Au CCLJ

"Salka, Simon, Herschel. A ma famille disparue"

Vendredi 15 novembre 2019 par Géraldine Kamps
Publié dans Regards n°1053

Qui n’a jamais souhaité en savoir plus sur ses ancêtres, tout en sachant que cela demande souvent temps et persévérance. Pendant deux ans, Alain Birenbaum s’est attelé à ces recherches pour mieux connaître ses ancêtres paternels d’origine juive. De la Belgique à la Pologne, en passant par l’Allemagne, l’Ukraine et Israël, il nous dévoilera les clés de son enquête le lundi 18 novembre 2019 à 20h au CCLJ.

Alain Birenbaum (à gauche) aux côtés de l’historien polonais Wojciech Olejniczak

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    Qu’est-ce qui vous a donné envie, à 57 ans, de vous lancer dans cette recherche familiale ?

    En 2016, mon père, qui n’avait finalement trouvé que très peu d’informations durant sa vie sur ses parents et son petit frère Herschel, m’a demandé de lancer une dernière tentative de recherche à Jérusalem au Mémorial Yad Vashem. J’ai accepté volontiers en me fixant deux objectifs : retrouver la photo de mon grand-père et celle de mon oncle Herschel, et reconstituer le parcours de fin de vie de mes grands-parents et de Herschel. Depuis ma petite enfance, je ressentais la tristesse de ma tante Jenny et de mon père Joseph de ne rien savoir sur le destin horrible de leurs parents. Ne pas pouvoir visualiser le visage de leur père et du petit frère a toujours constitué une frustration très profonde. Et je me suis juré, enfant, de faire quelque chose un jour pour combler ce manque.

    A travers vos recherches, on découvre toute la vie juive de la Pologne avant-guerre…

    Oui, c’est en visitant le village natal de mon grand-père Simon à Checiny en Pologne, ce petit shtetl se situant à 15 km au sud de Kielce, que j’ai eu l’envie de découvrir la vie juive de Pologne d’avant-guerre. A Checiny, j’ai pu découvrir beaucoup de lieux fréquentés par mes ancêtres, la synagogue miraculeusement intacte, le cimetière vieux de 400 ans à flanc de montagne, les traces juives dans beaucoup de maisons du village. Non loin de Checiny se trouvait, dans une maison juive d’époque, un atelier de cordonnerie probablement similaire à celui de mes ancêtres, cordonniers depuis trois générations. Toutes ces découvertes m’ont permis de mieux comprendre et de me rapprocher de leur vie quotidienne.

    Quel accueil avez-vous reçu en Pologne ?

    Mon accueil en Pologne a été très mitigé. Pour le positif, mon interlocuteur local, responsable marketing de la caserne militaire de la ville de Kielce, m’a énormément aidé durant deux ans et son accueil fut chaleureux. Le bourgmestre du village de Checiny aussi m’a autorisé à faire des recherches dans les archives communales jusqu’en 1941. En revanche, l’antisémitisme semble encore bien vivace dans le milieu rural. Lors de ma visite au cimetière juif, j’ai subi des menaces très violentes de la part de trois hommes ivres et j’ai dû rapidement quitter le cimetière où je tenais tant à me recueillir. Le lendemain, un homme du village de Checiny m’a proposé de visiter le grenier de sa maison contre une somme d’argent, en me disant qu’il possédait beaucoup de documents et objets juifs. J’ai refusé, il s’agissait clairement d’une ancienne maison juive spoliée par les gens du village lors de l’évacuation des Juifs de Checiny vers les camps d’extermination. Je pense que c’est le moment le plus écœurant de mon voyage en Pologne.

    Vous faites œuvre de transmission, c’est important pour vous qui êtes de la deuxième génération ?

    Oui, en tant que fils d’enfant caché, petit-fils de victimes de la Shoah et neveu d’une rescapée d’Auschwitz-Birkenau, il me tenait à cœur de transmettre mon projet, de réaliser mon livre. Mon livre est un travail de mémoire, c’est mon devoir de mémoire dédié à mes grands-parents, à mon oncle Herschel et à tous mes ancêtres polonais juifs assassinés dans la Shoah. C’est ma manière de leur rendre hommage et de faire en sorte que jamais, ils ne tombent dans l’oubli. A l’heure où le fascisme et l’antisémitisme refont surface en Europe, il me paraît indispensable de témoigner dans l’espoir que ce passé sombre ne se reproduise plus jamais.

    Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui souhaite se lancer ?

    Le premier réflexe à avoir est de rechercher des survivants ou proches de votre famille sur les sites d’immigration vers les villes portuaires comme New York /Chicago/Buenos Aires/Haïfa. Il est important de dialoguer en profondeur avec les survivants de votre famille qui ont vécu les événements, le moindre détail peut s’avérer providentiel par la suite. Il faut absolument établir des arbres généalogiques les plus complets possible et les mettre en ligne sur les sites de généalogie juive (My Heritage, Ancestry, etc.), en espérant obtenir des liens familiaux avec d’autres arbres existants. Les pavés de mémoire se situant dans la rue où vos ancêtres ont vécu peuvent aussi apporter des informations intéressantes. Il est important d’avoir un professionnel en généalogie pour faire contrôler vos découvertes, de façon à progresser de la manière la plus fiable. Et surtout, il faut enquêter dans les villes où vos ancêtres ont vécu avec un professionnel local qui maîtrise la langue et connaît l’histoire de sa ville. Mon livre suggère beaucoup d’autres possibilités de recherche. Il est en quelque sorte un mode d’emploi dans la recherche de ses ancêtres.

    Infos et réservations 02/543.01.01 ou [email protected]
    Le livre est en vente chez Filigranes (Bruxelles et Uccle).

     
     

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