Fêtes juives

Quand les "haggadot" alternatives s'invitent à la table du Seder

Mardi 11 avril 2017 par Nathalie Hamou

Le mouvement SISO (« Save Israel, Stop Occupation ») a conçu une « Haggada du jubilé » à l’occasion du cinquantenaire de l’occupation militaire israélienne en Cisjordanie.

 

Célébrée par 90% des Juifs d’Israël et par 70 % de leurs coreligionnaires américains, la Pâque juive est sans doute la fête la plus appréciée par la communauté. La lecture de la « Haggada » est l’occasion de célébrer la création du peuple juif, symbolisée par la sortie d’Egypte, comme de réfléchir plus largement aux mouvements d’émancipation, au son de « Let my people go ». Cette dernière tradition, qui s’inscrit dans un courant humaniste, se traduit par l’émergence des « Haggadot » alternatives pour guider le repas du Seder. Le phénomène n’est pas nouveau. Comme le soulignait voilà peu le chercheur israélien Shmuel Rosner du Jewish People Policy Institute, les kibboutzim ont par exemple produit des centaines de « Haggadot » au cours des dernières décennies, contenant des références aux idéaux collectivistes ou à la Shoah.

Mais cette année, relève encore le chercheur dans un éditorial du New York Times intitulé « Laissez la politique en dehors du repas pascal », la tendance a connu un regain d’intérêt particulier. Côté israélien, 2017 se présente en effet comme un millésime particulier marquant le cinquantenaire de la guerre des Six-Jours, et celui de l’occupation militaire israélienne dans les Territoires Palestiniens de Cisjordanie. Ce timing a donné naissance à la « Haggadah du jubilé » : un fascicule illustré contenant outre le récit classique de l’Exode, les textes de trente personnalités qui invitent l’assemblée à faire un parallèle entre la sortie d’Egypte des Hébreux et « la nécessité de libérer les Palestiniens ». 

Cette « Haggadah du jubilé » n’a certes pas atterri dans tous les foyers israéliens. Elle a été distribuée à 100.000 exemplaires, aux lecteurs du quotidien israélien de la gauche libérale Haaretz en hébreu et en anglais. Derrière cette initiative se trouve SISO (Save Israel, Stop Occupation), un mouvement né en septembre dernier qui a d’emblée reçu le soutien de 500 personnalités israéliennes, issues du monde de la culture, comme des rangs de l’establishment militaire.

« La justice pour nos voisins »

Parmi les défenseurs du mouvement qui se retrouvent -par textes interposés- invités à la table du Seder figurent ainsi les chanteuses Achinoma Nini (Noa) et Chava Alberstein, la chef de file des « Femmes du mur » ; Anat Hoffman, qui défend la prière égalitaire au Mur des Lamentations ; l’écrivain Amos Oz ; l’intellectuelle Eva Illouz, l’humoriste et actrice américaine Sarah Silverman, ou encore le rabbin David Bigman. Dans un texte introductif, la « Haggadah du jubilé » rappelle que « l’établissement de l’Etat d’Israël nous oblige aussi à aspirer à la justice pour nos voisins ».

Côté américain, l’élection de Donald Trump et sa nouvelle politique restrictive d’immigration ont inspiré des initiatives similaires. L’association juive américaine HIAS (Hebrew Immigrant Aid society), qui s’attache depuis près de 130 ans à venir en aide aux réfugiés du monde entier, a ainsi publié cette année un supplément à la « Haggadah » traditionnelle. Une édition spéciale composée d’une série de portraits  d’immigrés que l’organisation a soutenus dans leur nouvelle vie aux… Etats-Unis.

Autre organisme très en pointe dans l’activisme pour les réfugiés : la maison d’études juives de Tel-Aviv, Bina. Cette « yeshiva laïque » organise depuis plusieurs années des repas du Seder dans le Néguev, pour sensibiliser la société civile israélienne au sort des réfugiés africains groupés dans le camp de détention ouvert de Holot (près de la frontière égyptienne), en association avec l’ONG « Rabbins pour les droits de l’homme ».

Très investie dans le changement social (Tikun olam), Bina a également conçu cette année des marques-pages à glisser dans la « Haggadah », pour inciter les Israéliens à traiter avec plus de respect les « étrangers » qui vivent parmi eux : qu’il s’agisse des migrants économiques, des réfugiés, des demandeurs d’asile, des convertis ou des immigrants. Une interprétation contemporaine du verset biblique : « Tu aimeras l’étranger comme toi-même, car tu as été étranger en terre d’Egypte » (Lévitique XIX, 34).


 
 

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http://www.respectzone.org/fr/
  • Par Muntz - 11/04/2017 - 17:51

    Comment se procurer, où, à quel prix... cette Haggadah alternative et ses différentes versions ? Elle est brochée ou cartonnée ?
    La distribution gratuite de cette Haggada en Israël a-t-elle encore des exemplaires non distribués qu'on peut importer en Belgique ?
    Le Cclj en vend-t-il ?

    Hag sameah, Nathan Muntz

  • Par Henry M - 12/04/2017 - 11:37

    On peut télécharger cette "Jubilee Haggadah" à l'endroit suivant :
    https://media.wix.com/ugd/0e13d7_97b95314771548b59e9f36b3d98a67a9.pdf

  • Par meir - 13/04/2017 - 20:06

    Ce n'est pas le rôle du CCLJ de faire le commerce de hagadot. Quel amalgame.Cette hagada est politique et cela non plus ce n'est pas normal.Une hagada est une hagada au sens religieux du terme sinon ce n'est pas une hagada mais un ouvreage de proagande.De plus si elles sont gratuites pourquoi voudriez vous qu'elles soient vendues ici. Soyez un peu cohérent svpl.