Théâtre

Riton Liebman "Soissons dans l'Aisne"

Mardi 4 Février 2020 par Florence Lopes Cardozo
Publié dans Regards n°1058

En 1995, le comédien Riton Liebman, alors âgé de 30 ans, entame une première et dernière cure de désintoxication. Avec d’autres dépendants, il traverse 56 jours d’abstinence totale : autant de jours de souffrances et d’entraides, de sevrages enfin, autant de paroles mixées et portées dans un nouveau seul en scène au Théâtre de Poche.

 

Riton, c’est le p’tit gars de Préparez vos mouchoirs -film français de Bertrand Blier (1977) avec Gérard Depardieu, Patrick Dewaere, Carole Laure-, un gamin de 13 ans qui avait répondu à une petite annonce que sa maman avait soigneusement planquée dans la poubelle pour qu’il ne la voit pas. Le sort en a décidé autrement. Il se voyait déjà en haut de l’affiche, ça ne s’est pas tout à fait passé comme ça. Mais Riton a plus d’un tour dans son sac et notamment un stylo. Bilingue français-marrant, il écoule ses frasques dans l’encre bleue. Il est le matériau de ses récits, il est son propre pitch. Son écriture est teintée d’autodérision, de moqueries et de tendresse.

Troisième volet de la trilogie

Ambassadeur d’un Bruxelles des années 70/80, Henri Liebman nous invitait à le suivre dans quelques quartiers de sa vie : Liebman renégat traitait de son enfance marquée par la personnalité de son père, un papa aimé doublé d’un professeur d’université, Juif pro-palestinien engagé ; La vedette du quartier relatait les retombées du fameux tournage auprès de ses camarades bruxellois, puis sa montée à Paris et ses virées dans les boîtes de nuit. Soissons, dans l’Aisne, le troisième volet, se déroule dans un centre de désintoxication d’où il tire une galerie de portraits pittoresques, le sien inclus. Revenant sur cet épisode, il confie qu’il aurait été incapable, seul, d’arrêter la drogue : « Tu peux raconter ta vie pendant des années à un psy, à un médecin, et continuer à te droguer. Avec le groupe, j’ai pu m’identifier. Pour la première fois, je n’étais plus un mec bizarre, complètement dingue, j’étais juste un dépendant comme les autres, un mec normal en prise avec des moments irrésistibles de consommer - obsessions qui avaient rendu ma vie insupportable. Le seul mec avec qui tu peux lutter contre ça, c’est un mec avec lequel tu parles d’égal à égal et qui te comprend très bien. On est ensemble dans un combat au quotidien, on se sent entouré ». Le comédien s’abstient toutefois de tout jugement, sa pièce n’est pas une leçon de morale : « Je ne peux parler qu’en mon nom, je n’ai aucun avis sur la drogue ni sur les institutions ni sur la drogue douce. Jamais je ne dirai : « La drogue, c’est pas bien ». Chacun fait comme il veut. Je ne veux pas avoir d’avis parce qu’il n’y a pas à en avoir. La seule chose que je ferai toujours, c’est rapporter mon expérience à quelqu’un me dit : « J’en ai marre, j’ai envie d’arrêter, comment tu as fait ? ». Guidé, dans ce spectacle, par Gabor Rassov, accompagné de morceaux musicaux de son fils, Félix -Ginger Apollo à la scène-, Riton traduira assurément ce moment critique en thérapie comique.

Faire du marrant avec un sujet qui ne l’est pas

Le rire est pour Riton une marque de fabrique : « L’humour, c’est mon côté belge et mon côté juif. Je reste un Juif bruxellois émigré à Paris, supporter du Standard, de gauche, voilà. On est beaucoup de choses et dans ce beaucoup de choses il y a belge et juif bruxellois ». Quand on l’interroge sur sa sensibilité juive, il répond : « C’est plein de choses… Ce serait l’autodérision, un fatalisme et une façon de transformer tout ce qui nous terrorise dans cette vie en rigolade. Alors, je ne sais pas si c’est juif - je connais des non-Juifs qui le font très bien aussi ». Mais encore ? Il cherche. Silence. « La Shoah ! », lance-t-il en boutade. « La Shoah, c’est un atout. Quand tu ne sais pas quoi dire, tu dis : « La Shoah ! » », puis, plus sérieusement : « Pour la plupart des gens de mon âge, de la communauté juive de Bruxelles, « on » a été traversé par l’Histoire qui n’est pas totalement la nôtre. C’est la nôtre à 100% et pas tout à fait la nôtre non plus. On est plein de choses en même temps dont cette histoire-là. C’est-à-dire qu’« on » a été traumatisé par une histoire qui ne nous concerne pas totalement non plus ». Autre silence, voyage dans sa tête, souvenir, puis confidence : « Je me rappelle que quand on était petit, on n’avait pas le droit de jouer avec les mecs du CCLJ parce qu’on était à l’UJJP (UPJB) ». Et aujourd’hui ? « J’ai un peu… vieilli ! ».

SOISSONS DANS L’AISNE
de et avec Riton Liebman
Mise en scène Gabor Rassov
A voir au Théâtre de Poche du 4 au 22 février 2020 à 20h30 « sauf les mercredis à 19h30). Infos et réservations [email protected] - 02/649.17.27 - [email protected]


Une coproduction du Théâtre de Poche et L’Ancre-Théâtre Royal. Le Théâtre de Poche propose autour de ce spectacle un dossier pédagogique pour les écoles et pour tous ceux qui souhaitent s’informer et se documenter sur le sujet.

 
 

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