Nouvelle génération

Olivier Kummer, le parfum et ses pouvoirs

Mardi 5 décembre 2017 par Géraldine Kamps
Publié dans Regards n°873 (1013)

Qui aurait pu imaginer que le jeune Olivier Kummer, passionné dès son plus jeune âge par la poterie, deviendrait le parfumeur que l’on connait aujourd’hui ? Une activité qu’il ne limite pas à la création et à la fabrication de parfums, puisqu’il est aussi animateur olfactif dans les écoles et les musées. Il suffisait d’avoir du nez !

 

A 10 ans, Olivier voulait devenir potier. « C’était une obsession », se souvient-il. « Et pour m’entrainer, je devais faire des séries de bols, de cruches, de saladiers, c’est très vite devenu encombrant ». A tel point que le garçon se lance dans les marchés d’artisans pour écouler sa marchandise. Repéré par un responsable de magasin Inno qui lui propose de vendre ses brûle-parfums et diffuseurs sur l’ensemble de la chaîne, Olivier Kummer bascule dans la parfumerie à l’âge de 16 ans, alors qu'il est toujours à l'école, et s’en va consulter les marchands de matières premières à la recherche de ce qu’il ne trouve pas dans le commerce. « C’est là que j’ai eu le déclic », affirme celui qui découvre les parfums d’ambiance. Répondant à ceux qui y voient un parfum de seconde zone : « C’est un choix positif, lié à mon parcours ».
 

Né à Bruxelles, scolarisé à Beth Aviv, puis à Uccle 1, tout en fréquentant l’Hashomer Hatzaïr, Olivier n’accroche pas au message du mouvement qui encourage l’alya et le retour aux racines. Happé par un monde différent, passant le plus clair de son temps entre Paris et Grasse, il reste néanmoins conscient de la magie moyen-orientale, s’intéressant particulièrement aux parfums de la Bible, ceux-là mêmes qui l’avaient marqué à Ein Gedi, en voyage scolaire.

Sa première reconnaissance viendra en 1997, à l’âge de 20 ans, lorsqu’il se voit admis à la Société française des parfumeurs, laquelle regroupe 500 parfumeurs dans le monde (des fabricants de matières premières aux créateurs de parfums). « Un milieu très fermé, obsédé par le secret et difficile à intégrer », souligne-t-il, « le métier se transmettant généralement de père en fils ». Une belle entrée en matière pour celui qui bénéficie d’une formation « à l’ancienne », totalement individualisée, émettant certains doutes quant aux écoles qui « bercent les jeunes d’illusions » en leur promettant de tout apprendre en deux ans.

Le cocooning belge ultra développé

Olivier Kummer crée sa propre structure pour développer sa collection de parfums d’ambiance et lance dès 2002 des activités pédagogiques à l’attention des 9-12 ans. « Rien n’existait encore au niveau olfactif », fait-il remarquer. « Dans mes ateliers, j’apprends aux enfants à faire le lien avec les matières premières, à détecter et à décrire les odeurs, avec un vocabulaire peu maitrisé dans notre société finalement très visuelle ».

Olivier Kummer entame également une collaboration avec le Musée royal de Mariemont, dans le cadre de l’exposition « Parfums d’Antiquité », qui le fera découvrir au public secondaire. Aimant le côté monastique du laboratoire couplé à la communication et à l’ouverture suscitées par les animations, désireux de transmettre son savoir, il se met à étudier l’italien, l’espagnol, le portugais, l’anglais, l’allemand, le néerlandais, pour pouvoir parler parfum au plus grand nombre. « La Belgique a, en ce qui concerne les parfums d’ambiance, une culture du cocooning ultra développée », relève Olivier Kummer. « Dans la plus petite ville, vous trouverez un magasin de déco qui en vend ! C’est devenu un secteur très à la mode, avec de plus en plus de concurrence et une clientèle plus exigeante, mais dans lequel il y a des choses à faire ».

Avec aujourd’hui quelque huit références dans sa collection -« Orient mystique », né en 2013 et inspiré de notes évoquées dans la Torah, la Bible et le Coran, s’est vu rejoindre par « Délice aquatique » rappelant les cascades du Brésil, « Terre » son voyage à Madagascar, ou « Crépuscule » la Garrigue provençale, pour n’en citer que quelques-uns - il propose toujours à Mariemont des journées thématiques « Parfums et saveurs », mais aussi des animations plus personnalisées tels « Parfums d’Andalousie », « Parfums de la Torah », ou « Parfums d’ici et d’ailleurs » actuellement au Musée juif de Belgique, dans le cadre de l’expo « Bruxelles, terre d’accueil ? ». « La combinaison de la visite d’une expo avec un atelier olfactif est l’occasion d’attirer un autre public », apprécie Olivier Kummer. « Les odeurs sont un médium qui permet d’aborder l’anthropologie, l’histoire, la culture ou la linguistique sous un jour neuf et peut-être plus exaltant ».

Sélectionné en 2015 par « The Ariane de Rothschild Fellowschip » comme entrepreneur social favorisant le discours interreligieux et intercommunautaire, Olivier Kummer propose aussi ses animations dans les quartiers sensibles bruxellois, parfois à la demande directe des écoles. « Si le parfum est associé à la lascivité et souvent condamné dans le judaïsme, il a un rôle très puissant dans le monde arabo-musulman et rend ce public très réceptif », confie-t-il. « Des écoles privées de Suisse aux écoles de Molenbeek, les enfants ne demandent qu’à découvrir le monde. Le parfum a ce pouvoir de réunir les gens et de faire tomber les barrières ». 


 
 

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