Au CCLJ

Pessah, fête sioniste, fête juive laïque

Lundi 26 mars 2018 par Tarbout

En dépit des nombreuses prescriptions et interdictions dont fait l’objet Pessah, les mouvements sionistes les plus laïques ont réussi à l’introduire dans le giron de l’ethos national juif. La fête de Pessah illustre le processus de laïcisation de la tradition juive dans lequel le sionisme a pris une part importante.

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    Comme les autres fêtes de pèlerinage du calendrier juif, Pessah s’appuie sur des fondements historiques et agraires. On commémore la fin de l’Exode et de l’esclavage en Egypte ainsi que l’arrivée du printemps et le début de la moisson de l’orge. Ces deux éléments facilitent considérablement l’identification des mouvements sionistes à leurs ancêtres bibliques. L’esclavage en Egypte est associé aux persécutions en diaspora et les commémorations agraires correspondent à la reconquête de la terre par le travail agricole dans les kibboutz.

    Dans les années 1920, les mouvements sionistes présents en Palestine mandataire ne se soucient guère de Pessah. Ce n’est qu’à partir des années 1930 qu’ils cherchent à définir un nouveau contenu à cette fête, et plus particulièrement au Seder, la cérémonie familiale du premier soir de Pessah. Au cours de cette cérémonie, les convives lisent la Haggada (livre contenant l’ordre liturgique du Seder et le récit de la sortie d’Egypte). Les Haggada confectionnées par les différents kibboutz de gauche et d’extrême gauche à partir des années 1930 montrent à quel point leur contenu est chargé idéologiquement. Les commentaires rabbiniques de la Haggada traditionnelle sont généralement supprimés pour être remplacés par des poèmes modernes, des versets de la Bible ou des commentaires nouveaux. Ces derniers portent notamment sur la liberté retrouvée et la constitution en nation libre. Ainsi, dans une Haggada du kibboutz Degania Beth, les passages mentionnant Dieu ne sont pas effacés, mais des commentaires sont insérés. Ceux-ci, en revanche, associent clairement l’esclavage en Egypte à la diaspora et la sortie d’Egypte au retour à Sion, en prenant bien soin de préciser que cette rédemption s’est réalisée par la volonté humaine, et non pas suite à un miracle divin.

    Le Juif nouveau

    Ces Haggada ne cherchent pas à modifier le récit de Pessah. En s’inscrivant pleinement dans la rhétorique de Juif nouveau, elles visent à renforcer l’adhésion des Juifs à l’idéologie sioniste. Les commentaires et les illustrations insérés présentent les pionniers sionistes à la fois comme les nouveaux Hébreux libres et comme les héritiers des Hébreux bibliques. Sans être évacué totalement, le récit historique est mis entre parenthèses pour laisser la place au lien entre le présent sioniste et le passé biblique.

    La réactualisation de Pessah dans l’esprit du sionisme réaffirme la rupture avec la diaspora et la continuité avec le passé biblique, et renforce l’attachement à la terre d’Israël. Mais au-delà de cette dialectique de la rupture et de la continuité juive, il s’agit aussi d’apporter une déclinaison nouvelle à l’identité juive : sécularisée et laïque, cette identité juive se traduit par une réappropriation des sources juives, en ce compris le récit biblique et la tradition juive. Il n’est pas question de supprimer toute référence aux fêtes du calendrier juif. Ces sionistes laïques considèrent donc les textes bibliques qu’ils désacralisent comme les œuvres successives de leurs ancêtres dont ils se considèrent, à l’égal des Juifs religieux, les héritiers. Ils trouvent ainsi dans les écrits bibliques et talmudiques matière à enseignement. Et à l’instar des sionistes, d’autres mouvements issus de la modernité juive ont également suivi cette même dynamique de laïcisation des fêtes et des rites juifs.

    Venez assister au Seder de Pessah au CCLJ
    Samedi 31 mars 2018 à 19h
    Réservation obligatoire : 02/543.01.01 ou [email protected]

     
     

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    http://www.respectzone.org/fr/
    • Par BOAZ - 30/03/2018 - 18:15

      Fête universelle, surtout...
      Il est écrit dans la Haggadah " à chaque génération, tout homme doit se considérer comme etant personnellement sorti d' Égypte".

      Nous allons dédier notre Seder à Mireille Knoll et Arnaud Beltrame.