Cinéma

Sam Garbarski "Bye bye Germany"

Mercredi 21 Février 2018 par Florence Lopes Cardozo

1946, Frankfurt, camp des personnes déplacées. Les amis de David Bermann n’ont qu’un but : gagner l’Amérique. Mais pour émigrer, il faut beaucoup d’argent. Sous sa houlette, les compères feront du porte-à-porte, les bras chargés de linge de maison. Alors que le business fleurit, David est rattrapé par un passé obscur : une chasseuse de nazis le soumet à des interrogatoires réguliers…

 

Voilà quelques-uns des ingrédients qui ont amené Sam Garbarski à adapter Die Teilacher, le roman de Michel Bergmann. La mise en lumière du retour des Juifs allemands en Allemagne après la guerre tout comme l’humour qui traverse ce récit, dans le fond comme dans la forme, détonnent. Les dialogues en allemand sont, de plus, truffés de mots et expressions yiddish…   

Qu’est-ce qui vous a interpellé dans le roman de Michel Bergmann ?

Tout d’abord, j’ai été flatté que Michel m’ait envoyé son livre en vue de son adaptation au cinéma. Avec son roman Die Teilacher, sorti en 2010, il a ouvert une brèche. Il y rapporte le récit exceptionnel, épique et détaillé, du retour de son oncle David Bergmann en Allemagne, en 1946. Rares ont été les Juifs allemands, restés en Allemagne en 1940-45 ou revenus après la guerre, à avoir parlé de la période nazie. Pour eux, c’était tabou, tout comme pour mes parents qui n’ont ni parlé de ce qui leur est arrivé pendant la guerre ni expliqué comment ils ont pu revenir s’installer en Allemagne. Ces silences ont auréolé notre enfance, à mes amis et à moi, nés après-guerre en Allemagne. Et bien que le récit sur cet oncle haut en couleur, amuseur, charmeur, bon vivant et fabulateur, ne soit pas en lien avec mon parcours familial, je l’ai fait mien. J’ai plongé dans ce roman comme dans une casserole de savoureux bouillon et kneideleh de ma mère : j’y ai nagé, je m’y suis tellement bien senti ! Cela dit, il ne faut ni être né en Allemagne ni avoir traversé la guerre pour se sentir concerné par cette histoire de survivants obligés de se créer une nouvelle vie.

Quelle est la part de réel dans cette histoire ?

Le film relève d’une histoire vraie à 99% avec, à peine, quelques détails enjolivés. On n’invente rien en révélant que des prisonniers talentueux étaient parfois exploités par les nazis. Il y avait des musiciens, des chanteurs ou des gens qui performaient dans les camps pour divertir les salauds. L’absurde dans cette histoire est que David amusait des gens en racontant des blagues. Le protagoniste dit d’ailleurs à un moment : « Si on ne se mentait pas un peu de temps en temps soi-même pour embellir la vie, elle serait insupportable ».

Comment le film a-t-il été accueilli, notamment en Allemagne ?

Le film a été présenté en avant-première à l’ouverture du 67e Festival de Berlin 2017, dans la section Berlinale Special. Près de 1.800 personnes ont pu le découvrir au cœur d’un magnifique écrin art déco, l’accueil y a été chaleureux. Les Allemands sont tout à fait ouverts aux propos relatifs à leur passé. Et, excepté un retour néonazi dans les mouvements politiques, l’Allemagne est un pays globalement très conscient de son histoire, même traitée avec humour. Déjà vendu dans plus de 30 pays, le film a été présenté dans plus de 40 festivals (Festival du film de Seattle, Festival international du film de Busan, etc.) et a gagné des prix complètement improbables : au 4e Silk Road International Film Festival, à Fuzhou, en Chine, où Bye bye Germany a reçu le Golden Silk Road, parmi les trois meilleurs films de l’année 2017 ou encore au Festival international du film norvégien de Haugesund où il s’est vu attribuer le Prix du Public : accueil inattendu dans des pays… où on ne s’y attendrait pas ! J’ai pu aussi, ici et là, rencontrer des spectateurs concernés par cette destinée, remués par la guerre bien sûr, mais encore par ces quelque 4.000 Juifs allemands qui sont restés ou qui ont recommencé leur vie en Allemagne. Qui sait si ce film et le roman ouvriront enfin la voie à d’autres récits sur ces destinées particulières.

Un film de Sam Garbarski d’après les romans Die Teilacher et Machloikes de Michel Bergmann.
Avec Moritz Bleibtreu, Antje Traue, Tania Garbarski, Joachim Paul Assböck, Joel Basman, Heike Hanold-Lynch, etc.
Comédie dramatique - 1h43 - VO sst FR/VL - 2017
(Titre original : Es war einmal in Deutschland...)

Sortie en salles : le 21 février 2018

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