxellois met à l’honneur les aventures de Spirou dans la Seconde Guerre mondiale dessinées par Emile Bravo et rend hommage à Jean Doisy, rédacteur en chef mythique du Journal de Spirou et résistant au nazisme.

 

Plus qu’une nouvelle aventure de Spirou, « le jeune groom espiègle au grand cœur », vénérable icône de la BD franco-belge, L’espoir malgré tout est un roman graphique de 300 pages, dont les quatre albums seront publiés d’ici 2020. La bande dessinée est aujourd’hui un moyen de transmission privilégié de la mémoire historique et, alors que disparaissent les derniers témoins de l’horreur nazie, la tétralogie d’Emile Bravo contribuera certainement à faire découvrir aux jeunes générations la mémoire collective de l’Occupation. C’est en 2008 avec Le Journal d’un ingénu, en principe un one-shot, que ce talentueux dessinateur s’est pris de passion pour l’histoire de la Seconde Guerre mondiale en Belgique et lancé dans ce projet graphique de longue haleine dont le premier album est paru chez Dupuis en octobre dernier.

Réinventant totalement le personnage créé en 1938 par le dessinateur français Robert Velter (alias Rob-Vel), Emile Bravo s’est attaché à créer une BD objective et bien documentée, tout en conférant à son héros le mélange subtil d’innocence, d’humour, mais aussi d’humanisme et de vérité propre au Spirou de Franquin qu’il lisait dans son enfance. Fils de républicain espagnol réfugié en France, Emile Bravo souligne que son enfance baignait dans des souvenirs de guerre. Mais, tout au contraire des films ou BD de guerre d’antan, dans L'espoir malgré tout, l’évocation du conflit mondial ne sert pas de prétexte à un récit héroïque accumulant les exploits guerriers. Face à la barbarie, Spirou ne se laisse pas gagner par la démoralisation ambiante, refuse tout opportunisme et réagit aux tracasseries quotidiennes avec autant de débrouillardise que de conscience solidaire. Les références historiques multiples incitent au travail de mémoire et au dialogue avec ce passé largement oublié du grand public. Ainsi, dans le couple d’artistes juifs allemands rencontré par Spirou, on reconnaîtra d’emblée le peintre Felix Nussbaum et sa femme Felka... De même, le déguisement adopté par Spirou en fuite de la Gestapo évoque le costume du fameux journaliste globe-trotter au Petit Vingtième, dont le célébrissime auteur publia les meilleures aventures dans la presse collaborationniste...

La flamme résistante

L’exposition au parlement bruxellois se poursuit au siège de la Vlaamse Gemeenschapscommissie en annonce de la parution prochaine chez Dupuis de la traduction en néerlandais du premier volume de la tétralogie Robbedoes : Hoop in bange dagen. L’inauguration de l’exposition le 11 février, animée par Christelle Pissavy-Yvernault spécialiste de l’histoire du Journal de Spirou, sera marquée d'un hommage à Jean Doisy (1900-1955), rédacteur en chef mythique du Journal de Spirou et grand résistant. Jean-Georges Evrard, alias Jean Doisy (1900-1955), journaliste à l'hebdomadaire Le Moustique publié chez Dupuis devient en 1938 rédacteur en chef du nouveau Journal de Spirou créé par Charles Dupuis. Fondateur du Club des Amis de Spirou (AdS) dont les dizaines de milliers de membres signaient un « code d’honneur » d’inspiration scout, Doisy se chargeait aussi du rédactionnel du journal (rubriques « Le Fureteur vous dira » et « le coin des lecteurs »). Il fut aussi le créateur de Fantasio (1942) et de Jean Valhardi. Comme la censure nazie avait interdit la publication de Spirou suite au refus d’accepter un administrateur allemand à la direction du journal, Doisy fonda avec André Moons un théâtre itinérant de marionnettes avec Spirou en vedette. Entretenant « la flamme de Spirou », les tournées du théâtre Le Farfadet permirent aussi à des résistants de voyager légalement en Belgique occupée à partir de décembre 1942.

Comme l’évoque Didier Pasamonik dans l’exposition Shoah et BD, en cours au musée Kazerne Dossin, Doisy fut aussi un grand résistant, un « Juste parmi les nations ». Antifasciste et membre de la Ligue belge contre le racisme avant-guerre, il rejoignit la Résistance, participa aux luttes du Comité de Défense des Juifs, associé à Suzanne Moons-Lepetit (« Brigitte »), militante catholique active dans la cache des enfants juifs, ainsi qu’avec Victor Martin, envoyé en Haute-Silésie fin 1942 pour enquêter sur le sort des Juifs déportés de Belgique. Une belle histoire de courage et de résistance bien à l’image de Spirou, « l’espiègle octogénaire » ! 

Exposition à voir du 12 février au 1er mars 2019 (9h30-17h)
- au Parlement bruxellois, Rue du Lombard 69, 1000 Bruxelles
- à l’Assemblée de la Commission communautaire flamande, Rue du Lombard, 61-67 à 1000 Bruxelles.

 
 

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http://www.respectzone.org/fr/
  • Par Jacky - 11/02/2019 - 23:50

    Comme les Polonais au Musée de Markowa, le Parlement bruxellois présente Spirou le résistant et occulte Tintin le collaborateur...

  • Par DESTREGUIL - 12/02/2019 - 14:44

    Je ne suis pas sûr de mélanger Spirou et l’occu Allemande ; mélange des genres qui détourne la vocation de cette bande dessinée.