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Peter Hertel, contre l'oubli de la mémoire juive

Jeudi 1 novembre 2018 par Johannes Blum
Publié dans Regards n°1032

Peter Hertel, journaliste allemand, auteur de plusieurs livres, diplômé en sciences sociales et en théologie catholique, lutte depuis plus de quarante ans contre l’oubli. Son nouveau livre Eine Kindheit im NS-Staat. Früh erlebt, spät erkundet (Une enfance dans l’Etat nazi. Expérience précoce, reconnaissance tardive, Münster 2018, 254 p.) en témoigne.

De gauche à droite: Le journaliste Peter Hertel, sa femme Christiane Buddenberg-Hertel, et le Bourgmestre de Ronnenberg, Wolfgang Walther

Il y a quelques années, Peter Hertel apprenait que dans sa ville natale Bockum-Hövel (aujourd’hui Hamm/Westphalie) avaient été posés trois pavés de mémoire -les Stolpersteine- en hommage aux victimes allemandes non juives du régime national-socialiste, ce qui n’avait pas été le cas pour les Juifs. Lorsque Peter Hertel s’en informait, l’un des hommes politiques locaux lui répondait : « Il n’y a pas eu de Juifs chez nous ».

Cependant Hertel savait dès son enfance que, vers 1940, son grand-père avait caché des Juifs dans le grenier de la maison familiale, les protégeant ainsi de la Gestapo. Ainsi commença sa recherche concernant l’époque nazie en son lieu de naissance. Il découvrit que 13 Juifs qui y étaient nés ou y avaient vécu avaient été assassinés durant la Shoah. Ses recherches révélaient des crimes nazis oubliés depuis longtemps.

Peter Hertel a été longtemps rédacteur à la radio de l’Allemagne du Nord (NDR). Chaque semaine, il concevait des émissions d’une demi-heure concernant le monde juif. Il y rappelait l’histoire juive en Allemagne et sa fin brutale dans la Shoah. En 1989, il fut invité à faire une communication au Congrès juif à Bruxelles sur la thématique « Pourquoi le Carmel d’Auschwitz ». Entre 2005 et 2012, Hertel s’est rendu à plusieurs reprises en Belgique. C’est dans les archives à Bruxelles et à la Caserne Dossin de Malines qu’il a recherché les traces de sept Juifs de Ronnenberg, ville où il réside actuellement. Cinq d’entre eux ont pu s’échapper à temps vers les Etats-Unis lorsque l’armée allemande a occupé la Belgique. Les deux derniers ont été attrapés et gazés à Auschwitz. Cette histoire a fait l’objet d’une exposition itinérante -organisée par Hertel et son épouse- notamment destinée aux écoles, mais a aussi été le sujet d’un livre. Sur base de ses recherches, la ville de Ronnenberg a érigé un monument en mémoire de ses Juifs.

Telle était la situation en 2013. Entretemps, la situation politique a changé. Le parti d’extrême droite AfD fait désormais partie du Conseil communal. Les sociaux-démocrates, les verts et la gauche ont voulu honorer l’engagement de Hertel en faveur des Juifs de Ronnenberg en voulant lui remettre une distinction à l’occasion de son 80e anniversaire : la médaille d’or de Ronnenberg. Mais l’extrême droite AfD, les chrétiens-démocrates et une association d’électeurs les en ont empêchés.

Dans son livre (actuellement disponible en allemand), digne de retenir l’attention des lecteurs, l’auteur met en garde contre l’évolution dangereuse de la situation politique en Allemagne : « On suscite un climat hostile aux émigrés et aux réfugiés. Les Juifs se sentent de nouveau menacés en Allemagne. Il est du devoir citoyen de s’opposer à cela et de se solidariser avec ceux qui sont menacés et avec les victimes ». Une « communauté humaine sur terre » ne saurait être acquise « sans une mémoire des victimes, de leurs souffrances, de la réduction en esclavage et du meurtre de peuples ».


 
 

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