Cinéma

"Otages à Entebbe"

Mercredi 16 mai 2018 par Géraldine Kamps

L’histoire vraie du vol Air France 139 en provenance de Tel-Aviv détourné en 1976 par des terroristes sur l’aéroport d’Entebbe en Ouganda, avec la prise d’otages qui s’en est suivie. Un film de José Padilha qui tente de comprendre ce qui s’est passé dans la tête des terroristes comme des politiques chargés des négociations. A voir sur nos écrans dès le 30 mai 2018.

 

Otages à Entebbe revient sur cette incroyable opération militaire, considérée comme un succès israélien, visant à libérer les 246 passagers du vol Air France détourné par un commando composé de membres du Front populaire de libération de la Palestine et des Cellules révolutionnaires allemandes. « Mon film raconte deux histoires parallèles autour du raid », explique le réalisateur d’Otages à Entebbe, José Padilha, à qui l’on doit plusieurs documentaires et quelques épisodes de la série télé Narcos. « D’abord, on s’intéresse au sort des otages et des terroristes et à la manière dont leurs rapports et leur état d’esprit ont évolué tout au long de ces journées ; ensuite, on s’attache au débat interne que le détournement a déclenché au sein du gouvernement israélien et aux prises de position radicalement différentes défendues, d’une part, par le ministre de la Défense Shimon Peres, hostile aux négociations en soi, et d’autre part, par le Premier ministre Yitzhak Rabin qui envisageait les négociations comme une véritable alternative (…). Et puis, de manière sous-jacente, un troisième problème, purement politique cette fois, se posait : étant donné que la grande majorité de la population israélienne était hostile aux négociations à l’époque, Rabin et Peres ont dû se dire qu’engager des négociations risquait d’hypothéquer leur avenir politique… ».

Le scénariste Gregory Burke confie pour sa part avoir été séduit par la notion d’héroïsme du projet. « Tous ceux qui se sont retrouvés impliqués dans cet événement voulaient être du bon côté », relève-t-il. « Wilfried Böse et Brigitte Kuhlmann, les terroristes allemands, voulaient être des héros. Les Palestiniens voulaient être des héros. Les soldats de la mission de sauvetage voulaient être des héros. Et les hommes politiques voulaient, eux aussi, être des héros ».

Ce sont plusieurs histoires parallèles pour lesquelles les producteurs, Tim Bevan et Kate Solomon, qui avaient produit dix ans plus tôt VOL 93, évoquant les événements du 11 septembre, n’ont pas hésité à largement se documenter, en se rendant notamment en France pour obtenir le point de vue des pilotes français, en particulier du mécanicien de bord Jacques Lemoine, dont le courage et le sang-froid ont permis à des centaines d’otages d’avoir la vie sauve. Même si la mission de sauvetage se soldera par la mort de Yoni Netanyahou, le commandant en chef de l’opération tué au cours du raid, frère aîné de l’actuel Premier ministre israélien qui lui rend régulièrement hommage.

La peur au ventre

Pour coller à la réalité historique « dans ses moindres détails », José Padilha rencontrera des soldats ayant participé au raid, des membres du gouvernement israélien de l’époque, ainsi que d’ex-otages encore en vie. A la question de savoir, pourquoi, malgré plusieurs décennies de négociations, les deux camps qui s’affrontent sont dominés par les prises de positions les plus radicales, il répond : « Parce que, me semble-t-il, chacune des deux populations vit constamment la peur au ventre - situation qui rend les gens facilement manipulables par les dirigeants politiques et les chefs religieux qui assoient leur notoriété en se faisant passer par ceux capables de protéger leur peuple de l’"ennemi" ». Et d’expliquer ainsi les extraits du ballet de la troupe Batsheva insérés entre des scènes décisives : « Les danseurs, vêtus de costumes traditionnels, dansent au rythme d’un chant de Pessah. Leurs gestes font écho à une souffrance qu’on s’inflige à soi-même. Peu à peu, ils se défont de leurs vêtements. Le seul danseur qui ne se prête pas au jeu ne cesse de tomber de sa chaise, comme dans un mouvement perpétuel… »

Reconstituer l’aérogare d’Entebbe désaffecté sera l’un des plus grands défis du projet qui trouvera finalement place sur l’île de Malte. Quant aux rôles du Premier ministre Rabin et du ministre de la Défense Shimon Peres, ils seront interprétés respectivement par l’acteur israélien Lior Ashkenazi (Footnote) et le comédien anglais Eddie Marsan, tous deux résolus à ne pas entrer dans la caricature.

Si le terrorisme est toujours d’actualité et que le conflit israélo-palestinien est loin d’être réglé, « le fait d’adopter différents points de vue sur cet événement historique permet de mieux comprendre les décisions qui ont été prises et nous ont menés là où nous en sommes aujourd’hui », estiment les producteurs. « Après le sauvetage de l’ensemble des otages, Yitzhak Rabin déclare que si le gouvernement ne reprend pas le dialogue avec l’autre camp, aucun progrès ne pourra être accompli. C’est l’un des messages les plus forts du film. Il faut dialoguer avec le camp d’en face ».


 
 

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  • Par Leon - 16/05/2018 - 17:26

    Il y a quelques années l UEJB avait organisé une conférence sur le détournement du vol AF 139 et la liberation des otages par la meilleure armée qui soit j ai cité tsahal.

    L organisation avait réussi l exploit de réunir le commandant de bord de l avion détourné ainsi que le chef de l escadrille des hercules avec à leur bord les héros venus libérer les otages retenus à Entebbe par des terroristes avec l appui du boucher idi amin dada.
    Ce film ne nous apportera donc rien de neuf et n est donc pas très utile pour celles et ceux qui ont eu la chance d avoir été présent à cette conférence qui a été un des tous grands moments de la communauté

  • Par Ezekiel - 18/05/2018 - 6:27

    Madame Kamps
    Comment pouvez écrire : "cette incroyable opération militaire considérée comme un succès israélien "
    A croire que vous en doutez alors qu il s agit ici d une des opérations militaires parmi les plus audacieuses jamais réalisée.
    Mais j oubliais vous écrivez pour le Regards dont on ne peut pas dire qu il s agit d un organe de presse objectif quand il s agit d'Israël. Il est plus souvent critique qu à son tour quand il s agit de parler de tsahal. On croirait lire Libération ou le Courrier Diplomatique

  • Par geraldine - 18/05/2018 - 9:19

    Ezekiel, vous êtes malheureusement tellement enfermé dans votre vision des choses que même lorsque l'on considère une opération militaire incroyable comme un succès israélien, vous ne parvenez pas à y croire, c'est désolant.
    En vous souhaitant une meilleure compréhension de nos autres articles.
    Bien à vous
    Géraldine Kamps

  • Par ezekiel - 18/05/2018 - 9:42

    Madame Géraldine,

    Qui êtes vous pour donner ainsi des leçons ?
    Pensez vous que votre titre de rédacteur en chef adjoint du Regards vous donne tous les droits ?
    Apprenez d'abord à écrire correctement en français car quand vous écrivez :
    "Otages à Entebbe revient sur cette incroyable opération militaire, considérée comme un succès israélien" cela laisse entendre un sens péjoratif alors qu'il s'agit là d'un des plus grands succès de l'armée israélienne même si cela ne vous convient pas.
    Enfin s'il est bien une instituion enfermée dans sa vision des choses, c'est bien celle qui vous emploie.

    Je vous souhaite néanmoins chabbat chalom