Au CCLJ

Ruth Fivaz-Silbermann : La fuite des Juifs en Suisse

Mardi 20 Février 2018 par Nicolas Zomersztajn

Ruth Fivaz-Silbermann a consacré sa thèse de doctorat aux Juifs venus de France ayant cherché refuge en Suisse durant la Seconde Guerre mondiale. Dans cette somme bien documentée, cette historienne suisse analyse la politique d’accueil de la Suisse envers les réfugiés juifs. Elle présentera ses travaux au CCLJ le mercredi 21 février 2018 à 20h.

Ruth Fivaz-Silbermann

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    Quelle est la politique d’accueil de la Suisse envers les Juifs qui y cherchent refuge durant la Seconde Guerre mondiale ?

    Depuis les années 1930, la frontière est fermée à ceux qui n’ont pas de visa. Les instructions sont strictes. Mais à partir du début de l’été 1942, lorsque les déportations commencent aux Pays-Bas, en Belgique et en France, la pression s’exerce sur les autorités suisses pour qu’elles se montrent plus accueillantes envers les Juifs. Comme de nombreux Juifs de ces pays n’ont pas de visa, les refoulements sont nombreux. Mais sous la pression de l’opinion publique suisse, le gouvernement suisse cède et met en place en catastrophe une politique d’urgence consistant à laisser entrer les réfugiés juifs, tout en fixant des limites plus ou moins restrictives (personnes âgées, enfants seuls, familles avec enfants). Le gouvernement cédera aussi en cessant de refouler les Juifs illégaux déjà présents en Suisse à partir d’août 1942. Toutefois, le refoulement est la norme officielle en vigueur, mais des libéralités officieuses sont appliquées aux frontières.

    Cette politique restrictive répond-elle à une volonté politique clairement déterminée ? Quels en sont les motifs et les fondements ?

    Le gouvernement suisse s’est engagé dans une grande politique de lutte contre la surpopulation étrangère. Cette politique est notamment empreinte d’antisémitisme, tout particulièrement envers les Juifs des pays de l’Est. Le gouvernement n’est cependant pas unanime sur cette question, car certains ministres estiment que la Suisse doit accueillir des réfugiés au nom des valeurs chrétiennes et de la neutralité suisse. Il ne s’agit pas d’enjoliver le tableau, mais une forme de souplesse s’est glissée dans cette politique d’accueil des réfugiés juifs, si bien qu’environ 22.000 Juifs ont trouvé refuge en Suisse pendant la guerre.

    Combien de Juifs sont refoulés ?

    J’ai travaillé sur la frontière franco-suisse. En croisant les listes de refoulés et celles des déportés, vous pouvez déjà apprendre beaucoup de choses. A côté de ces listes nominales assez précises, il existe des listes chiffrées des douanes suisses. On peut donc déterminer le nombre de refoulés. Pour la frontière franco-suisse, c’est de l’ordre de 3.000 refoulés.

    Quel bilan tirer de la politique de la Suisse envers les réfugiés juifs ?

    Elle n’est ni noire ni blanche. Elle se situe dans le gris. L’attitude des militaires et des gardes-frontières vient assombrir ce bilan, car bien souvent ils pratiquent le refoulement avec inhumanité, quand bien même le gouvernement prend des mesures d’assouplissement. Les exécutants disposent donc d’une trop grande autonomie qui leur permet de durcir la politique d’accueil des réfugiés, même si, à titre individuel, des gardes-frontières font preuve de souplesse et d’humanité.

    Des Juifs de Belgique ont-ils réussi à trouver refuge en Suisse ?

    Oui, il y a une filière sioniste, mais aussi celle mise en place par Motke Weinberger, un boulanger juif anversois, qui a permis le passage de près de 300 Juifs de Belgique vers la Suisse en créant des fausses familles pour qu’elles répondent aux critères stricts fixés par les autorités suisses.

    Infos et réservations : 02/543.01.01 ou [email protected]


     
     

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