Flashback

La révolte de Sobibor (14 octobre 1943)

Lundi 15 octobre 2018 par Tarbout
Publié dans Regards n°1030

Sobibor est situé à quelques mètres d’une voie ferrée à l’Est du Gouvernement général de Pologne. Comme Belzec et Treblinka, il a été spécialement créé par les Allemands pour la mise en œuvre de l’Aktion Reinhardt (nom de code de l’extermination des Juifs de Pologne).

 

Sobibor n’est pas un camp de concentration où sont enfermés des détenus, c’est uniquement un centre d’extermination de Juifs. A partir de l’automne 1942, les SS perfectionnent un système qui leur permet de trier, gazer et brûler les Juifs dans l’heure qui suit leur arrivée. Chaque jour, des Juifs arrivent en train en provenance de villes et de bourgades polonaises, et exceptionnellement des Pays-Bas. De mai 1942 à l’automne 1943, près de 250.000 Juifs y sont assassinés.

Pour l’entretien du camp et le déplacement des cadavres vers les fours crématoires, les SS utilisent des Juifs comme main d’œuvre (Arbeit-juden). Tant que les SS ont besoin d’eux, ils restent en vie. Mais à la fin de l’été 1943, un évènement les concernant fait naître l’idée d’une révolte. En portant les cadavres de détenus provenant de Belzec et abattus à la mitrailleuse à leur descente des wagons, les Arbeitjuden de Sobibor découvrent un mot manuscrit sur lequel ils peuvent lire qu’ils seront les prochains à être exécutés : « (…) Vous aussi vous serez tués, ne vous laissez pas tromper comme nous. Vengez-vous ! ».

Ce projet de révolte se concrétise à partir du 23 septembre 1943, lorsque des prisonniers de guerre juifs soviétiques arrivent à Sobibor. Quelques jours après leur arrivée, Lev Feldhendler, le leader des prisonniers juifs polonais encore en vie, rencontre Alexandre Petcherski, un officier faisant partie des prisonniers juifs soviétiques. Ensemble, ils préparent la révolte censée aboutir à une évasion.

Le 14 octobre 1943 à 16h, la révolte éclate dans le camp. Les révoltés juifs réussissent à désarmer des gardiens, à en tuer une douzaine et à ouvrir une brèche dans les barbelés. Plus de 300 Juifs réussissent à sortir du camp, mais seulement 47 survivent à leur fuite. Des 
dizaines d’entre eux trouvent la mort dans le champ de mines entourant le camp.

Par la suite, les SS assassinent tous les Juifs de Sobibor qui n’ont pas pu s’enfuir. Fou de rage, Himmler ordonne la fermeture du site et la destruction de toutes les traces de l’entreprise d’extermination mis en œuvre à Sobibor.

D’autres révoltes ont été organisées dans les centres de mise à mort : celle de Treblinka le 2 août 1943 et celle d’Auschwitz-Birkenau le 7 octobre 1944. Mais celle de Sobibor est la seule qui ait réussi. Claude Lanzmann a immortalisé cette révolte dans Sobibor, 14 octobre 1943, 16 heures, ce film réalisé à partir d’un entretien que lui avait accordé Yehouda Lerner (un prisonnier juif ayant survécu à la révolte de Sobibor) sur le tournage de Shoah


 
 

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