Strabismes

Si David en avait, on l'appellerait Sarah

Mardi 6 décembre 2016 par Noémi Garfinkel
Publié dans Regards n°852

Avez-vous remarqué combien, et même alors qu’on a quitté le Moyen-Age depuis bien longtemps, les représentations collectives ont tendance à associer la force et les attributs génitaux masculins, tandis que les comportements et attributs féminins (ou perçus comme tels) sont communément utilisés pour évoquer la faiblesse, la sensiblerie ou la médiocrité ?

 

S’émouvoir comme une midinette, lancer le ballon comme une fille, chialer comme une gonzesse, aimer le rose ou le violet alors que ce sont soi-disant des couleurs de fille, les exemples sexistes misogynes sont nombreux et insupportables. Et l’on a beau multiplier les spots pour déconstruire les clichés (les garçons ont le droit de pleurer, les filles peuvent pratiquer le code informatique, les hommes peuvent tricoter, les femmes être supporters de foot, etc.), ces croyances arriérées sont puissantes, et il est vraiment triste qu’on en soit toujours coincés au stade où il faille encore marteler que les femmes sont capables et les hommes faillibles. Depuis Golda Meir, Hedy Lamarr, Hannah Arendt, Gertrude Stein, Barbara, Simone Veil, Irène Nemirovsky, Gilda Radner, Sarah Bernhardt, Annie Leibovitz, Elisabeth Badinter, Anne Frank, Judith Butler, Melanie Klein, Anna Freud, Rosa Luxemburg, Noémie Lvovsky etc. cela devrait couler de source, mais non, l’archétype du bonhomme « qui en a » est toujours bien réel et d’actualité. C’est ainsi que le mythe des testicules en titane surpasse toujours l’existence pourtant bien tangible de certaines porteuses d’ovaires, héroïnes historiques, artistes, femmes politiques, philosophes, comédiennes, psychanalystes, sociologues, scientifiques, cinéastes, journalistes…

Et il n’est pas rare qu’on oublie systématiquement qu’avant tout homme, aussi brave et grandiose soit-il, il y a d’abord eu sa mère. Et si ces hommes sont devenus célèbres, c’est bien au prix d’immenses sacrifices de la part de la première femme de leur vie. Leonard, Adolph-Arthur, Julius, Milton et Herbert auraient-ils eu l’occasion de devenir Chico, Harpo, Groucho, Gummo et Zeppo si Minnie Marx ne leur avait pas fait répéter toute leur enfance leurs pas de claquettes ? Albert Einstein aurait-il eu le temps de se plonger corps et âme dans la physique théorique si Pauline Koch l’avait houspillé pour qu’il apprenne à se coiffer ou à mettre des chaussettes ?

N’ayons pas peur de tordre le cou aux idées reçues, et de tous nous engager pour une meilleure reconnaissance de la force des femmes. Surtout, souvenons-nous qu’il suffit d’une pichenette stratégiquement placée sous la ceinture pour mettre le plus fort des hommes à terre, et que seul le petit intérieur d’une femme possède la puissance nécessaire pour mettre au monde un être humain.


 
 

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  • Par Giacomo Douenias - 10/01/2017 - 20:59

    Bien envoyé Noémi !