Expo

René Goscinny, un artiste majeur de la diaspora juive au 20e siècle

Vendredi 29 septembre 2017 par Roland Baumann
Publié dans Regards n°867 (1007)

Le Musée d’art et d’histoire du Judaïsme (mahJ) à Paris consacre sa nouvelle exposition à l’art de René Goscinny (1926-1977), grand protagoniste de l’explosion de la bande dessinée francophone à son âge d’or.

Disparu il y a quarante ans, le co-créateur génial d’Astérix, du Petit Nicolas, d’Iznogoud ou de Lucky Luke contribua au rayonnement mondial de la culture populaire française et cette première rétrospective de son œuvre, réalisée en partenariat avec l’Institut René Goscinny, représente la carrière prodigieuse de l’artiste tout en retraçant son parcours de fils d’émigrés juifs de Pologne et d’Ukraine. Documentant ce riche passé familial juif méconnu, l’exposition met en valeur toute son importance dans la genèse de « la culture goscinnyenne, héritière du judaïsme d’Europe orientale » et « enrichie au croisement des exils argentin et nord-américain, sans jamais cesser d’être nourrie par le pur classicisme de la tradition française ». Ainsi, son grand-père maternel, originaire de la région de Kiev, fonde à Paris en 1912 l’imprimerie Beresniak & fils dont la diversité des publications (yiddish, hébreu, français, russe et polonais) et l’histoire témoignent de l’enracinement et du dynamisme du judaïsme parisien au 20e siècle, malgré la Shoah. En 1973, l’imprimerie Beresniak imprimera en russe la première édition originale de L’Archipel du Goulag de Soljenitsyne…

René Goscinny naît à Paris en 1926, mais grandit à Buenos Aires. Juif de Varsovie venu étudier la chimie en France, son père Stanislas est en effet nommé en 1927 secrétaire général de la Jewish Colonization Association (JCA) en Argentine, où il s’installe avec sa femme Anna Beresniak et leurs fils, Claude et René. Suite au décès brutal de son père en 1943, René se trouve contraint de travailler comme comptable, puis devient dessinateur publicitaire. En 1945, il s’embarque avec Anna pour rejoindre à New York l’oncle Boris. Comme le note Didier Pasamonik, conseiller scientifique de l’exposition dans sa contribution au catalogue : « On ne manque jamais de rappeler qu’Astérix, ce héros si “typiquement français”, est l’œuvre d’enfants issus de l’immigration. Les parents d’Albert Uderzo sont italiens ; ceux de René Goscinny sont nés en Pologne et en Ukraine. A cela s’ajoute le fait que les premières années de Goscinny, les plus formatrices, ne sont pas culturellement liées à la France. En effet, Goscinny est quasiment “américain” : il a vécu 17 ans en Argentine, puis six aux Etats-Unis. C’est à l’âge de 26 ans seulement qu’il s’établit sur le sol européen ».

Illustrateur, auteur  et réalisateur

C’est donc à New York que René Goscinny amorce sa carrière artistique, comme illustrateur de livres, et rencontre entre autres Harvey Kurtzman (fondateur en 1952 du magazine Mad), ainsi que les dessinateurs belges Jijé et Morris… Parti à Paris en 1951 et engagé par l’agence World Press, Goscinny publie bientôt ses dessins et ses textes dans des périodiques belges (Bonnes Soirées, Le Moustique, etc.). Sa rencontre avec Jean-Michel Charlier et Albert Uderzo est suivie de nombreuses collaborations dans lesquelles il exerce ses talents de scénariste. Fin des années 50, Goscinny est un auteur prolifique, associé à de très grands dessinateurs tels Morris, Franquin, Uderzo… Les lecteurs de Spirou et du Journal de Tintin suivent avec enthousiasme les aventures de Lucky Luke, Modeste et Pompon, Oumpa-pah, Spaghetti, etc. écrites par le jeune scénariste… 1959 est l’année décisive de sa carrière d’artiste : création du magazine Pilote et lancement d’Astérix, début de sa collaboration avec Sempé pour Le Petit Nicolas

Allant de succès en succès, Goscinny joue un rôle majeur dans la véritable révolution que connaît alors la bande dessinée dans la culture populaire francophone. Rédacteur en chef de Pilote avec Charlier, puis directeur du journal, Goscinny co-réalise aussi des films à succès, transposant à l’écran les aventures d’Astérix et de Lucky Luke… Tout comme le mahJ, la Cinémathèque française rend également hommage au grand artiste disparu, dans une exposition (Goscinny et le cinéma. Astérix, Lucky Luke et Cie ; 4 octobre 2017 au 7 mars 2018) montrant les influences du cinéma dans ses créations, ainsi que la propre œuvre cinématographique de celui que Gotlib surnommait « Walt Goscinny ».

Exposition

René Goscinny (1926-1977) : Au-delà du rire. Du 27 septembre 2017 au 4 mars 2018 au Musée d’art et d’histoire du Judaïsme

(mahJ). Hôtel de Saint-Aignan, 71 rue du Temple, 75003 Paris (France). Ma-je-ve 11-18h, me 11-21h, sa-di 10-19h. www.mahj.org

 


 
 

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