Au CCLJ

Olivier Weber et son Dictionnaire amoureux de Joseph Kessel

Mardi 8 octobre 2019 par Véronique Lemberg
Publié dans Regards n°1051

Olivier Weber a publié cette année un Dictionnaire amoureux de Joseph Kessel (éd. Plon). En se plongeant dans la vie et l’œuvre de celui qui fut journaliste écrivain, correspondant de guerre, aviateur, combattant, et académicien, Olivier Weber dresse le portrait d’un Joseph Kessel à la fois cosmopolite et fidèle à ses racines juives. Olivier Weber présentera son livre au CCLJ le mercredi 16 octobre 2019 à 20h.

 
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    Joseph Kessel est entré dans la légende en ayant traversé deux guerres mondiales, la révolution russe, des guerres civiles et la création d’Israël. Il n’est donc pas étonnant que ce soit un journaliste grand reporter qui ait décidé de lui consacrer un dictionnaire amoureux.

    Correspondant de guerre pour différents quotidiens et hebdomadaires européens, Olivier Weber a d'ailleurs été tenté par ce métier après avoir lu les romans et les récits de Kessel. Mais il sait aussi qu’on ne peut le réduire à ses romans d’aventures. « Il est beaucoup plus que cela, car l’aventure lui sert de prétexte pour explorer d’autres aventures, celles de l’aventure humaine », explique Olivier Weber. « C’est aussi un écrivain qui nous fait traverser le 20e siècle et tous ses bouleversements. Il a une manière très particulière de raconter le 20e siècle, avec beaucoup de femmes et d’alcool. Mais surtout, Kessel a ce formidable talent de mêler le reportage et le roman. Dans ses livres, la fiction réenchante le réel, mais nous sert aussi à mieux comprendre le monde ».

    L’identité juive est déterminante dans le parcours de ce prince de l’errance. Et ce dictionnaire possède effectivement une entrée « judéité ». Issu d’une famille juive éloignée de la tradition religieuse, Joseph Kessel est né le 10 février 1898 en Argentine à Clara, une colonie agricole de la Jewish Colonization Association créée par le baron Maurice de Hirsch afin d’y accueillir des Juifs de Russie persécutés par le régime tsariste. Après quelques années, son père médecin dans cette colonie agricole décide de retourner en Europe avec sa famille. Les Kessel s’établissent en France où Joseph poursuit sa scolarité. Il demandera la nationalité française après avoir combattu comme engagé volontaire lors de la Première Guerre mondiale, d’abord dans l’artillerie, puis dans l’aviation.

    Lui, l’immigré juif, a voué une véritable passion pour la France. Il répétait souvent qu’il n’avait pas une goutte de sang français qui coulait dans ses veines, mais que c'est la France qui coulait dans son corps. Cette phrase magnifique nous éclaire sur la passion qu’a pu susciter la France chez de nombreux immigrés juifs. Kessel rejoindra évidemment la Résistance et la France libre de de Gaulle pendant la Seconde Guerre mondiale. De cette expérience, Kessel en tire le très beau Chant des partisans qu’il écrira avec son neveu Maurice Druon.

    Et même lorsque l’Académie française lui ouvre ses portes, il n’oublie pas ses origines juives. Non seulement Kessel tient à faire orner son épée d'académicien d'une étoile de David, mais lorsqu’il prononce son discours de réception à l’Académie française le 6 février 1964, il n’hésite pas à rappeler aux Immortels qu’ils ont désigné « un Russe de naissance, et Juif de surcroît. Un juif d’Europe orientale » pour succéder au Duc de La Force, un aristocrate « dont les ancêtres grands soldats, grands seigneurs, grands dignitaires, amis des princes et des rois ont fait partie de l’histoire de France d’une manière éclatante ».

    Visa n°001

    Ce dictionnaire amoureux possède une particularité ; il ne commence pas par la lettre « A » mais par un numéro : 001. Ce numéro est celui de son visa d’entrée en Israël qui n’est autre que le premier délivré par les fonctionnaires de l’immigration en mai 1948. Entre Israël et Kessel, l’histoire d’amour commence en 1926, lorsqu’il se rend en Palestine mandataire après que Haïm Weizmann le convainc de découvrir cette terre des origines et les réalisations des pionniers sionistes. Sur place, Kessel est impressionné et fasciné par ces pionniers juifs chantant successivement l’Internationale et des psaumes de David. Viscéralement attaché à Israël, il couvrira et accompagnera les grandes étapes de l’histoire de ce pays. « J’ai fait deux choses bien dans ma vie : aider Israël et faire connaître les alcooliques anonymes », a-t-il un jour confié à un de ses proches. Comme le souligne Olivier Weber, il n’y a aucun rapport apparent entre les deux, mais cette phrase en dit long sur l’attachement singulier de ce voyageur cosmopolite à Israël et à ses racines juives.

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