Cacherout/Débat

Quand le vin casher devient un combat féministe

Mercredi 12 avril 2017

Le temps est venu de retirer  le vin casher de la table du Seder, c’est ce qu’affirme un article de Liya Rechtman, paru le 10 avril 2017 sur le blog Sisterhood*, qui appelle un regard critique sur la religion, loin de l’égalité des genres et de la libération célébrée à Pessah.

 

Si vous parcourez les vignobles des collines de Judée, entourant Jérusalem, cœur de l’industrie viticole casher, vous y constaterez quelque chose d’amusant. En arrivant dans un des domaines, vous rencontrerez d’abord une vendeuse de vin (de préférence une femme) ou la réceptionniste (assurément une femme) qui vous demandera si vous souhaitez faire la visite avec une guide (encore une femme). Mais une fois passé l’accueil, le contraste est saisissant : plus une seule femme n’apparaitra dans les différentes étapes de fabrication du vin. Pas une femme non plus dans les vignes. Les travailleurs sont exclusivement des hommes, juifs orthodoxes portant kippa et payes.

La tradition commande que seuls les Juifs sont autorisés à toucher les raisins qui entrent dans la fabrication du vin et les cuves où se fait la fermentation. Si un non-Juif ne fait qu'ouvrir une bouteille de vin, celui-ci ne sera plus considéré comme casher. Et qui est juif, selon l’Etat d’Israël et le Rabbinat ? Selon tous les experts en vin casher et hommes de métier, auxquels je me suis adressée, les hommes orthodoxes et ultra-orthodoxes qui observent les standards religieux et le shabbat sont les seuls à être considérés comme Juifs.

Les femmes orthodoxes qui observent les mêmes règles religieuses n’ont pas leur place. Elles ne sont de toute façon pas assez casher pour récolter les raisins ou s’occuper de la fermentation. Selon le Rabbinat, les femmes peuvent superviser la cacherout chez elles, en préparant ce qui composera les assiettes du Seder. Mais dès que la cacherout entre sur le marché financier, en dehors de leur domicile, elles ne sont plus aptes à la fonction.

Les Juifs progressifs et laïques se sont battus durement pour l’égalité des sexes. Nous nous réjouissons de voir apparaitre des femmes rabbins dans nos synagogues, des enseignantes dans nos écoles religieuses, et d’autres femmes leaders dans différents domaines. Pourquoi le vin casher y ferait-il exception?

Nombre d’entre nous se contentent du label « casher » et lui font une totale confiance. Le label « casher » est une autorisation dans la loi juive accordée sur nos aliments par l’Union orthodoxe américaine ou le Rabbinat israélien. Beaucoup n’y portent pas attention pendant l’année, mais deviennent plus regardants pendant les fêtes juives. On pourrait penser que la loi juive est trop technique pour nous prononcer. Nous ne nous permettons pas d’être les arbitres de notre propre cacherout, les garants éthiques de notre propre consommation.

Quoi qu’il en soit, en continuant à acheter et à boire casher, nous nous rendons complices de cette oppression. Boire ou ne pas boire du vin casher dépasse la question du vin lui-même. Cela pose bien d’autres questions essentielles : celle de savoir si l’on souhaite que des femmes rabbins officient lors de mariages ou de funérailles en Israël ; que des femmes juives soldates chantent publiquement dans des évènements officiels de l’armée israélienne ; que des personnalités juives portent un bikini sur les plages de Tel-Aviv… Nous le constatons aussi chez nous, au sein de nos communautés juives égalitaires, de nos institutions juives, nous sommes moins payées et moins facilement promues que les hommes.

A Pessah, nous célébrons la sortie d’Egypte du peuple juif, la fin de l’esclavage et d’une longue errance dans le désert à la recherche de la Terre promise, d’un nouveau modèle de société et d’autodétermination. Se peut-il que sur les tables du Seder, nous repensions sérieusement à la nécessite du vin casher, en considérant sa présence dans la cacherout comme une réelle entorse à nos valeurs.

Liya Rechtman est une féministe juive réformée résidant à Jérusalem. Dorot Fellow. @ConstantLiya

*Traduction libre de l’article. The Sisterhood est un lieu de débats et d’échanges entre femmes juives, sur des thèmes aussi bien sérieux que divertissants.


 
 

Ajouter un commentaire

http://www.respectzone.org/fr/
  • Par BOAZ - 13/04/2017 - 16:47

    Pour moi, c'est oui à toutes les questions ! :-)

    Si de plus les sommelières casher pouvaient nous débarrasser du vin mevushal, qui est vraiment dégueu...

  • Par Monica FOURCAULT - 18/04/2017 - 21:02

    Mille fois d'accord!